Avec un contrat d’1 milliard de dollars décroché par le groupe danois Topsoe, le projet sud-africain de Coega franchit une étape décisive. Derrière cette ambition industrielle : la volonté de faire de l’Afrique du Sud un futur géant mondial de l’hydrogène vert, dans une compétition continentale où le Maroc, l’Égypte ou encore la Namibie avancent aussi leurs pions.
L’Afrique du Sud accélère sa transition énergétique. Selon des informations rapportées par Reuters le 19 mai, le groupe danois Topsoe a remporté un contrat d’environ 1 milliard de dollars dans le cadre du projet de Coega, une future usine d’ammoniac vert implantée dans le port de Ngqura, à Gqeberha, sur la côte est sud-africaine.
Le consortium chargé du projet – composé de la britannique Hive Energy (75 %) et de la sud-africaine Built Africa (25 %) – a annoncé que Topsoe fournirait ses électrolyseurs à oxyde solide ainsi que plusieurs équipements stratégiques. Cette technologie de pointe permet de produire de l’hydrogène à partir d’électricité renouvelable avant sa transformation en ammoniac destiné principalement aux secteurs des engrais et de la chimie.
Pour les promoteurs, le choix du groupe danois constitue également un levier économique majeur. Le Directeur général de Hive Energy, Giles Redpath, affirme que cette technologie pourrait réduire de plus de 500 millions d’euros les investissements nécessaires dans les infrastructures d’énergies renouvelables.
Une usine alimentée par le soleil et le vent
Le projet de Coega représente un investissement colossal estimé à 5,8 milliards de dollars. Pour fonctionner, l’installation s’appuiera sur un vaste dispositif énergétique combinant 1 430 mégawatts d’énergie solaire et 1 499 mégawatts d’énergie éolienne.
L’objectif affiché est ambitieux : produire 1 million de tonnes d’ammoniac vert par an à l’horizon 2029.
Le calendrier commence à se préciser. Les études d’ingénierie doivent débuter au troisième trimestre 2026, tandis que la décision finale d’investissement est attendue pour le troisième trimestre 2027.
Pretoria mise gros sur l’hydrogène vert
Le projet de Coega s’inscrit dans une stratégie nationale plus large. En 2023, Pretoria a lancé le « Just Energy Transition Investment Plan » (JET IP), un programme de 83 milliards de dollars destiné à accompagner la transition énergétique du pays sur la période 2023-2027.
Selon les données d’Enerdata, près de 18 milliards de dollars de cette enveloppe sont spécifiquement réservés au développement de l’hydrogène vert.
En 2025, le ministre sud-africain de l’Électricité et de l’Énergie, Kgosientsho Ramokgopa, a accordé au projet de Coega le statut de « projet phare » de la transition énergétique nationale.
Au-delà de Coega, plusieurs autres infrastructures sont déjà à l’étude. À Boegoebaai, dans la province du Northern Cape, le groupe Sasol envisage de développer un hub d’exportation d’hydrogène vert. La stratégie régionale vise jusqu’à 40 gigawatts de capacité d’électrolyseurs d’ici 2050.
Sur la côte atlantique, entre Saldanha et Namakwa, une autre zone industrielle est en préparation sous la conduite du Council for Scientific and Industrial Research (CSIR). Le projet prévoit notamment un module d’électrolyseur de 1 GW capable de produire entre 72 000 et 88 000 tonnes par an.
Le Maroc, l’Égypte et la Namibie aussi dans la course
L’Afrique du Sud n’est toutefois pas seule sur ce marché stratégique. Le Maroc, l’Égypte, la Namibie et la Mauritanie multiplient eux aussi les annonces afin de capter la future demande européenne et asiatique en hydrogène vert et en ammoniac.
Le Maroc a notamment lancé son programme pilote « Power to Hydrogen », soutenu par la banque allemande KfW à hauteur de 349 millions de dollars. Le projet vise une production de 10 000 tonnes par an dès 2026.
Une ambition freinée par les réalités financières
Malgré cet engouement continental, les perspectives restent encore incertaines. Dans son rapport «Global Hydrogen Review» publié en septembre 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que seuls 0,5 % des projets africains d’hydrogène vert disposent actuellement de financements réellement engagés.
L’organisation estime également que seulement 5 % des projets annoncés dans les économies émergentes pourraient effectivement entrer en service avant 2030.
Autre paradoxe pointé par plusieurs observateurs : une grande partie des capacités renouvelables développées en Afrique servent avant tout des ambitions d’exportation énergétique. Selon Global Energy Monitor, 61 % des grands projets éoliens et solaires africains sont liés à la production d’hydrogène vert destiné aux marchés étrangers.
Dans le même temps, plus de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité, rappelle l’AIE – un contraste qui alimente déjà le débat sur les priorités énergétiques du continent.


![Éclairage | FarmUp : et si la prochaine révolution agricole africaine venait des données … [Par Sylvestre Afery] Dans une grande partie des exploitations agricoles africaines, les décisions continuent souvent de reposer sur l’expérience, l’observation ou des suivis informels. Historique des soins vétérinaires, dépenses, ventes, suivi du cheptel ou performances des exploitations restent rarement centralisés dans des systèmes structurés.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Farm-up-320x166.jpg)


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