L’ancien ministre des Finances devenu président a rapidement marqué de son empreinte le pays en entamant un virage des politiques publiques marquées par la volonté d’avoir plus d’impact localement et une politique sociale plus marquée. Décryptage des 100 jours d’un jeune président attendu au tournant pour confirmer la trajectoire exceptionnelle du Bénin ces dernières années.
Au terme de ses cent premiers jours à la magistrature suprême, Romuald Wadagni convertit la rigueur de gestion qu’il a incarnée à la tête du ministère de l’Économie et des Finances en un levier d’action publique redistributif. Soutenue par des fondamentaux macroéconomiques assainis (une croissance projetée à plus de 6,5 % par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ainsi qu’un rehaussement de la note souveraine par Moody’s à Ba3 avec perspective stable), l’action gouvernementale s’appuie sur la loi de finances rectificative (LFR) adoptée en juin 2026. Porté à 4 148,35 milliards de FCFA (+8 %), ce budget révisé réoriente prioritairement les ressources de l’État vers l’impact social direct et la territorialisation de l’économie.
L’investissement social : la priorité absolue accordée à la santé et à l’éducation
C’est sur le terrain de la protection sociale et des services de base que ce début de mandat affiche son bilan le plus dense. La mesure la plus structurante réside dans l’obligation de prise en charge prioritaire et à paiement différé des urgences vitales au sein des formations sanitaires publiques. En supprimant le verrou du paiement préalable lors d’un choc de santé, l’État neutralise le risque de « dépenses de santé catastrophiques » (concept central des analyses de l’OMS), évitant ainsi le basculement soudain des ménages vulnérables dans l’indigence. Pour étayer cette réforme sur le plan opérationnel, un plan d’urgence de 10 milliards de FCFA a été débloqué pour le raccordement immédiat en eau potable et en électricité des centres de santé isolés, en synergie avec le passage à l’échelle du programme ARCH et du Microcrédit Alafia.
Cette priorité accordée à la préservation de la santé et du niveau de vie des citoyens s’étend de façon déterminante à l’éducation et à la nutrition. Dès la rentrée 2026-2027, la gratuité intégrale du second cycle du secondaire pour les filles devient effective. Cette décision s’attaque à un frein structurel majeur, le taux brut de scolarisation féminine à ce niveau plafonnant jusqu’alors sous les 45 %. Ce dispositif d’équité s’articule avec le renforcement des cantines scolaires et la prise en charge nutritionnelle ciblée sur la fenêtre critique des « 1 000 premiers jours » (femmes enceintes, allaitantes et enfants de moins de deux ans), prévenant les pertes de productivité et d’apprentissage futures.
L’ancrage territorial : pôles régionaux et pragmatisme économique prudent
Le second pilier de la feuille de route présidentielle vise à décentraliser la création de valeur ajoutée à l’échelle des douze départements du pays. Alors que la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ) poursuit sa montée en puissance industrielle, l’exécutif accélère le déploiement opérationnel des six pôles de développement territorial. L’objectif est de substituer à l’exportation brute de matières premières (coton, anacarde, soja) une transformation agro-industrielle répartie dans les départements du septentrion (Borgou, Alibori, Atacora, Donga) et de valoriser l’économie bleue dans les départements côtiers du Sud, générant des bassins d’emplois qualifiés sur l’ensemble du territoire national.
Cette politique d’attractivité régionale s’inscrit toutefois dans un environnement sous-régional complexe qui incite à une grande réserve. Si l’exploitation continue de l’oléoduc Agadem à Sèmè-Kpodji sécurise des droits de passage (transit fees) déterminants pour le solde budgétaire, la persistance du blocus terrestre du côté nigérien rappelle la fragilité des flux transfrontaliers et du secteur des transports. Face aux incertitudes politiques avec l’Alliance des États du Sahel (AES) et à la volatilité des cours mondiaux des produits de base, le gouvernement béninois adopte un pragmatisme mesuré : préserver la rentabilité des infrastructures stratégiques et la signature du Port autonome de Cotonou, sans faire reposer la trajectoire de croissance nationale sur une normalisation diplomatique encore incertaine.
En combinant crédibilité financière sur les marchés, valorisation industrielle des départements et protection concrète des conditions de vie des populations, ces cent premiers jours posent des jalons solides. De nombreux défis structurels persistants (environnement géopolitique instable, formalisation progressive de l’économie informelle et vulnérabilité climatique du secteur agricole) continueront d’imposer une grande vigilance, mais le Bénin prend aujourd’hui le virage stratégique nécessaire pour s’y attaquer.
![Bénin | 100 jours de Wadagni : plus de local et plus de social [Par Tom Guenon] Au terme de ses cent premiers jours à la magistrature suprême, Romuald Wadagni convertit la rigueur de gestion qu'il a incarnée à la tête du ministère de l'Économie et des Finances en un levier d'action publique redistributif. Soutenue par des fondamentaux macroéconomiques assainis (une croissance projetée à plus de 6,5 % par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ainsi qu'un rehaussement de la note souveraine par Moody’s à Ba3 avec perspective stable), l'action gouvernementale s'appuie sur la loi de finances rectificative (LFR) adoptée en juin 2026.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/09/Le-President-Romuald-Wadagni-du-Benin--320x152.jpg)



![Bénin | 100 jours de Wadagni : plus de local et plus de social [Par Tom Guenon] Au terme de ses cent premiers jours à la magistrature suprême, Romuald Wadagni convertit la rigueur de gestion qu'il a incarnée à la tête du ministère de l'Économie et des Finances en un levier d'action publique redistributif. Soutenue par des fondamentaux macroéconomiques assainis (une croissance projetée à plus de 6,5 % par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ainsi qu'un rehaussement de la note souveraine par Moody’s à Ba3 avec perspective stable), l'action gouvernementale s'appuie sur la loi de finances rectificative (LFR) adoptée en juin 2026.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/09/Le-President-Romuald-Wadagni-du-Benin--scaled.jpg)
Bénin




![Édito | Transport aérien : vers un renouveau de l’IATA ? [Par Jean-Louis Baroux] L'IATA, ce n'est pas rien ! Fondée à La Havane en 1945, cette organisation se veut l'association mondiale des compagnies aériennes. Sur les quelque 1 200 transporteurs aériens, seuls 370 en sont membres, mais ils représentent 85 % du trafic aérien mondial. Et les chiffres sont impressionnants : la barre des 1 000 milliards de dollars de chiffre d'affaires des compagnies régulières sera franchie cette année. Pour faire fonctionner cet ensemble, et surtout pour que des opérateurs voués à être concurrents coopèrent entre eux, il faut des outils globaux, performants et acceptés de tous. Et ce n'est pas le moindre mérite de l'IATA que de les avoir créés et d'en assurer la gestion.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/08/Saadia-Zahidi--450x211.jpg)
