Réunis à Bamako, les représentants de la Cédéao et ceux des trois pays de l’Alliance des États du Sahel ont affirmé leur volonté de collaborer dans la lutte contre le terrorisme et de préserver les acquis de l’intégration régionale, malgré le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation ouest-africaine

C’est une rencontre inédite qui s’est tenue ce jeudi 22 mai 2025 dans la capitale malienne. Pour la première fois depuis leur annonce de retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), les représentants du Burkina Faso, du Mali et du Niger — réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) — ont échangé directement avec les dirigeants de l’organisation régionale. Le message qui en est ressorti est clair : malgré les dissensions politiques, la coopération face à la menace terroriste reste une priorité commune.
Des retrouvailles sous tension à Bamako
Selon un communiqué conjoint publié à l’issue des discussions, les deux parties ont convenu «de l’urgence de travailler à créer les conditions nécessaires à une coopération efficace dans la lutte contre le terrorisme.» Elles ont également réaffirmé leur volonté de «sauvegarder les acquis de l’intégration sous-régionale», notamment la libre circulation des personnes et des biens.
Une fracture politique mais un front commun sécuritaire
Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao, acté officiellement le 29 janvier dernier, a marqué une profonde rupture dans l’histoire de la coopération ouest-africaine. Ces trois pays, dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État successifs entre 2020 et 2023, reprochent à la Cédéao son inefficacité face aux violences jihadistes et son alignement présumé sur les intérêts français.
Depuis plus d’une décennie, ces États sont en première ligne d’une guerre asymétrique contre des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. L’AES, née en 2023 comme un pacte de défense entre les trois pays, cherche désormais à s’ériger en organisation régionale autonome, avec une intégration plus poussée dans les domaines politiques, économiques et sécuritaires.
Des discussions élargies à d’autres domaines
Outre les questions de sécurité, les échanges entre la Cédéao et l’AES ont porté sur une large palette de sujets allant des aspects politiques et diplomatiques aux enjeux juridiques, administratifs, économiques et sociaux. Le communiqué souligne que les deux blocs se sont engagés à poursuivre ces discussions «guidés en permanence par les intérêts des populations ouest-africaines.»
Cette main tendue pourrait ouvrir la voie à une relation plus pragmatique entre les deux entités, même si la fracture institutionnelle reste profonde. La Cédéao espère sans doute éviter une désintégration régionale qui affaiblirait sa légitimité, tandis que les pays de l’AES, désormais proches de Moscou, cherchent à consolider leur autonomie tout en conservant des liens stratégiques utiles.
Une stabilité régionale encore fragile
Cette rencontre pourrait marquer le début d’un dialogue constructif, mais la situation demeure fragile. Entre divergences politiques et urgences sécuritaires, l’Afrique de l’Ouest reste confrontée à une équation complexe. La coopération transfrontalière, essentielle dans la lutte contre le terrorisme, pourrait servir de levier pour renouer un dialogue plus large entre des États en quête de souveraineté et une organisation régionale en pleine redéfinition de son rôle.











