Les travailleurs du gigantesque complexe minier de Simandou découvrent amèrement la traduction concrète de l’adage selon lequel «on ne peut faire une omelette sans casser les œufs.» Promu par Conakry comme le symbole de la transformation économique du pays, Simandou vient de lancer un dégraissage dans ses effectifs en licenciant des centaines de travailleurs au moment où ce gisement commence à exporter du minerai de fer après des décennies de retards et de scandales de corruption.
Simandou a été inauguré en grande pompe en novembre dernier par le Général Mamady Doumbouya, largement favori à l’élection présidentielle du 28 décembre. La mise en service de Simandou a renforcé la position de leader mondial du fer et de la bauxite de la Guinée. La bauxite est utilisée pour la production d’aluminium.
De 60.000 emplois en 2024 et 2025, Simandou aura besoin de moins de 15.000 personnes pour faire tourner la machine
L’agence Reuters a interrogé une douzaine d’employés et d’anciens employés, ainsi que des sources haut placées au sein de l’entreprise. Sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet, ces derniers ont indiqué que le processus de licenciement de milliers d’employés avait commencé et que l’impact serait probablement plus grave que dans le cas de projets miniers comparables. C’est une déception pour ceux qui espéraient que leur vie s’améliore à long terme grâce aux ambitions de Simandou de produire environ 120 millions de tonnes de minerai de fer par an, soit environ 7 % de la demande mondiale.
L’emploi à Simandou a culminé à plus de 60.000 emplois en 2024 et 2025, ont indiqué à Reuters des sources gouvernementales. Selon les évaluations des groupes opérant à Simandou, moins de 15.000 personnes seront nécessaires pour faire fonctionner les mines, les ports et la voie ferrée de 670 kilomètres spécialement construite pour permettre l’exportation à partir de ce projet enclavé. Le projet est géré par deux consortiums -l’un dirigé par Rio Tinto et l’autre par le consortium chinois piloté par le groupe WCS.
Simandou 2040, la stratégie du gouvernement pour résorber le chômage
Selon des sources syndicales rapportées par Reuters, les suppressions d’emplois ont commencé. A Dantilia, un important centre de la région de Faranah, près de la frontière avec la Sierra Leone, 8 000 des 10.000 travailleurs ont perdu leur emploi ces trois derniers mois. Les 2.000 autres (intérimaires) ont été informés que leur contrat ne sera pas renouvelé. A Kamara, qui fait partie du même district, environ 1.500 travailleurs ont déjà été licenciés.
Afin de créer des milliers d’emplois à l’avenir, le gouvernement guinéen a présenté «Simandou 2040» comme une stratégie sur 15 ans visant à transformer le pays en une économie diversifiée, fondée sur l’investissement dans l’agriculture, l’éducation, les transports, la technologie, la finance et la santé pour l’ensemble de la population.
L’Etat détient une participation de 15 % dans Simandou et le coût estimé du projet, soit 200 milliards de dollars, serait en partie financé par les recettes minières, bien qu’il ait déclaré que l’essentiel devrait provenir de capitaux privés.





Guinée





