Pilier du Pacte national Énergie 2025-2030, la «Dorsale Est» est une ligne à haute tension destinée à relier Abidjan au Nord de la Côte d’Ivoire. La Commission européenne va subventionner ce projet à hauteur de 360 millions d’euros – un soutien emblématique de la relation privilégiée entre Abidjan et Bruxelles, mais aussi du rôle stabilisateur de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.
Partenaire central de la politique africaine de l’Union européenne, la Côte d’Ivoire confirme son poids stratégique. Fin septembre 2025, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a annoncé le déblocage de 545 millions d’euros pour soutenir la transition énergétique en Afrique, dans le cadre de l’initiative «Scaling Up Renewables in Africa.»
Fait marquant : les deux tiers de cette enveloppe financeront la «Dorsale Est,» un projet de ligne à haute tension de 400 kV en Côte d’Ivoire. Elle reliera Abidjan aux régions de l’Est et du Nord, en traversant le pays sur 540 kilomètres jusqu’à Ferkessédougou, près de la frontière du Burkina Faso et du Mali. Le chantier inclut également la construction de postes de transformation et un ambitieux programme d’électrification rurale le long du tracé.
Appuyé par la Banque européenne d’investissement (BEI), ce financement de l’UE vise à «renforcer la fiabilité du réseau,» accroître la capacité de transport et «intégrer davantage» la Côte d’Ivoire au système électrique ouest-africain (WAPP), qui relie quinze pays de la CEDEAO.
Cette ligne à haute tension s’inscrit dans le Pacte national Énergie 2025-2030 de la Côte d’Ivoire, un programme d’investissements gouvernemental de 4,5 milliards d’euros, dont 2,6 milliards pour les infrastructures de transport. Outre la modernisation du réseau, ce pacte vise à électrifier les dernières zones non raccordées et à atteindre les objectifs climatiques du pays pour 2030 : réduire de 30 % ses émissions de gaz à effet de serre et intégrer 45 % de renouvelables dans le mix électrique, en installant 1GW de capacités supplémentaires.
La Dorsale Est portera la capacité de transmission haute tension de la Côte d’Ivoire de 2,5 à 3,5 GW. Le projet devrait réduire les pertes techniques et sécuriser près de 0,9 TWh d’exportations annuelles. Le pays, déjà fournisseur d’électricité pour le Ghana, le Burkina Faso ou le Mali, renforcera son rôle au sein du système énergétique ouest-africain. Pour Bruxelles, soutenir cette infrastructure, c’est donc favoriser la transition énergétique de toute la région.
Abidjan, partenaire de confiance de l’Union européenne
La Commission présente ce financement comme un choix «stratégique et moral.» Dans une Afrique de l’Ouest secouée depuis 2020 par les coups d’État (réussis au Burkina Faso, Tchad, Guinée, Mali, Niger et Soudan, avortés en Guinée, Gambie et Sierra Leone), Abidjan s’impose comme un partenaire stable et fiable. Ses atouts rassurent les responsables européens : un secteur productif performant, un cadre réglementaire solide et une vision de long terme compatible avec les priorités climatiques et de développement durable de l’Union.
Lancée en 2021, la stratégie Global Gateway a conduit la Commission à nouer un «partenariat de haut niveau,» « politique, économique et de développement» avec la Côte d’Ivoire. Il vise notamment « à privilégier l’énergie et les transports durables, à transformer la chaîne de valeur du cacao, à lutter contre l’extrémisme, à promouvoir le secteur numérique et à stimuler le commerce.»Selon Bruxelles, ce partenariat repose sur «des valeurs et des idéaux partagés.»
Avec la Dorsale Est, la Commission entend montrer que cette collaboration produit des résultats tangibles. Cette infrastructure doit, selon Ursula von der Leyen, «accélérer l’accès à une énergie propre pour des centaines de millions de personnes, en créant des emplois verts et renforçant la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.»
Si ces ambitions se concrétisent, la Dorsale Est pourrait devenir le symbole d’une coopération fructueuse, alliant expertise européenne et dynamisme ivoirien.





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