Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu un accord de principe portant sur un programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. En contrepartie, Dakar s’engage à rétablir la soutenabilité de sa dette, après la découverte de plus de 11 milliards de dollars d’emprunts non déclarés sous l’ancienne administration. Un nouveau départ sous haute tension, alors que les marchés sanctionnent déjà lourdement la dette sénégalaise.
Le FMI et le Sénégal sont parvenus à un accord au niveau des services sur ce programme de prêts, a annoncé le Fonds mardi 1er septembre. Dans un communiqué distinct, le ministère sénégalais de l’Économie et des Finances a fait état d’un « cadre commun renforcé » visant à rétablir la « soutenabilité de la dette », sans préciser les mesures envisagées à cet effet.
L’annonce n’a pas rassuré les investisseurs : les obligations sénégalaises ont chuté à des niveaux historiquement bas, s’échangeant toutes désormais sous 50 cents pour un dollar ou un euro, soit la moitié de leur valeur nominale.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré à Reuters mardi 1er septembre que le Sénégal disposait d’un « cadre macroéconomique plutôt solide », mais que la révélation de dettes cachées l’avait fait dévier de sa trajectoire, rendant nécessaire un traitement de la dette. « Ils se sont retrouvés dans cette situation de dette non déclarée. Nous pouvons désormais travailler avec l’engagement du gouvernement et agir rapidement pour ramener le pays vers une dette soutenable et des programmes de réformes solides », a-t-elle déclaré en marge d’une réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, en Caroline du Nord.
Selon les données du FMI, le poids de la dette sénégalaise avait atteint 132 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2024, après la découverte de plusieurs milliards de dollars d’emprunts sous-déclarés par l’administration précédente. Le Fonds évalue la dette non déclarée à plus de 11 milliards de dollars sur la base des chiffres arrêtés à fin 2023 ; certains analystes la chiffrent plutôt à près de 13 milliards de dollars, soit plus d’un quart d’une économie dont le PIB avoisine 40 milliards de dollars.
Le FMI avait gelé un précédent programme de 1,8 milliard de dollars après cette découverte. L’accord annoncé mardi prévoit que le Sénégal prenne des « mesures correctives décisives » à l’appui de sa demande de dérogation concernant la dette non déclarée, une demande encore soumise à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du Fonds. Selon Mercedes Vera Martin, cheffe de mission du FMI, les réformes prioritaires devront porter sur la gestion de la dette et la transparence budgétaire, afin d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise. Les autorités travaillent par ailleurs sur un budget révisé destiné à « rationaliser » les dépenses, sans incidence à court terme sur l’accès aux services publics, a-t-elle précisé.
Des négociations compliquées par les tensions au sein du pouvoir
L’ampleur de la dette non déclarée du Sénégal dépasse largement celle du scandale dit des « obligations thonières » au Mozambique, qui portait sur environ 3 milliards de dollars. Les négociations avec le FMI ont été tendues. En novembre dernier, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko avait déclaré qu’une restructuration de la dette menée sous l’égide du Fonds constituerait une « honte » pour le pays. Limogé par le président Bassirou Diomaye Faye en mai, il a depuis été nommé président de l’Assemblée nationale, une fonction qui pourrait lui permettre de compliquer la mise en œuvre des réformes exigées par le nouveau programme.
Quelques heures après l’annonce, Ousmane Sonko a réagi sur ses réseaux sociaux. « Nous avons suivi les annonces, tour à tour, du FMI et du gouvernement du Sénégal sur un accord technique, qui ne sera définitif qu’après approbation par le conseil d’administration du Fonds », a-t-il écrit. Le langage diplomatique tenu de part et d’autre ne donne, selon lui, aucune information sur le détail du projet d’accord ni sur les engagements du Sénégal quant au « traitement de sa dette ». Il réclame la publication des principales réformes prévues — viabilité des finances publiques, protection des ménages vulnérables, mobilisation des ressources intérieures, rationalisation des dépenses, filets sociaux, supervision des entreprises publiques, environnement des affaires — ainsi que les audits internationaux de la dette exigés. « Pour avoir participé pendant de longs mois à ces discussions et en connaître certaines orientations qui ne font que reproduire les erreurs du passé, j’en appelle à la transparence absolue », a-t-il exigé.
Le gouvernement écarte une restructuration « au sens classique »
Ce type de négociation, fait valoir Ousmane Sonko, se conclut par un mémorandum de politiques économiques et financières validé par les deux parties : il demande au gouvernement de le publier, ou à défaut de le transmettre à l’Assemblée nationale, afin qu’un « débat sain » soit ouvert sur les engagements du pays.
Du côté du gouvernement, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a souligné que le Sénégal n’a « nullement opté pour la restructuration. » Le traitement prévu de la dette n’est pas, selon lui, une restructuration au sens classique du terme : le gouvernement privilégie une voie susceptible de prendre davantage de temps, mais qui éviterait les conséquences d’une restructuration traditionnelle.
La dernière mission du FMI avait débuté en août pour poursuivre les discussions techniques. Le nouvel accord devrait servir de point d’ancrage à d’autres financements, notamment de bailleurs comme la Banque mondiale. À fin 2025, le Sénégal comptait plus de 7 milliards de dollars d’obligations internationales en circulation, près d’un cinquième de sa dette totale, les crédits à l’exportation représentant environ un dixième de l’encours.
Avec Reuters





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