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Un marché unique africain, utile mais incertain

L’espoir était permis, le 21 mars 2018, à Kigali au Rwanda, de voir émerger, enfin, un Marché unique africain, « modélisé » sur celui de l’UE, mais en proportion démographique  trois fois plus grande. Certes, quarante-quatre pays africains ont signé l’accord créant une zone de libre-échange continentale (ZLEC), prémices d’un projet pour développer le commerce intra-africain, mais les obstacles restent nombreux.

Le désistement in extremis du Nigeria, la plus grande économie d’Afrique, a fait passer au second plan l’euphorie générale traduite pourtant par d’autres « grands » du contient africain : Paul Kagame, ravi d’être l’organisateur de ce sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), a classé ce rêve parmi “les décisions les plus capitales prises par cette assemblée”. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a qualifié de “criminelle” toute personne n’appuyant pas ce projet. Le tout nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a invoqué non pas un, mais trois héros africains de l’indépendance [de la tutelle coloniale] pour souligner la portée du moment : “Cette étape est sûrement tout aussi cruciale que la formation [en 1963] de l’Organisation de l’unité africaine [à laquelle a succédé l’Union africaine en 2002]. C’est ce dont [le Ghanéen] Kwame Nkrumah avait rêvé, ce qu’espérait [le Tanzanien] Julius Nyerere et ce que [le Sud-africain] Nelson Mandela voulait mettre en œuvre. C’est réellement l’aube d’une nouvelle ère pour l’Afrique.”

L’argument des chiffres devait être plus déterminant. L’établissement d’une ZLEC vise à augmenter de 60 % d’ici 2022 le commerce intra-africain, actuellement à 16 %. Même s’il varie selon les régions (3 % dans l’UMA ou la CEN-SAD, 8,9 % dans la CEDEAO en 2014), c’est le plus bas à l’échelle continentale : environ 50 % en Asie, 70 % en UE. Le second obstacle est lié au timing. L’Union africaine prévoit d’aller vite. Trop vite même : l’application de la ZLEC est prévue début 2019, ce qui serait un choc alors que le continent a les droits de douanes et le nombre de documents à fournir les plus élevés au monde (8,5 % en moyenne). Des réformes et une mise à niveau incertaines en un an, période juste nécessaire pour engager une « transition » vers un  marché unique qui transformerait l’économie africaine et  augmenterait son PIB de plusieurs milliards.

Pour l’Union africaine, la ZLEC est un projet visant à regrouper tous les pays africains, soit 1,2 milliard de personnes et un PIB combiné supérieur à 3,4 billions de dollars, soit 3400 milliards de dollars US. Un marché continental unique pour les biens et services, comprenant la libre circulation des hommes d’affaires et des investissements afin d’assurer l’expansion du commerce intra-africain. Selon une estimation de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, « la ZLEC pourrait accroître le commerce entre les pays africains de 35 milliards de dollars, soit une augmentation de plus de 50 % par rapport aux niveaux actuels ». Elle fera de l’Afrique la plus grande zone de libre-échange du monde en termes d’Etats membres.

Pour soutenir la concurrence économique mondiale, l’Afrique n’a d’autre choix que de booster le commerce avec elle-même. En « dérangeant » toutes les barrières existantes en matière d’offre et de demande, qui limitent sa croissance rapide, selon Obey Ezekwesili, ancien vice-président de la division Afrique de la Banque mondiale et cofondateur de l’ONG anticorruption Transparency International. A terme, l’harmonisation des politiques, réglementations et institutions commerciales des 54 pays pour promouvoir le commerce continental devrait renforcer les économies d’échelle, la transformation structurelle, la diversification, l’efficacité et les gains de productivité. Un rêve, comme celui de voir l’Afrique constituer un bloc politique soudé pour faire entendre sa voix dans les forums internationaux où, souvent, c’est son avenir qui est en jeu ?

Accords de libre échange CEDEAO ZLEC

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