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Amina Benkhadra: “Le gazoduc Maroc-Nigeria, un projet structurant”

Les investisseurs sont confiants et continuent d’investir dans la recherche pétrolière et gazière aux côtés de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM). Amina Benkhadra, Directrice générale de l’ONHYM, fait le point sur la prospection pétrolière au Maroc et le projet de gazoduc devant relier son pays au Nigeria.

AFRIMAG : Où en est aujourd’hui l’ONHYM dans la recherche pétrolière et gazière ?

Amina Benkhadra : Dans un contexte mouvementé par la volatilité des cours, l’ONHYM poursuit ses efforts pour d’une part, maintenir ses partenaires actuels et les accompagner pour réaliser leurs programmes et honorer leurs engagements contractuels, et d’autre part, attirer de nouvelles compagnies pétrolières pour dynamiser et faire avancer l’exploration des bassins sédimentaires marocains.

Dans le cadre des activités d’exploration pour les hydrocarbures conventionnels par les moyens propres de l’ONHYM, les travaux ont concerné les zones libres en offshore situées entre Tanger et Lagouira, ainsi que le Mésorif. Ces travaux ont pour objectifs essentiels la réduction du risque géologique relatif aux roches réservoirs et l’identification de nouveaux plays concepts sur la base de l’interprétation de 20650Km² de sismique 3D, 16350Km de sismique 2D et la réalisation des analyses et des études pétrophysiques et géochimiques.  

Pour les hydrocarbures non conventionnels, les travaux ont porté sur des analyses géochimiques, pétrophysiques, le levé des coupes et l’interprétation de 3750Km de sismique 2D des niveaux à potentiel pour les shales gaz (Silurien, Dévonien et la base de l’Ordovicien) et les schistes bitumineux du Crétacé supérieur.

Concernant l’activité de nos partenaires, l’année 2018 a été marquée par la poursuite des études et des travaux géologiques et géophysiques dans les différents permis et blocs dans lesquels ils opèrent. Ainsi et dans le cadre de leurs engagements, les partenaires de l’ONHYM ont acquis 12749Km² de sismique 3D dans les bassins offshore situés entre Agadir-Lagouira, et le Gharb onshore et un total de 1753,17Km de sismique 2D dans la zone onshore de Tendrara-Anoual.

En parallèle, nos partenaires ont réalisé 8 forages d’exploration répartis comme suit : en onshore, cinq (5) puits ont été forés par notre partenaire SDX dans le bassin du Gharb, dont 4 sont positifs, et deux (2) par Sound Energy dans le permis de Grand Tendrara, dont un (1) est positif, tandis qu’en offshore, un (1) puits a été foré par ENI/ Woodside /Chariot Oil.

Il est important de souligner qu’en 2018, nos partenaires ont investi près de 2326 millions de dirhams (MDH)pour la réalisation de ces travaux et études et 33MDH par les moyens propres de l’ONHYM.

Par ailleurs l’année 2018 a été marquée par la signature de trois (3) nouveaux accords pétroliers, deux (2) accords de confidentialité, six (6) avenants aux accords pétroliers, un (1) addendum au contrat de reconnaissance, une (1) demande de prorogation exceptionnelle et deux (2) demandes de concession d’exploitation. 

 Selon les experts, le Maroc présente la même structure géologique que le Golfe de Guinée ou du Mexique. Or, dans ces zones, les découvertes pétrolières et gazières majeures ne sont pas rares. Le Sénégal, la Mauritanie, le Ghana, la Guinée Bissau… viennent de toucher le jackpot. Comment l’expliquez-vous ?

Il est vrai que le Maroc partage de nombreuses similitudes géologiques avec des pays producteurs. À l’est, la géologie du Maroc représente la continuité de la prolifique province triasique algérienne et de la plate-forme hercynienne saharienne. À l’ouest, le royaume est bordé par la marge passive atlantique méso-cénozoïque, où des découvertes de classe mondiale ont été effectuées, notamment dans le bassin Mauritanie – Sénégal – Gambie – Guinée Bissau et Guinée Conakry (MSGBC), qui ont mis à jour le potentiel d’une nouvelle province pétrolière en eaux profondes. A l’ouest, il est important de souligner les similitudes géologiques avec la Nouvelle-Écosse de l’autre côté de l’océan Atlantique.

Le message le plus important à retenir est que l’exploration des hydrocarbures au Maroc confirme que là où l’effort de l’exploration est continu et maintenu, les chances de réaliser des découvertes commerciales s’avèrent possibles.

L’attention doit être attirée cependant sur le fait que l’investissement en exploration, très risqué et très capitalistique, est très limité  par rapport à l’étendue des bassins sédimentaires disponibles et leur diversité géologique, puisque la densité de puits dans notre pays reste très faible avec seulement 0,04 puits pour 100Km², contre une moyenne mondiale de 10 puits pour 100Km².

L’ONHYM poursuivra sa stratégie de dynamisation et de promotion de l’exploration pétrolière au Maroc  afin de drainer de  nouveaux partenaires pour investir dans l’exploration pétrolière. Tous ces éléments plaident en faveur d’un potentiel intact et inexploité.

Quels sont les atouts dont vous disposez aujourd’hui pour être en tête de liste des grandes firmes d’exploration pétrolières ? Quelles sont les incitations que l’ONHYM offre  aux majors pour les attirer vers le Maroc ?

L’ONHYM propose à ses partenaires l’un des meilleurs termes fiscaux au monde tout en améliorant en permanence le climat des affaires, faisant du Maroc une destination de choix pour tout investisseur.

En effet, concernant les modalités de délivrance des permis d’exploration, le cadre législatif marocain dans le domaine pétrolier est considéré comme l’un des plus attractifs au monde. C’est un choix. Adopté lors de l’amendement de la loi sur la recherche et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en 2000, il a été dicté par la nécessité d’attirer les investisseurs.

Suite à l’adoption de cet amendement, l’activité pétrolière a connu une recrudescence, d’où l’accélération de l’exploration du sous-sol national et l’enrichissement des connaissances techniques sur les bassins sédimentaires marocains. Cela a permis de renforcer le portefeuille de partenariat avec les sociétés pétrolières disposant de capitaux et du savoir-faire nécessaires.

Notre code des hydrocarbures offre en effet plusieurs avantages aux sociétés pétrolières, notamment une prise de participation de l’Etat de 25% maximum, une exonération de 10 ans de l’impôt sur les sociétés et des taux attractifs pour les droits de concession et les loyers ainsi que plusieurs exonérations fiscales (TVA, taxe professionnelle).

Par ailleurs, avec une superficie totale d’exploration de l’ordre de 737850,4km², et un portfolio de prospect diversifié  non encore testé par forages, le Maroc dispose d’un vaste éventail d’opportunités d’exploration offrant à nos partenaires une grande diversité géologique allant du Paléozoïque au Cénozoïque en onshore, et dans les domaines offshore méditerranéen et atlantique.

Malgré les efforts fournis par l’ONHYM, le sol marocain reste sous exploré. Quels sont les investissements prévus pour cette année ?

Pour 2019, les prévisions budgétaires seraient de l’ordre de 2402MDH pour nos partenaires et 38 MDH pour l’ONHYM. Nos partenaires prévoient l’acquisition de 1300Km de sismique 2D et le forage de sept (7) puits d’exploration, et deux (2) puits de développement, essentiellement en onshore.

L’ONHYM continuera de mettre à disposition des compagnies intéressées par le potentiel marocain un vaste portefeuille de prospects et de plays concepts continuellement mis à jour par l’interprétation et l’étude des données géophysiques et géologiques acquises par l’Office et ses partenaires.

L’ONHYM maintiendra également une présence forte au sein des principaux rendez-vous de l’industrie pétrolière internationale et poursuivra son effort de démarchage direct auprès des compagnies les plus en mesure de mener des travaux d’exploration dans les bassins sédimentaires marocains. En cela, nous capitaliserons sur les plus récents résultats d’exploration et sur les conditions fiscales favorables offertes par le code des hydrocarbures en vigueur.

 Nous ciblerons également dans notre effort promotionnel l’intéressement de compagnies de tailles intermédiaires communément appelées « indépendants ». Les compagnies de cette catégorie jouent un rôle moteur dans la réduction des risques d’exploration – particulièrement dans les bassins les moins explorés – et sont ainsi à même d’enclencher un effet d’entrainement positif des investissements.

 Par ailleurs, nous sommes également en train de digitaliser nos moyens de promotion afin d’accompagner l’évolution des pratiques de l’industrie et d’atteindre plus efficacement une palette plus large de compagnies d’exploration.

Enfin, nous continuerons, bien naturellement, d’accompagner sur le plan technique et administratif les opérations de nos partenaires sur le territoire national afin de favoriser la réalisation de découvertes commerciales qui catalyseraient, à n’en point douter, l’attractivité de la destination Maroc.

 Un cabinet britannique a été sélectionné pour réaliser la première phase de l’ingénierie avant projet du gazoduc devant relier  le Maroc et le Nigeria, et qui est porté par l’ONHYM et la Compagnie nationale de pétrole du Nigeria. Est-ce à dire que les choses vont vite ?

L’étude de faisabilité de ce projet stratégique a été réalisée. L’étude d’ingénierie détaillée (FEED) est en cours en 2 phases. La phase 1 est achevée et la phase 2 va démarrer.

En quoi ce projet est-il structurant pour l’Afrique ?

Dans le cadre de coopération Sud – Sud préconisée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, le projet de gazoduc Nigéria – Maroc reliera la côte ouest – africaine du Nigéria au Maroc, traversant 12 pays et pouvant éventuellement se connecter à l’Europe via l’Espagne.

Il s’agit d’un projet global et structurant aux objectifs multiples :

• L’accélération de l’accès à l’énergie de l’Afrique de l’Ouest ;

• L’accroissement des projets d’électrification au profit de la population ;

• La création d’un marché régional de l’électricité compétitif ;

• L’exploitation des énergies propres ;

• La contribution au développement industriel et économique de tous les pays traversés, à travers le développement de plusieurs secteurs tels que l’agriculture, l’industrie et les mines ;

• L’émergence d’une zone intégrée en Afrique de l’ouest.

Amina Benkhadra Coopération gazoduc Hydrocarbures ONHYM

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