L’ancien ministre sénégalais de la Justice, Ismaïla Madior Fall, a été placé mardi sous contrôle judiciaire strict après son audition par la Haute Cour de justice. Poursuivi pour corruption et détournement de fonds publics, il est l’un des cinq anciens ministres visés par des poursuites engagées par l’Assemblée nationale
C’est une mesure inédite pour un ancien garde des Sceaux. Ismaïla Madior Fall a été assigné à domicile et équipé d’un bracelet électronique ce mardi 20 mai, à la suite de son passage devant la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice (HCJ). Ses avocats ont confirmé la décision, qui marque une nouvelle étape dans une affaire à forte charge symbolique.
Ismaïla Madior Fall, ministre de la Justice à deux reprises entre 2017 et 2023 sous la présidence de Macky Sall, est accusé d’avoir perçu indûment des fonds dans le cadre de l’attribution d’un marché public pour la construction d’un Centre de surveillance électronique.
Une affaire de 250 millions de francs CFA
L’affaire a éclaté après les révélations d’un promoteur immobilier, chargé du projet de centre de surveillance. Ce dernier affirme avoir versé 50 millions de francs CFA (environ 85 950 dollars US) à l’ancien ministre, sur les 250 millions que ce dernier aurait exigés en échange de l’attribution du marché.
Selon l’accusation, ce versement s’inscrit dans un système de corruption impliquant également l’ancien directeur des constructions publiques du ministère de la Justice, qui a, lui aussi, été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête.
Une reconnaissance partielle des faits
Interrogé sur une chaîne de télévision privée, Ismaïla Madior Fall a reconnu avoir reçu la somme évoquée. Il a toutefois affirmé avoir restitué l’argent «de manière diplomatique.» L’ancien ministre justifie cette transaction en évoquant une «dation en paiement» relative à l’exécution du marché, une explication qui n’a manifestement pas convaincu les enquêteurs.
Une série de poursuites contre d’anciens ministres
Fall n’est pas seul dans le viseur de la justice. Il fait partie d’un groupe de cinq anciens ministres dont la mise en accusation a été validée le 8 mai dernier par l’Assemblée nationale. Lundi, Ndèye Saly Diop, ex-ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, avait comparu devant la même Commission. Elle a été placée sous contrôle judiciaire après avoir versé une caution de 57 millions de francs CFA.
D’ici la fin de la semaine, trois autres anciens ministres doivent à leur tour être entendus : Moustapha Diop (Développement industriel), Aïssatou Sophie Gladima (Mines et Géologie), et Mansour Faye (Développement communautaire). Ils sont tous cités dans le rapport accablant de la Cour des comptes de 2022 sur la gestion des fonds destinés à la lutte contre le Covid-19.
La Haute Cour de justice, un outil rarement utilisé
Au Sénégal, la Haute Cour de justice est une institution exceptionnelle, activée seulement dans des circonstances rares. Elle avait jugé pour la première fois le Président du Conseil Mamadou Dia et ses collaborateurs pour une tentative de coup d’État en 1962. Condamné à perpétuité, Dia fut gracié en 1974. En 2005, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck et son ministre de l’Urbanisme avaient également été traduits devant cette juridiction, avant de bénéficier d’un non-lieu.
Le cas d’Ismaïla Madior Fall et de ses anciens collègues pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire judiciaire du pays, dans un contexte de lutte affichée contre la corruption.


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