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Crise sanitaire : Des solutions pour répondre aux besoins de la vaccination

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Les pays en développement auraient besoin de près de 2 milliards de doses supplémentaires pour parvenir à immuniser 40 % de leur population avant la fin 2021. Un groupe de dirigeants multilatéraux plaident en faveur de huit champs d’action pour accélérer la livraison et la distribution des vaccins.

 

Par David Malpass, Président de la Banque mondiale

8 champs d’action afin d’accélérer la vaccination

Kristalina Georgieva, DG du FMI, David Malpass, Pdt de la BM, Ngozi Okonjo-Iweala, DG de l’OMC et Tedros Adhanom Ghebreyesus, DG de l’OMS

L’accès généralisé aux vaccins contre la COVID-19 est d’une importance capitale pour le développement. Dans un monde encore confronté à des taux élevés de contamination et de décès dus à la pandémie, la vaccination s’avère le meilleur investissement disponible pour contrer le recul infligé au développement. Cependant, si donner accès aux vaccins est réalisable, cela exige une action immédiate.

La semaine dernière, l’Équipe spéciale multilatérale COVID-19 a publié sa quatrième déclaration commune (a), fruit des efforts de Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, et moi-même, sous l’égide de nos quatre organisations. Ensemble, nous avons appelé à une accélération de la vaccination dans les pays en développement, en particulier en Afrique, et exhorté les États et les fabricants de vaccins à prendre un certain nombre de mesures.

Afin de soutenir des solutions rapides et plus ciblées, l’Équipe spéciale s’emploie à identifier et suivre l’évolution des manques auxquels sont confrontés les pays en matière de financement, de production, de livraison, de commercialisation, de chaîne d’approvisionnement et de déploiement des vaccins. Comme l’indiquent les données consultables en accès public sur le site web (a) de l’Équipe spéciale, des milliards de doses de vaccin vont d’ores et déjà être produites d’ici à la fin 2021, ce qui laisse espérer une réduction concrète des inégalités vaccinales, à condition que nous agissions tout de suite.

Selon les estimations actuelles, les pays en développement ont besoin de près de 2 milliards de doses supplémentaires pour parvenir à immuniser 40 % de leur population avant la fin 2021, de près de 4 milliards de doses supplémentaires de façon à atteindre 60 % au premier semestre 2022, et d’encore presque 5 milliards de doses pour que, dans un an, 70 % de leur population soit vaccinée. En outre, l’évolution du variant delta risque d’accroître le nombre de doses nécessaires, comme nous l’observons déjà en Afrique.

Régler le problème de l’approvisionnement en vaccins peut sauver des millions de vies en plus. Mais ce n’est possible qu’avec la coopération des économies avancées disposant d’un surplus de doses préachetées, des pays producteurs de vaccins et des fabricants.

Lors de notre récente rencontre avec ces fabricants, nous avons reconnu et salué l’ingéniosité des chercheurs à l’origine des vaccins ainsi que les efforts des laboratoires pour assurer une production massive. Nous leur avons en outre demandé de communiquer le détail des calendriers de livraison pour toutes les expéditions prévues, de façon que les pays destinataires puissent en préparer le déploiement.

Afin d’accélérer la livraison de vaccins aux pays en développement, l’Équipe spéciale a plaidé en faveur de huit champs d’action.

En premier lieu, les pays disposant d’un surplus de vaccins peuvent soutenir l’effort mondial i) en échangeant avec d’autres pays leurs livraisons à court terme ; ii) en cédant les doses excédentaires faisant l’objet de contrats et d’options d’achat et iii) en tenant leurs promesses de dons. À cet égard, le Fonds africain pour l’acquisition des vaccins (AVAT) a un besoin urgent de doses supplémentaires de vaccins à injection unique, à livrer sur le reste de l’année 2021. L’Équipe spéciale a encouragé les pays à fort taux de vaccination d’accepter des livraisons plus tardives, pour permettre de vacciner dans de plus brefs délais les habitants des pays en développement. Nous nous réjouissons en particulier de l’annonce par l’UE de sa décision de renvoyer des millions de doses Johnson & Johnson en Afrique. Nous saluons aussi l’intention des États-Unis, annoncée récemment, d’acquérir des centaines de millions de doses pour les offrir au reste du monde. Les données de l’Équipe spéciale montrent une hausse positive des livraisons de dons : sur les doses promises, 12 % sont déjà arrivées dans les pays en développement, contre 10 % il y a un mois. Des centaines de millions de vaccins restent cependant à livrer.

En deuxième lieu, les laboratoires producteurs de vaccins doivent donner la priorité aux contrats avec le COVAX et l’AVAT et les honorer. Il faudrait aussi qu’ils communiquent mois par mois le programme complet et détaillé de leurs livraisons de vaccins, en particulier à destination du COVAX et de l’AVAT, afin que les doses soient dirigées de manière transparente vers les pays qui en ont le plus besoin, en particulier ceux à revenu faible ou intermédiaire inférieur.

En troisième lieu, nous reconnaissons aussi que les fabricants de vaccins doivent connaître la demande avec plus de certitude. Pour cela, l’Équipe spéciale exhorte les gouvernements à clarifier d’urgence leurs priorités et leurs décisions quant à l’utilité et au dosage des rappels, car cela influera dans une large mesure sur la disponibilité de doses supplémentaires pour les pays en développement. La production et la livraison des doses nécessaires requièrent donc un surcroît de certitude et de prévisibilité de la demande. Si elle est groupée, cette demande est plus certaine, plus prévisible et moins coûteuse pour les acheteurs.

En quatrième lieu, les pays doivent d’urgence réduire les restrictions à l’exportation, les droits de douane élevés ainsi que les ralentissements en douane pour les vaccins anti-COVID, de même que pour les matières premières nécessaires à leur production et à leur distribution rapide.

En cinquième lieu, il faut rationaliser et harmoniser la réglementation. Dans tous les pays, les autorités règlementaires devraient standardiser et rendre plus cohérent le processus d’approbation des vaccins.

En sixième lieu, nous avons appelé les donateurs à combler les insuffisances de financement. La Banque mondiale mobilise 20 milliards de dollars pour le financement des vaccins, enveloppe disponible jusqu’à la fin 2022 pour une utilisation immédiate par les pays, afin qu’ils se procurent des doses et comblent les manques en matière de déploiement. Nous aidons aussi les pays à se procurer d’autres produits utilisés dans la lutte anti-COVID, comme par exemple des kits de test, des équipements de protection individuelle ou de l’oxygène. À ce jour, ce soutien s’élève à 7,5 milliards de dollars. C’est désormais un aspect important de l’action menée par l’Équipe spéciale.

En septième lieu, les pays doivent posséder les capacités de déploiement nécessaires. Dans le cadre de ses opérations de financement des vaccins, la Banque mondiale apporte d’ores et déjà son assistance à 54 pays afin non seulement de faciliter les achats mais aussi de remédier aux difficultés de déploiement. Il s’agit notamment d’accroître les capacités en matière de stockage et de chaîne du froid, de former les personnels de santé, d’augmenter la confiance du public envers la vaccination via une mobilisation citoyenne et communautaire ou encore de renforcer les systèmes de données et de suivi pour la distribution des vaccins. Dans le même temps, il est essentiel d’améliorer l’information sur les calendriers de livraison, en particulier pour les dons de doses, afin que les pays puissent préparer le déploiement des produits. Par exemple, faute d’avoir été prévenues suffisamment à l’avance, les autorités éthiopiennes ont dû décliner des dons la semaine dernière, les vaccins qui leur avaient été attribués n’ayant qu’une brève durée de validité. Une situation semblable s’est produite il y a deux semaines en RDC.

Huitième et dernier point, des efforts sont nécessaires pour augmenter considérablement la production de vaccins, d’outils de diagnostic et de traitements dans le monde, afin d’accélérer l’accès équitable à ces ressources vitales dans les pays en développement. Outre son aide au financement des vaccins et son soutien aux systèmes de santé nationaux, le Groupe de la Banque mondiale, à travers la Société financière internationale (IFC), contribue aussi au renforcement des capacités et compétences industrielles dans les pays en développement. Nous observons déjà des progrès dans ce domaine en Afrique du Sud, au Rwanda et au Sénégal. Forts de cette expérience, nous nous attachons, avec le concours de la Plateforme mondiale pour la santé d’IFC (4 milliards de dollars), à accroître et diversifier les capacités de fabrication.

Il est urgent d’agir pour accélérer la fourniture et la distribution de vaccins dans tous les pays en développement, et parvenir ainsi à mettre fin à cette pandémie.

L’accès généralisé aux vaccins contre la COVID-19 est d’une importance capitale pour le développement. Cependant, si donner accès aux vaccins est réalisable, cela exige une action immédiate. Photo : @Skorzewiak/Shutterstock

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