Le «rendez-vous du donner et du recevoir»
Le 4e Salon du livre africain de Paris aura lieu du 14 au 16 mars prochain. L’immense succès de cette manifestation, lors de ses trois précédentes éditions, a contraint les organisateurs à rejoindre l’espace des Blancs-Manteaux dans le quartier du Marais

Consultant IC- Intelligence Culturelle
Selon le site de l’organisateur, il est proposé une quarantaine de manifestations annuelles autour du livre en Afrique -90% des événements sont originaire des pays francophones-. D’autre part, l’Institut français dans son initiative : «Ressources éducatives, lire pour apprendre» propose 2 tomes pour découvrir plus 150 références africaines de littérature jeunesse, corpus financé par l’Agence française de développement (AFD).
La francophonie : «cet apport de personnes qui ne croient pas toutes dans la même chose»
«La langue française, ce n’est pas la langue des Français, c’est la langue de toutes les personnes qui la parlent. Quels que soient les pays dans lesquels ils ou elles vivent, l’inspiration que ces personnes reçoivent est liée à leurs expériences personnelles, et elles contribuent au changement de la langue», ainsi s’est exprimé le Prix Nobel de la littérature Jean-Marie-Gustave LE Clezio en marge d’une conférence en octobre dernier, lors du 27e Rendez-vous de l’Histoire de Blois (France), dont il était l’invité. Pour lui, ces personnes «sont les vecteurs de ce que l’on peut attendre de la littérature du futur.» «Si la langue française survit, et je souhaite qu’elle survive, elle ne le pourra que grâce à ce sang nouveau, à cet apport de personnes qui ne croient pas toutes dans la même chose», car «les mots sont variables», explique-t-il.
Le marché́ du livre en langue française à l’horizon 2030
En mars 2018, l’initiative d’États généraux du livre en langue française dans le monde dans le cadre de son Plan pour la langue française et le plurilinguisme, le Président Emmanuel Macron a d’emblée placé très haut les enjeux d’un tel évènement qui a permis à une société de conseil européenne d’établir Le livre en langue française dans le monde, état des lieux du marché du livre francophone. D’après le rapport de plus de 400 pages : «les projections à horizon 2030 envisagent un bassin de francophonie comptant entre 352 millions et 396 millions de locuteurs francophones (…), soit une croissance entre 47% et 65% par rapport à 2019.» Et de rappeler : «fort d’une diversité unique, le marché́ du livre en langue française peut compter sur des filières du livre dynamique, qui s’adaptent aux réalités socioéconomiques et culturelles de leurs pays respectifs, (…). Les marchés en voie de structuration ne demandent qu’à̀ émerger en surfant sur les vagues démographiques et économiques qui les accompagnent. (…). La viabilité́ durable de ces marchés est dépendante de politiques publiques du livre engagées pour réaliser leur plein potentiel, tout en s’adaptant aux transformations du monde, avec les outils numériques en première ligne.»
Le Prix des cinq continents de la Francophonie
Depuis 2001, l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) propose le «Prix des cinq continents de la Francophonie» permettant de mettre en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et de les promouvoir sur la scène littéraire internationale.
Mais est-ce que cette profession de foi ne serait-elle pas biaisée ?
Pour l’édition 2025, quatre finalistes viennent de majors de l’édition française (Gallimard et Grasset), les six autres étant des maisons d’édition indépendantes belge, canadienne et française. Mais où sont les maisons d’édition du continent africain ?
L’OIF, ne devrait-elle pas revoir son cadre de participation en introduisant, par exemple une parité représentative des maisons d’édition francophone issue des cinq continents ?
À l’image du consumérisme sportif qui «siphonne» les joueurs africains du ballon rond vers les clubs européens, les maisons d’édition francophone du nord global ne devrait-elle pas se distinguer autrement ?
Première rencontre du livre centrafricain
Le plus souvent par une connaissance sommaire et ethnocentré du continent africain, les élites françaises en charge de la francophonie ne s’intéressent le plus souvent que ce qui a été adoubé par l’intelligentsia germanopratine.
Pour preuve et malgré les soutiens de quelques notables partenaires comme la Ville de Paris et le Partenariat Eurafricain ; en novembre 2024, s’est déroulée dans un silence institutionnel habituel, la première rencontre du livre centrafricain.
Les organisateurs Monsieur Victor Bissengué, chercheur anthropologue et administrateur de l’ONG AICSF et l’Honorable Monsieur Jean-Pierre Mara, ancien député centrafricain et consultant en ingénierie culturelle avaient informé dans une lettre adressée à l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et l’UNESCO de la tenue de la première édition de «Arc-en-Ciel du Livre Centrafricain» avec pour objectif de mettre en lumière l’édition centrafricaine, à savoir, toutes les œuvres et publications, qu’elles soient produites par des auteurs étrangers ou centrafricains, ainsi que les recherches réalisées par des Centrafricains dans divers domaines. Le service de l’UNESCO avait répondu en appréciant l’initiative sans plus. En revanche l’OIF n’avait pas daigné répondre à cette démarche et l’ambassade de la République Centrafricaine informée n’a pas jugé utile d’envoyer un conseiller culturel… Les organisateurs réfléchissent déjà à l’organisation de la deuxième édition et ne désespèrent pas que cela puisse susciter l’intérêt de ces deux organisations internationales qui ont le livre, la culture et la langue française dans leur politique.
La France face à la désindustrialisation : et si l’Afrique était la solution
Si les valeurs de la francophonie étaient vraiment mises en pratique comme l’avaient suscité les présidents Bourguiba, Diori, Senghor et le monarque Sihanouk, pères fondateurs de la francophonie, il faudrait que les majors de l’édition française nouent des partenariats avec ses homologues du continent africain. Ainsi,l’industrie de l’impression française devrait créer des partenariats gagnant-gagnant sur ce même continent où en 2050, soit en une génération, un être humain sur quatre sera africain et ceci dans une perspective d’une souveraineté économique et holistique francophone.
Par un monde nouveau, L’Ordre mondial en perdition
En France, force est de constater que les méthodes d’analyse et de pensée sont toutes formatées, normées, ajustées… et théoriques au contraire de la doctrine nord-américaine basée le plus souvent sur l’expérience, la réussite, le succès… que sur les diplômes.
Par définition, l’éducation républicaine française est suspicieuse des originaux, des francs-tireurs, des chevaliers de la culture, de l’industrie, des non-conformistes… Cela représente un des facteurs décisifs de l’appauvrissement et de l’effacement de la France sur l’échiquier mondial.
La difficulté de la technocratie capitaliste française, c’est de refuser de prendre conscience dans un esprit profitable aux 343 millions de francophones – à imaginer, à réaliser dans un cadre stratégique, une francophonie pour tous. À l’inverse, comme le fait très justement remarquer, la chercheuse associée GSRL-CNRS de l’École Pratique des Hautes Études, Madame Blandine Chelini-Pont dans le quotidien français Le Monde, si la proposition du Président Donald Trump – vision stratégique unifiée- de faire fusionner le Canada avec les Etats-Unis d’Amérique se concrétise, «le fédéralisme américain devrait s’accommoder de la complexité du fédéralisme canadien, car ce 51e État ne serait pas le dernier à être jaloux de sa propre souveraineté. La présence du Canada forcerait les autres États de l’Union, voire l’Union elle-même, à accepter le pluralisme linguistique. Peut-être le français deviendrait une deuxième langue officielle, à l’instar de ce qui se passe dans ses provinces. Peut-être l’État de New York, le Vermont, Le Maine, les États du Mississipi et des Grands lacs pourraient décider d’être officiellement bilingues, réveillant l’anomalie francophone de millions d’Américains, dont les ancêtres étaient canadiens, métis, natifs ou créoles.»
Alors qu’aux Etats-Unis d’Amérique, une nouvelle ère s’annonce pour mettre fin à son déclin et d’après le Président Trump de s’attaquer à «une élite corrompue et radicale» ; en France, l’inintelligence à comprendre les enjeux géopolitiques en cours, la difficulté à désigner l’ennemi et à le combattre sont le prélude d’une dislocation de sa nation dans une Union européenne olla-podrida soit un mélange utopique et disparate de choses et de personnes.
D’ici trente ans, la francophonie devrait approcher le milliard de locuteurs ; dans cette conjoncture, un avenir entrainant et prometteur ne demandera qu’à grandir entre une Amérique francophone entreprenante et un Sud global francophone prospère.
Questions à JC Awono …
“Le Cameroun vit (…)une réelle mutation dans le secteur de la production du livre par les acteurs locaux”

Après le Burkina Faso, le Québec, la Belgique, la France, AFRIMAG va à la rencontre de Sa Majesté Jean-Claude Awono, fondateur et directeur de l’éminente maison d’édition camerounaise Ifrikiya, AFRIMAG l’a consulté sur la situation actuelle et l’avenir de l’édition au Cameroun et plus généralement en Afrique centrale. Entretien
AFRIMAG : Pourriez-vous présenter aux lecteurs les Éditions Ifrikiya ?
JC Awono : En 2007, un trio de jeunes éditeurs camerounais résidant à Yaoundé décident de faire fusionner leurs trois petites structures éditoriales. De cet acte de fusion naissent les «Éditions Ifrikiya.» Cette dénomination porte dans sa «chair» le ferment continental de la ligne éditoriale du projet. Il s’agit de se positionner sur un champ qui a besoin, au regard de la Charte de la renaissance culturelle africaine, d’un nouveau souffle et d’une pratique éditoriale innovante. Il s’agit aussi de renouveler l’offre éditoriale du Cameroun et du continent en permettant aux jeunes auteurs surtout de publier, sans pour autant oublier les anciens. Dix-huit ans après, on voit bien, au regard de notre catalogue que l’initiative du trio de Yaoundé valait bien la peine.
AFRIMAG : Quelle est la situation actuelle des professionnels de l’édition au Cameroun et en Afrique centrale ?
JC Awono : Le Cameroun vit depuis bientôt une vingtaine d’années une réelle mutation dans le secteur de la production du livre par les acteurs locaux. On est passé d’un monopole qui avait longtemps été porté par les Éditions CLE et les éditeurs occidentaux à une explosion du champ de la production du livre par les Camerounais : auteurs, imprimeries… Les festivals grandissent ; de nouveaux métiers de promotion numérique du livre ont vu le jour. Mais cette croissance remarquable d’initiatives locales ne bénéficie pas d’un encadrement professionnel adéquat. Des organisations professionnelles (associations et syndicats d’éditeurs) brillent par leur absence ou leur mutisme. Du point de vue institutionnel, en dehors des organismes étrangers (allemands et français pour être précis), le livre n’intéresse pas vraiment les politiques. Le Salon international du livre de Yaoundé initié par le ministère des Arts et de la Culture en 2013 s’est arrêté à sa 3e et dernière édition en 2018.
Dans la sous-région Afrique centrale, il ne me semble pas qu’en dehors du Cameroun quelque chose de vraiment décisif se fasse, excepté le Gabon qui commence à donner des signaux non négligeables dans le domaine depuis quelque temps.
AFRIMAG : Comment verriez-vous l’édition africaine francophone dans sa relation avec ses confrères de l’espace boréal (européenne et américaines francophones) ?
JC Awono : Pour le moment, cette relation ne me semble pas fonctionner pour ce qu’on peut voir entre les éditeurs occidentaux et ceux de l’Afrique centrale. Je ne vois pas une plateforme de collaboration sérieuse et fructueuse entre ces deux parties du monde. Il ne me semble pas que la francophonie comme institution et espace de promotion de la diversité culturelle ait réussi à implanter une tradition de développement du livre dans les pays autour du bassin du Congo, à l’instar de ce qui se fait en Afrique de l’Ouest ou au Maghreb. Il faut questionner cette résistance des pays de l’Afrique centrale (pourtant très riches en production d’auteurs) ou cette incapacité de la francophonie à faire éclore sur ce sol spécifique des structures compétitives et stables en matière de promotion du livre.
Pour que l’édition africaine francophone soit en phase avec sa consœur de l’espace boréal, il va falloir décomplexer les mentalités. Une mentalité surplombante face à une sorte d’infra-mentalité ne créera jamais les conditions d’un échange fécond. Il faudra passer de l’éditeur africain qui cherche à faire la photo avec son collègue occidental lors des rencontres, à celui qui est plutôt intéressé par la photo des contenus et technologies mis en partage. Il faudra sortir du ghetto des expériences éditoriales franco-africaines uniquement et forger un paradigme qui intègre les expériences éditoriales qui fonctionnent dans le monde et s’imposent. Il faudra que la langue française soit moins dévoreuse des langues africaines qui doivent, de leur côté, développer une nécessaire gloutonnerie d’espaces et d’utopies.
AFRIMAG : Comment stimuler l’écosystème de l’oralité et des langues nationales en Afrique à travers l’édition ?
JC Awono : Il faut que les Africains eux-mêmes en ressentent la nécessité. Tant qu’on continuera à avoir des bibliothèques dans nos structures scolaires, universitaires et municipales saturées d’ouvrages en langues étrangères, tant que les éditeurs n’auront pas décidé de prendre des initiatives fortes en faveur de nos langues, tant que l’école n’arrêtera pas de faire des langues d’emprunt les uniques outils de valorisation institutionnelle, professionnelle et sociale, tant que la télévision et le téléphone ne rendront pas visibles notre patrimoine oral, tant qu’on ne prendra pas des initiatives dans tous ces domaines, comment imaginer qu’un réel écosystème de l’oralité et des langues africaine se réimplante ?


![Éclairage | Transactions numériques : le mobile money génère plus de recettes qu’il n’en coûte à condition de ne pas le taxer [Par Yannick Djanhoun] En Ouganda, tout s’est joué en un exercice budgétaire. Une taxe journalière sur les réseaux sociaux et les transactions numériques est instaurée. Le résultat, documenté par le Rapport économique sur l’Afrique 2026 de la CEA, est immédiat : plus de 2,5 millions d’abonnés Internet perdus et une chute de 25 % des transactions mobile money en quelques mois. Les utilisateurs n’ont pas disparu. Ils sont simplement retournés au cash.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Tn-320x160.jpg)

![Tribune | Le 4e Salon du livre africain de Paris aura lieu du 14 au 16 mars : l’Édition francophone vers un co-développement ? [Par Benoist Mallet Di Bento] Selon le site de l’organisateur, il est proposé une quarantaine de manifestations annuelles autour du livre en Afrique -90% des événements sont originaire des pays francophones-. D’autre part, l’Institut français dans son initiative : «Ressources éducatives, lire pour apprendre» propose 2 tomes pour découvrir plus 150 références africaines de littérature jeunesse, corpus financé par l’Agence française de développement (AFD).](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2025/03/Salon-du-livre-africain-de-Paris--1930x643.jpg)




![Tribune | Francophonie, mémoire et puissance : un espace à réinventer [Par Benoist Mallet Di Bento] Le français, paradoxalement, est devenu une langue africaine. Évolutive, créative, vivante, elle s’adapte aux diversités linguistiques locales et permet aux acteurs africains de définir leurs usages et imaginaires. L’enjeu n’est donc pas la langue elle-même, mais le cadre institutionnel qui l’entoure. I’m just trying](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/03/Franco--450x234.jpg)

