World Connect 2025
Alors que le transport aérien se retrouve sous pression entre exigences écologiques, contraintes économiques et perception publique parfois hostile, Jean-Louis Baroux, Président du World Connect, plaide pour une communication globale et concertée du secteur. À l’approche de la 16ème édition du World Connect, qui se tient à Séville ce 29 au 31 octobre, il revient sur les enjeux majeurs de cette rencontre internationale, le rôle central de la communication et la capacité du secteur à se réinventer sans renier sa mission première : connecter les peuples et soutenir le développement mondial.
“Le transport aérien ne peut pas rester sans réponse face aux attaques dont il est la cible”
AFRIMAG : Vous avez choisi Séville pour la 16e édition du World Connect, après plusieurs années à Monaco et deux parenthèses à Malte. Pourquoi ce changement de décor ?

Jean-Louis Baroux : Les autorités de la ville de Séville et de la région de l’Andalousie ont manifesté un grand intérêt pour cette manifestation. Une équipe espagnole était d’ailleurs présente à Malte en 2024 pour avoir une meilleure idée de l’évènement. Il est donc naturel d’avoir répondu à l’invitation des autorités sévillanes d’autant plus que la Ville et la Région sont aptes à attirer les participants en provenance du monde entier.
AFRIMAG : Malgré les changements de lieu, l’événement attire toujours autant. Plus de 130 participants sont déjà confirmés, dont 52 compagnies aériennes. Quel est, selon vous, le secret de cette fidélité ?
Jean-Louis Baroux : Au moment où j’écris ces lignes, le 09 septembre 2025, 476 participants sont déjà enregistrés en provenance de plus de 80 pays et 85 compagnies aériennes seront présentes. Cette forte présence est probablement due à l’attractivité du lieu de la conférence, mais aussi de sa réputation. Au fil du temps elle s’est imposée comme la meilleure au monde en termes de convivialité et d’intérêt.
AFRIMAG : Le thème de cette édition 2025 est : «Le pouvoir de la communication dans l’aviation.» Pourquoi le choix de ce thème cette année ?
Jean-Louis Baroux : Chaque année il faut choisir un thème qui puisse intéresser tous les acteurs du transport aérien quels que soient leur métier ou leur localisation géographique. Le thème de la conférence est choisi en janvier. Il doit être suffisamment large pour résister aux aléas du transport aérien pendant les 9 mois qui précèdent la conférence. Devant les oppositions du lobby écologiste relayées par les Gouvernements, il nous est apparu que la communication était un facteur majeur de défense de ce secteur d’activité. Or celle-ci se fait en ordre dispersé chaque composante du secteur et chaque pays voulant s’exprimer ce qui consiste une énorme perte d’efficacité. Voilà le sujet de l’édition 2025
AFRIMAG : Vous avez d’ailleurs déclaré qu’il y avait «beaucoup de progrès à faire» dans ce domaine. Pouvez-vous préciser ?
Jean-Louis Baroux : Le transport aérien doit faire face à deux challenges considérables : son acceptation par le public, y compris par les riverains des aéroports et la transition écologique. Cette dernière coûtera probablement plusieurs centaines de milliards de dollars. Ces deux challenges devront être supportés par les acteurs de cette activité et par les consommateurs, ce qui amènera inéluctablement une augmentation des tarifs et un prélèvement par des taxes des sommes gigantesques nécessaires à la recherche pour arriver à la décarbonation annoncée pour 2050. Il faudra convaincre non seulement les Pouvoirs publics mais aussi les consommateurs. Ce ne sera pas une mince affaire.
AFRIMAG : Comment le programme de cette édition va-t-il explorer ce thème ? Avez-vous prévu des approches particulières ?
Jean-Louis Baroux : Le programme a été conçu pour être à la fois informatif et ne pas lasser les participants. Nous avons opté pour des interviews de personnalités plus que pour des exposés. Il y aura néanmoins des moments d’information traités par de grandes autorités
AFRIMAG : Selon vous, en quoi une communication efficace peut-elle renforcer la performance d’une compagnie aérienne ?
Jean-Louis Baroux : Il s’agit moins de l’intérêt des compagnies aériennes que celui du transport aérien tout entier. Les compagnies aériennes sont en compétition les unes envers les autres, mais elles ne peuvent pas exister si l’accès aux aéroports ou aux droits de trafic leur sont chichement octroyés et parce que les Gouvernements sensibles aux arguments écologistes ponctionnent le transport aérien au profit des infrastructures terrestres sans qu’ils se préoccupent vraiment de l’utilité comparée des moyens de transport. Pensons également que l’intérêt de ce type de transport est considérable pour le développement économique des ¾ de la planète. Au fond tout est une question de communication, pas celle de chaque compagnie mais celle de tous les acteurs depuis les constructeurs jusqu’aux agents de voyages en passant par les aéroports, les fournisseurs de services au sol et bien entendu les transporteurs.

AFRIMAG : Et dans un contexte de crises multiples – climatiques, sociales, économiques, pandémiques – la communication peut-elle encore restaurer la confiance ?
Jean-Louis Baroux : La communication ne peut pas résoudre toutes les difficultés que le transport aérien va devoir affronter dans un futur proche, mais à partir du moment où il est attaqué, il ne peut pas rester sans réponse et sans expliquer aux populations non seulement son intérêt, mais également comment on lui demande à la fois de se réformer en supprimant les émissions à effet de serre mais aussi le bruit, tout en lui enlevant les moyens financiers qu’il crée au profit de ses concurrents.
AFRIMAG : Depuis plus de 30 ans, le World Connect évolue avec le secteur de l’aérien. Comment l’événement s’adapte-t-il à un monde en mutation ?
Jean-Louis Baroux : Le concept existe depuis 1992. Il a pris plusieurs formes depuis le Cannes Airlines Forum jusqu’au World Connect by APG. Il est pourtant resté constant dans trois aspects : il doit être mondial, il doit être informatif et les participants doivent avoir envie de revenir. Rappelons que la quasi-totalité des participants est invitée ce qui permet de sélectionner un niveau très élevé, et de plus nous invitons également les conjoints ce qui est très apprécié. Enfin, il reste quelques moments très ludiques comme le concert de piano ou la soirée de gala.
AFRIMAG : En parlant de ces moments informels, pensez-vous que ce soit l’une des clés du succès de l’événement ?
Jean-Louis Baroux : Ils sont déterminants pour l’atmosphère générale de l’évènement et pour que les échanges entre les acteurs soient détendus. C’est pourquoi nous y apportons une très grande attention. Cela pourrait paraître superflu, c’est justement le contraire. Les apéritifs, cocktails, déjeuners ou dîners sont essentiels et nous insistons par exemple pour avoir des formules buffet pour les déjeuners et des tables de 8 et non de 10 pour le dîner de gala afin que les échanges en soient facilités.
AFRIMAG : Enfin, au-delà du thème 2025, quels enjeux voyez-vous émerger pour le futur de l’aviation et de la distribution aérienne ?
Jean-Louis Baroux : En dépit de toutes les difficultés qu’il doit affronter, le transport aérien va certainement poursuivre sa croissance particulièrement en Asie, Afrique et Amérique Latine. Il n’y a aucune raison pour que les habitants de ces continents soient privés des facilités qu’amène le transport aérien. Il faudra cependant faire les investissements nécessaires pour améliorer encore la performance de ce moyen de transport. La sécurité est pratiquement assurée, reste à améliorer encore les performances techniques. Allons-nous réussir à créer le transport aérien entièrement décarboné tout en lui maintenant son attractivité ?








![Édito | La communication dans le transport aérien, encore des progrès à faire [Par Jean-Louis Baroux] Le premier constat est que le continent européen se distingue des autres par son attraction vers les sujets environnementaux. Depuis quelques années ce sujet imprègne fortement la communication du transport aérien. Il est sous-jacent dans tous les communiqués et aucune intervention sérieuse ne peut éviter de l’évoquer. Ce n’est pas le cas des autres continents qui s’affranchissent volontiers de cette contrainte. L’explication tient sans doute à la géographie.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2025/11/CLARK-Sir-Timothy-President-EMIRATES--450x263.jpg)


