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Grand barrage de la Renaissance : un méga-projet sur le Nil source de tensions régionales

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                                                                                AFP

Le projet éthiopien de mega-barrage sur le Nil bleu, qui fait l’objet jeudi 08 juillet d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, suscite des tensions régionales, notamment avec l’Égypte qui dépend à 97% du fleuve pour son approvisionnement en eau.

Dix pays

Avec ses 6 695 kilomètres, le Nil est, à égalité avec l’Amazone, le plus long fleuve du monde et une source d’approvisionnement en eau et énergie hydraulique vitale dans une région d’Afrique largement aride.

Le bassin du Nil couvre plus de trois millions de km2, soit 10% de la superficie du continent africain, traversant dix pays : Burundi, République démocratique du Congo, Égypte, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Soudan du Sud, Soudan et Tanzanie. Son débit annuel est estimé à 84 milliards de m3.

Le Nil Bleu, qui prend sa source en Éthiopie, rejoint le Nil Blanc à Khartoum pour former le Nil qui traverse le Soudan et l’Égypte avant de se jeter en Méditerranée.

Plus grand barrage d’Afrique

Lancé en 2011 par l’Éthiopie pour un montant de quatre milliards de dollars, le projet vise à construire le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, avec une puissance de près de 6 500 mégawatts.

Situé sur le Nil Bleu, à une trentaine de kilomètres de la frontière soudanaise, le Grand barrage de la Renaissance (GERD) est long de 1,8 kilomètre et haut de 145 mètres. L’Éthiopie a entamé la première phase de remplissage mi-2020.

Approvisionnement en eau

L’Égypte, pays aride de près de 100 millions d’habitants, dépend du Nil pour environ 97% de ses besoins en eau, y compris pour son agriculture. Le Caire évoque un « droit historique » sur le fleuve, garanti depuis le traité signé en 1929 entre l’Égypte et le Soudan représenté par la Grande-Bretagne, puissance coloniale. L’Égypte avait alors obtenu un droit de veto sur la construction de projets sur le fleuve.

En 1959, après un accord avec Khartoum sur le partage des eaux, l’Égypte s’attribue un quota de 66% du débit annuel du Nil, contre 22% pour le Soudan. Mais, en 2010, un nouveau traité est signé par les pays du bassin du Nil, malgré l’opposition de l’Égypte et du Soudan, supprimant le droit de veto égyptien et autorisant des projets d’irrigation et de barrages hydroélectriques.

Enjeux cruciaux

L’Éthiopie, puissance régionale émergente, pour qui le projet est essentiel à son développement, affirme que le barrage ne perturbera pas le débit de l’eau.

L’Égypte s’inquiète elle du rythme de remplissage du réservoir géant du GERD, d’une capacité de 74 milliards de m3. Si le réservoir est rempli sur une période courte, l’écoulement de l’eau du Nil à travers l’Égypte pourrait fortement baisser. L’Égypte voit dans ce projet une menace « existentielle » et le Soudan a mis en garde contre des « grands risques » pour la vie de millions de personnes.

Après neuf années de blocage dans les négociations, les États-Unis et la Banque mondiale ont parrainé à partir de novembre 2019 des discussions visant à trouver un accord, qui ont échoué. D’autres négociations, sous l’égide de l’Union africaine (UA), sont dans l’impasse depuis avril. L’Égypte et le Soudan ont assuré n’écarter aucune option pour défendre leurs intérêts.

En début de semaine, l’Égypte puis le Soudan ont annoncé avoir été informés par Addis Abeba du début de la seconde phase de remplissage, une opération que l’Éthiopie n’a pas confirmée officiellement. Selon l’Éthiopie, l’ajout d’eau dans le réservoir est un processus naturel, en particulier pendant la saison des pluies. Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira jeudi à la demande de la Tunisie, membre non permanent au Conseil et représentant du monde arabe, au nom de l’Égypte et du Soudan.

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