Discrètement, Google et Meta préparent la prochaine bataille des infrastructures numériques en Afrique. Après les méga-câbles sous-marins Equiano et 2Africa, les géants américains se tournent vers les réseaux terrestres pour acheminer le haut débit au cœur du Continent, déclenchant une compétition entre opérateurs panafricains pour capter ces nouveaux marchés
Google et Meta planifient en ce moment même les futurs corridors de fibre optique terrestre qui traverseront l’Afrique. Ce travail, discret mais stratégique, marque une nouvelle phase dans l’investissement des géants américains de la technologie sur le continent : après les câbles sous-marins, place désormais aux réseaux terrestres.
Cette évolution révèle un changement profond dans la stratégie d’infrastructure numérique des grandes plateformes. La bataille pour la connectivité africaine ne se joue plus uniquement au fond des océans, mais désormais au cœur même du Continent.
L’ère des méga-câbles sous-marins
Au cours de la dernière décennie, les grands groupes technologiques ont massivement investi dans les infrastructures internet mondiales afin de soutenir leurs services cloud, vidéo et intelligence artificielle.
En Afrique, deux projets emblématiques illustrent cette stratégie.
Equiano, le câble privé de Google
Le câble sous-marin Equiano, développé par Google, relie le Portugal à l’Afrique du Sud en longeant la côte ouest-africaine. Mis en service en 2022, il s’étend sur environ 15 000 kilomètres et dispose d’une capacité pouvant atteindre 144 térabits par seconde.
Plusieurs points d’atterrissement ont été installés au Nigeria, au Togo, en Namibie ou encore à Sainte-Hélène. L’infrastructure s’inscrit dans un programme d’investissement d’environ 1 milliard de dollars annoncé par Google pour soutenir la transformation numérique du continent.
2Africa, le mégaprojet porté par Meta
De son côté, Meta Platforms pilote l’un des plus grands projets de télécommunications au monde : le câble 2Africa. Long d’environ 45 000 kilomètres, il relie l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient en connectant plus de 30 pays.
Le projet est mené par un consortium international comprenant notamment Orange, Vodafone, Telecom Egypt ou encore Bayobab, la branche infrastructures du groupe MTN.
Avec une capacité potentielle de plusieurs centaines de térabits par seconde, ce réseau pourrait transformer durablement l’accès à Internet sur le continent.
La nouvelle frontière : les réseaux terrestres africains
Mais pour les géants du numérique, ces câbles sous-marins ne représentent qu’une première étape.
La connectivité internationale permet de faire arriver Internet sur les côtes africaines. Pourtant, dans de nombreux pays, la fibre optique s’arrête encore aux grandes villes. Les régions intérieures restent dépendantes de réseaux mobiles souvent saturés et coûteux.
C’est précisément ce goulet d’étranglement que Google et Meta cherchent désormais à résoudre.
Depuis leurs hubs européens et africains, leurs équipes travaillent à la cartographie de corridors terrestres de fibre optique, destinés à relier les stations d’atterrissement des câbles aux principaux centres économiques du continent : capitales, hubs technologiques, zones industrielles et data centers.
L’objectif est clair : maîtriser toute la chaîne de transport des données, depuis les câbles sous-marins jusqu’aux marchés numériques africains.
Un changement de méthode dans les investissements
Cette nouvelle phase s’accompagne d’un changement notable dans la manière de financer les infrastructures.
Historiquement, les câbles sous-marins étaient financés par de larges consortiums réunissant opérateurs télécoms, investisseurs et institutions publiques, ce qui rallongeait souvent les délais de mise en œuvre.
Aujourd’hui, les géants de la tech adoptent une approche plus directe. Ils financent eux-mêmes une partie importante des projets, versent des acomptes dès la signature des contrats et confient la construction à des opérateurs locaux. L’objectif est d’accélérer les déploiements tout en gardant davantage de contrôle sur l’infrastructure.
Une compétition intense entre opérateurs africains
Cette nouvelle vague d’investissements ouvre un marché considérable pour les opérateurs télécoms africains, appelés à construire et exploiter ces futurs réseaux terrestres.
Plusieurs groupes cherchent déjà à se positionner :
- Cassava Technologies, qui dispose déjà d’un vaste réseau de fibre en Afrique australe ;
- Bayobab, la filiale infrastructures du groupe sud-africain MTN ;
- Airtel Africa, présent dans une large partie de l’Afrique de l’Est et de l’Ouest ;
- Maroc Telecom, via ses filiales Moov Africa implantées dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale et qui dispose d’un important réseau.
BCS Group, spécialisé dans les réseaux de fibre optique et les infrastructures de données
Dans ce contexte, la compétition pour décrocher les contrats liés aux nouveaux corridors de fibre optique s’annonce intense. Les opérateurs capables de déployer rapidement des infrastructures à grande échelle et de naviguer dans les environnements réglementaires locaux auront un avantage décisif.
Un enjeu économique et géopolitique majeur
Au-delà des télécommunications, ces infrastructures façonnent l’avenir économique du continent.
Une meilleure connectivité peut réduire le coût de l’accès à Internet, stimuler l’innovation et soutenir le développement de secteurs clés comme le commerce électronique, les services financiers numériques, l’éducation en ligne ou encore le cloud.
Aujourd’hui encore, l’Afrique reste la région du monde la moins connectée. Mais la croissance rapide de l’usage d’Internet et des smartphones transforme le continent en l’un des marchés numériques les plus prometteurs.
La bataille silencieuse des infrastructures
La compétition entre Google, Meta et les grands opérateurs télécoms pour contrôler les infrastructures numériques africaines reste encore largement invisible.
Pourtant, elle pourrait redéfinir l’architecture d’Internet sur le continent pour les décennies à venir.
Après avoir posé les autoroutes sous-marines de la donnée, les géants américains s’attaquent désormais aux routes terrestres.
Et dans cette nouvelle phase, l’Afrique devient l’un des terrains les plus stratégiques de la géopolitique mondiale du numérique.











