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Grand entretien : Jean-Louis Baroux, Président d’APG

Président-fondateur d’APG, leader mondial de fournitures de services aux compagnies aériennes, et créateur du Cannes Airlines Forum et d’APG World Connect, Jean-Louis Baroux est un expert aérien. Auteur également de plusieurs ouvrages sur le transport aérien, il revient dans cette interview sur l’ascension fulgurante de son organisation, ses ambitions, premier réseau mondial de représentations de compagnies aériennes, présent dans 150 pays mais aussi la situation et les perspectives dans le secteur du transport aérien en Afrique.

Et si APG était la solution aux compagnies africaines …

AFRIMAG : le dernier forum d’APG a attiré beaucoup de professionnels. Quel est votre secret?

Jean-Louis Baroux, Président d'APG

Jean-Louis Baroux, Président d’APG

Jean-Louis Baroux : Il faut du temps pour installer une conférence de rang international. L’édition de 2019 était la 11ème et je rappelle que nous avons fait 17 Cannes Airlines Forum. Nous en sommes donc au 28ème événement. Et puis APG bénéficie de son réseau et les partenaires ont une grande proximité avec les responsables des compagnies aériennes de leur pays. Nous avons donc plus de facilités à inviter les dirigeants des compagnies aériennes. Cela dit, je suis le premier étonné de voir que des grands responsables acceptent de venir de l’autre bout du monde pour passer 48 heures au APG World Connect. C’est une nécessité pour les organisateurs de très bien soigner les participants et nous y faisons très attention.

Comment se présente aujourd’hui le réseau APG?

Avec 110 partenaires, un seul par pays, le réseau d’APG couvre la quasi-totalité des marchés mondiaux. Nous sommes spécialisés uniquement dans la commercialisation et la distribution des compagnies aériennes régulières. Jusqu’à très récemment nous ne nous occupions que des passagers, mais nous avons rajouté un département cargo en 2019 et celui-ci parait être très prometteur. Nous avons actuellement un peu plus de 200 compagnies aériennes clientes de l’un ou l’autre de nos services.

Quelle est la pertinence dans le choix d’alterner les lieux du forum APG World Connect?

En effet, Monaco abrite le siège d’APG et à ce titre accueille tous les deux ans les professionnels du secteur. En alternative, on répond aux demandes des autres pays membres de notre organisation.

Le prochain forum se tiendra à Malte à l’hôtel Westin Dragonara Resort du 29 au 31 octobre 2020. En fait le gouvernement de Malte a beaucoup insisté pour accueillir l’événement et nul doute qu’il mettra les petits plats dans les grands pour que son niveau soit au moins égal à ce que nous pouvons faire à Monaco. Je me permets d’ailleurs de souligner l’exceptionnel professionnalisme de l’hôtel Monte Carlo Bay et de l’ensemble du Sporting. L’expérience a été très concluante et nous y reviendrons encore en 2021.

Le trafic aérien mondial est en hausse moyenne de 5% par an. Comment expliquez-vous que les compagnies perdent de l’argent ?

C’est effectivement un constat paradoxal. Depuis 1945, le transport aérien jouit d’une croissance régulière de 5% par an ce qui le fait doubler en volume tous les 12 ans et en chiffre d’affaires tous les 10 ans. Peu de secteurs d’activité peuvent en dire autant. Et pourtant, nombre de transporteurs perdent encore de l’argent bien que le résultat global de 2019 se traduise par un profit de l’ordre de 30 milliards de dollars US. Le ratio est d’ailleurs assez faible. Pour un chiffre d’affaires de 800 milliards de dollars US il s’établit à 3,75%. Cela s’explique essentiellement par l’intense guerre tarifaire que se livrent les compagnies. Beaucoup de sièges sont vendus au-dessous de leur prix de revient. Et puis, reconnaissons quelques fautes de gestions, parfois grossières car certains promoteurs de compagnies aériennes ne connaissent par le métier et en particulier les bons outils de commercialisation.

APG a pour vocation d’accompagner les petites compagnies à être commercialisées sur les gros marchés. Et les majors sur des petits marchés. Quel avantage pour les compagnies africaines ?

Hormis quelques transporteurs comme, par exemple la Royal Air Maroc, Ethiopian Airlines ou Egyptair, les compagnies africaines ne possèdent pas la taille suffisante pour se commercialiser en dehors de leur zone de proximité. Or le marché est devenu mondial et il faut être distribué partout. C’est là qu’intervient APG. Avec les produits que nous avons construits au départ pour les petites et moyennes compagnies, mais qui sont utilisés également par les grands opérateurs, comme l’Interline avec APG Airlines ou ABCS (APG BSP Coordination Service) adossés à notre activité d’agent général, nous sommes en mesure de distribuer les compagnies africaines dans n’importe quel pays au monde. C’est d’ailleurs ce qu’ont bien compris certaines d’entre elles, au premier rang desquelles la Royal Air Maroc pour laquelle nous agissons dans une soixantaine de pays. Actuellement une vingtaine de transporteurs africains nous font confiance, mais il nous reste encore beaucoup à faire pour renforcer les contrats existants et proposer nos services à d’autres opérateurs.

Le Ceo d’Ethiopian Airlines a dit agir pour que les compagnies africaines travaillent de concert. Que fait APG dans ce sens ?

APG a tout intérêt à ce que les compagnies aériennes travaillent en bonne entente et non en opposition. Cela passe par une connaissance commune des outils de distribution et de commercialisation qui ont pour la plupart été développés par IATA. C’est pourquoi nous avons créé APG Academy pour familiariser les cadres mais aussi les agents des compagnies aériennes, des aéroports et même des aviations civiles avec ces produits. Pour limiter les coûts, nous avons choisi la forme électronique et l’enseignement se fait par un accès via Internet. Cela nous permet de vendre les cours à des prix très abordables : la moyenne est de l’ordre de 40 € par cours. L’accès se fait par le site APG GA, rubrique SERVICES / APG ACADEMY. L’enseignement est en deux langues : français et anglais.

Il affirme également que l’Afrique est le futur du transport aérien mondial : quand ce secteur va doubler son trafic dans les années à venir, l’Afrique verra sa part multiplier par quatre. Qu’en pensez-vous ?

Il est clair que le continent africain constitue le nouvel eldorado du transport aérien et ce pour plusieurs raisons. D’abord les très grandes distances à parcourir et une infrastructure au sol peu performante. De toute façon il est beaucoup plus économique de transporter les personnes et les biens par air que par la route si on considère l’énorme coût d’entretien des voies de communication terrestres. Et puis le continent africain est en développement rapide avec une classe moyenne en forte croissance et celle-ci est cliente naturelle du transport aérien. Tewolde Gebremariam le Ceo d’Ethiopian Airlines a largement montré la voie en développant à partir d’un pays au départ peu riche, un réseau continental de qualité. Ça marche et la compagnie est prospère.

Le patron d’Ethiopian Airlines dit aussi que l’Europe laisse trop de place à la Chine en Afrique en termes d’investissements de façon générale. Pourquoi les compagnies aériennes européennes ne s’intéressent-elles pas au marché africain ?

Bien au contraire, les compagnies européennes s’intéressent au marché africain, car elles y voient le moyen d’utiliser leurs appareils de manière profitable. Le prix moyen entre l’Europe et l’Afrique reste très élevé et les lignes sont plus rentables qu’ailleurs car la concurrence est plus faible. Il n’est pas dans l’intérêt des transporteurs européens de susciter une forte compétition de la part des compagnies africaines. Cela est bien compréhensible. Les Chinois sont en phase d’investissement massif en Afrique, mais curieusement pas dans le transport aérien. La réglementation ne s’y prête pas pour le moment. Il revient aux Africains de prendre toute leur place.

Aujourd’hui pour rallier deux villes africaines, le PAX (passager) est obligé de transiter par un troisième aéroport. Quelle solution à ce problème ?

Il est pour le moins curieux que les traités d’Open Sky signés soit à Yamoussoukro soit à Addis-Abeba, ne soient pas appliqués. C’est sans doute le premier frein au développement du transport aérien dans le continent. Certes un accord d’Open Sky créé une concurrence accrue, mais elle est finalement très bénéfique à l’économie en général et donc par voie de conséquences au transport aérien. L’exemple marocain est très intéressant. L’Open Sky entre le Maroc et l’Europe a dans un premier temps créé de grandes difficultés à la RAM, mais cela a permis à cette dernière de se réformer avant de se développer considérablement. D’autres pays devraient s’en inspirer, d’abord en créant un vrai Open Sky avec l’Europe, sans timidité comme cela se fait en Tunisie qui a exclu son principal aéroport de l’accord, et puis il faudra bien venir à une liberté totale des airs à l’intérieur de l’Afrique. Cela viendra un jour ou l’autre, le plus tôt sera le mieux.

Les Etats africains ont du mal à mettre en place des compagnies nationales aériennes. Est-ce un problème de modèle économique ou de taille critique ?

Il est vrai que beaucoup de tentatives ont été faites par les Etats pour créer leurs compagnies aériennes. Seulement beaucoup de gouvernements ont confondu les poches transporteurs avec celles des autorités. On a pu voir par le passé nombre d’opérateurs ruinés car l’argent des clients ne retournait pas dans les bonnes caisses. Cela est très dommageable non seulement à la prospérité des compagnies mais à l’image des pays. Là encore l’exemple éthiopien devrait servir. Ethiopian Airlines appartient à l’Etat, mais jamais les gouvernements qui se sont succédé ne sont intervenus en quoi que ce soit dans la gestion de leur transporteur national. Ce n’est pas le cas dans nombre de pays et tant que la pratique de l’ingérence ne cessera pas, il y a peu de chances que ce secteur d’activité rencontre la prospérité à laquelle il pourrait prétendre.

Vous avez écrit une demi douzaine  de livres sur les compagnies aériennes dont : «Ce que l’on vous cache ». Brièvement que cachent les compagnies aériennes ?

En fait j’ai écrit cinq livres dont le dernier est justement intitulé : «Transport aérien, ces vérités que l’on vous cache ». J’y explique le dessous des cartes : comment sont fixés les tarifs, comment se discutent les droits de trafic, comment les «slots» ou créneaux horaires sont distribués. Je décris certains privilèges : ceux des personnels des compagnies aériennes, ou des contrôleurs de la navigation. Mais j’explique également pourquoi le transport aérien est devenu si populaire et si fiable. Un prochain livre est en préparation chez mon éditeur : les Editions l’Archipel. Il sortira en mai 2020.

L’Open Sky en Afrique. Ce que vous en pensez ?

Comme j’ai pu l’expliquer brièvement plus avant dans votre interview, je ne crois pas que le transport aérien africain trouvera sa juste place et sa juste rémunération sans un véritable Open Sky. Cela viendra certainement. Mais autant commencer par appliquer les traités qui ont déjà été signés.

APG Jean-Louis Baroux Transport aérien

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