Trente ans de terrain sur le continent n’ont laissé à Pascal Lorot aucun doute : le fossé entre l’Afrique réelle et l’image qu’en gardent les élites françaises s’est creusé au point de devenir béant. Dans Adieu Afrique. Histoire d’une rupture fatale (éditions Fayard), l’essayiste livre un diagnostic sévère de l’éloignement franco-africain, tout en refusant de considérer cette rupture comme définitive. Sa conviction : il reste possible de renouer, à condition de passer d’une relation de tutelle à un partenariat entre égaux.
Un recul commercial fait maison
Le chiffre résume le problème. En une génération, la part de la France dans le commerce africain est tombée de 15 % à 7,5 %, rappelle l’auteur. Une érosion qu’il refuse d’attribuer à la concurrence chinoise, turque ou indienne : pour lui, elle procède d’abord d’erreurs françaises accumulées. Paternalisme persistant, héritage mémoriel mal traité, engagements militaires dans l’impasse, politique d’aide épuisée et, au bout du compte, absence de récit positif capable de fonder une relation nouvelle. Autant de fils dont le livre tire l’écheveau, sans complaisance pour les élites politiques et économiques hexagonales.
La dernière chance d’une refondation
Car l’adieu n’est pas résigné. L’Afrique qui vient, avec 2,5 milliards d’habitants projetés en 2050, sa révolution numérique, ses minerais critiques et sa jeunesse, offre encore à la France une chance de refondation, plaide Pascal Lorot. À plusieurs conditions, qu’il détaille dans l’essai : faire de Paris le catalyseur d’une véritable politique européenne en Afrique plutôt que l’opérateur solitaire d’une relation bilatérale usée ; substituer des alliances industrielles d’égal à égal aux logiques d’aide ; repenser la présence sécuritaire française ; et reconstruire un récit des intérêts partagés entre les deux rives. « La réconciliation comme l’éloignement demeurent possibles », conclut l’auteur. Mais le choix, prévient-il, n’appartiendra plus très longtemps à la France.





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