Le projet du futur aéroport international de Bishoftu (Ethiopie) est devenu un nouveau point de friction entre Washington et Pékin, alors que les entreprises chinoises dominent les appels d’offres et que les États-Unis cherchent à reprendre pied dans les infrastructures stratégiques du continent.
Source : Geo.fr
Le chantier promet d’être colossal. Ethiopian Airlines, première compagnie aérienne africaine, veut faire du futur aéroport international de Bishoftu, à 40 km d’Addis-Abeba, une plateforme capable d’accueillir jusqu’à 60 millions de passagers par an dès 2030, puis 110 millions lorsque l’ensemble du projet sera achevé (Ethiopian Airlines Corporate). L’une des plus grosses structures aériennes du continent. À terme, l’aéroport devrait également pouvoir traiter près de 4 millions de tonnes de fret par an. Les travaux de terrassement, évalués à 610 millions de dollars, ont débuté après la pose de la première pierre en janvier. Coût total projeté ? 12,5 milliards de dollars.
Le pharaonique projet suscite une vive concurrence entre des entreprises internationales susceptibles d’en assurer la construction, indique le South China Morning Post (SCMP). Sur le volet du génie civil, Pékin part avec une longueur d’avance. D’ailleurs, environ la moitié des entreprises et coentreprises présélectionnées par Ethiopian Airlines sont chinoises. Parmi elles figurent la China Civil Engineering Construction Corporation et la China Road and Bridge Corporation, deux acteurs déjà solidement implantés dans les infrastructures éthiopiennes (Ethiopian Airlines Corporate).
La Corne de l’Afrique, carrefour des rivalités
Les grandes entreprises américaines de construction, elles, n’ont pas été retenues pour cette première phase. Mais Washington ne renonce pas pour autant au marché. L’administration Trump cherche ainsi à positionner des groupes américains sur les contrats liés aux technologies, aux équipements et aux systèmes aéroportuaires. Boeing et GE figurent notamment parmi les entreprises susceptibles de bénéficier de cette offensive.
« Les États-Unis sont étroitement engagés pour favoriser une forte participation américaine », a déclaré Mark Mitchell, Secrétaire adjoint au Commerce pour le Moyen-Orient et l’Afrique, lors d’un symposium consacré à la logistique et aux communications en Éthiopie (Reuters). Washington met notamment en avant le partenariat historique entre Boeing et Ethiopian Airlines.
Pour Costantinos Berhutesfa Costantinos, professeur de politique publique à l’Université d’Addis-Abeba interrogé par le SCMP, cette compétition illustre le nouveau rôle des infrastructures de la Corne de l’Afrique dans la rivalité entre les deux puissances. « Les planificateurs militaires occidentaux considèrent souvent les grands pôles de transport sous l’angle des capacités logistiques et de la sécurité du renseignement, tandis que Pékin les considère comme des nœuds essentiels de son réseau mondial de chaînes d’approvisionnement ».
Le bras de fer se joue aussi sur le terrain financier. Ethiopian Airlines prévoit de financer directement 20 à 30 % du projet sur ses fonds propres et ses revenus d’exploitation. Le reste doit provenir de prêteurs internationaux. La Banque africaine de développement s’est déjà engagée à hauteur de 500 millions de dollars et cherche à mobiliser d’autres financements.
Washington tente là encore de se positionner. Après plusieurs tournées consacrées au financement du projet aux États-Unis, l’International Development Finance Corporation, l’Export-Import Bank et JPMorgan Chase ont manifesté leur intérêt. Pékin reste également dans la course. Une institution financière chinoise avait promis 500 millions de dollars au projet, selon Mesfin Tasew, directeur général d’Ethiopian Airlines, au SCMP. En mars, une délégation éthiopienne s’est rendue à la Bank of China pour poursuivre les discussions (ministère des Finances éthiopien).
Les accords définitifs avec les prêteurs attendus d’ici mars
Pour Addis-Abeba, l’enjeu est de conserver suffisamment de marge de manœuvre entre ses différents partenaires. L’Éthiopie entretient depuis longtemps des liens économiques étroits avec la Chine, tout en développant ses relations avec les États-Unis, les pays du Golfe et les institutions financières occidentales. Cette stratégie pourrait se traduire par un découpage du mégaprojet.
Aux entreprises chinoises reviendraient vraisemblablement les contrats de construction lourde et de génie civil, où elles disposent d’un avantage en matière de coûts, de rapidité d’exécution et de mobilisation locale. Les partenaires occidentaux ou du Golfe pourraient, eux, trouver leur place dans l’avionique, la sécurité et les infrastructures numériques.
Le choix des fournisseurs sera déterminé par les prix, estime W. Gyude Moore, ancien ministre libérien des Travaux publics, pour le SCMP. « Les entreprises américaines auront du mal à rivaliser sur ce critère ». La concurrence entre les entreprises chinoises et leur capacité à proposer des prix agressifs pourraient rendre la compétition particulièrement difficile pour les groupes américains.
Ethiopian Airlines conserve, de son côté, une stratégie de diversification. Sa flotte associe Boeing et Airbus et la compagnie travaille déjà avec plusieurs partenaires internationaux dans la logistique. Une neutralité commerciale que Costantinos Berhutesfa Costantinos juge essentielle pour maintenir l’aviation éthiopienne à distance des affrontements diplomatiques entre Washington et Pékin.





Éthiopie


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