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Interview : Fabrice Nze-Bekale, Directeur Général de la Société Equatoriale des Mines (SEM)

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« La baisse des cours renvoie les Etats africains
aux réalités de l’économie minière»

 Société d’Etat à gestion privée, la Société Equatoriale des Mines (SEM) a pour mission principale d’améliorer la vie des Gabonais en les faisant profiter du développement responsable des ressources minières. Son Directeur général, Fabrice Nze-Bekale, analyse la situation minière du continent et lève le voile sur la stratégie de la SEM, une entreprise au cœur de la politique minière du Gabon.

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Fabrice Nze-Bekale  Directeur Général de la Société Equatoriale des Mines (SEM)

Fabrice Nze-Bekale
Directeur Général de la Société Equatoriale des Mines (SEM)

AFRIMAG : Les multinationales, notamment anglo-saxonnes et chinoises mènent une concurrence féroce sur le secteur minier africain. Quelle analyse faites-vous du potentiel minier du continent ?

Fabrice Nze-Bekale : Il y a un engouement des sociétés occidentales et asiatiques pour le potentiel minier du continent. La Banque mondiale dans son rapport sur « Le potentiel transformateur de l’Industrie Minière » indique que la part produite par l’Afrique sub-saharienne en 2011 était de 22% pour l’or, 58% pour le cobalt, 7% pour le cuivre, 95% pour les métaux de groupe platine et 18% pour l’uranium.

La question est de savoir dans quelle vision s’inscrire dans le développement de ce potentiel. Face au fléau du chômage qui affecte bon nombre de pays africains, la transformation locale des ressources minéralurgiques s’avère essentielle pour créer des emplois et favoriser l’émergence et le développement de compétences techniques locales pour soutenir les activités d’exploration et d’exploitation. A l’instar d’autres pays africains, le Gabon a placé le secteur minier au cœur de son plan de diversification économique et sa stratégie d’industrialisation. L’industrialisation passe par la transformation qui permet de remonter la chaîne de valeur des ressources minérales et d’exporter des produits à valeur ajoutée pour contribuer au rééquilibrage des balances commerciales souvent déficitaires en Afrique sub-saharienne. La transformation a donc un impact sur le développement de nos économies en intégrant la création d’emplois, le développement des compétences et l’industrialisation.

A cela s’ajoute le développement du potentiel énergétique pour soutenir les activités minières qui sont appelées à se développer sur le moyen et long terme. Le rapport précité de la Banque mondiale indique que la demande en électricité des mines devrait tripler à l’horizon 2020 pour atteindre 23 GW. Ceci engage à initier des projets de développement des infrastructures énergétiques.

La gestion rationnelle des ressources minières est aussi un enjeu clé. Le fort potentiel en minerais ne doit pas justifier une exploitation totale, voire abusive, des réserves. L’exploitation doit cadrer avec une vision au même titre que les opérateurs qui établissent des plans d’exploitation des permis en fonction de leurs intérêts.

Outre ces enjeux, on note que le contexte actuel est marqué par la baisse des cours des minerais sur les marchés internationaux qui ralentit globalement les activités minières sur le continent. Cette donne renvoie les Etats africains aux réalités de l’économie minière. D’où l’intérêt de planifier l’exploitation des ressources.

La majorité des pays africains dotés de gisements avérés et exploitables sont mal outillés au moment de signer des contrats avec les multinationales. Les cas du mont Nimba en Guinée mais également la RDC sont éloquents à cet égard. Comment éviter les contrats léonins ?

Dans toute négociation, chaque partie assure la défense de ses intérêts. Cela implique une définition claire de ses intérêts et des points sur lesquels des compromis sont possibles ou non envisageables.

Pour les Etats, il est impératif de disposer de tous les éléments utiles à la protection de leurs intérêts avant d’engager des négociations avec les opérateurs. Il s’agit d’une part, d’avoir une bonne connaissance du potentiel des réserves faisant l’objet de négociation. Ce qui explique la nécessite, dans certains cas, de recourir à des certifications des réserves par des organismes reconnues pour leur expertise dans le domaine.

D’autre part, il est important d’identifier les objectifs des opérateurs dans leur demande d’acquisition de permis. Ce qui implique l’assimilation de leur positionnement sur le marché mondial des matières premières car des permis sont souvent visés à des fins spéculatives. Par ailleurs, d’une perspective étatique, le principe devrait être que chaque attribution de permis minier doit être conditionné par la présentation d’un plan de développement du projet avec des délais que les opérateurs sont tenus de respecter. Le Code minier gabonais intègre cette disposition dans l’évaluation des demandes de permis pour éviter de voir de projets stagner. Il est important de souligner les efforts de la Banque africaine de développement pour assister les pays africains dans leurs négociations. Outre la Facilité africaine de soutien juridique (FASJ) qui accompagne les pays africains dans la négociation de transactions commerciales complexes, la BAD a créé le Centre africain des ressources naturelles (CARN) pour aider les pays africains dans la structuration de leurs projets de mise en valeur de leurs ressources naturelles.

A partir de ce constat, quelle est la politique de la Société Equatoriale des Mines (SEM) que vous dirigez ?

La Société Equatoriale des Mines est l’opérateur étatique du Gabon dans le secteur. Elle a pour mission de porter les participations de l’Etat dans les projets miniers, de développer les projets seule en partenariat et d’organiser le trading des pierres précieuses, dont l’or, sur le territoire national. Dans le cadre de ses prérogatives susmentionnées, la SEM a pour mission de s’assurer que le développement des projets cadre avec la vision de l’Etat qui intègre à la fois les principes de transformation locale des ressources minières, de développement des compétences techniques locales et de responsabilité sociétale et environnementale. Ces principes sont d’ailleurs déclinés sous forme de dispositions dans le Code minier adopté en janvier 2015.

Concrètement, dans les négociations avec nos partenaires, nous nous assurons qu’une partie de la production est transformée localement. Ce principe de transformation est également appliqué dans nos activités de trading de l’or. Le Comptoir gabonais de collecte de l’or (CGCO), filiale de la SEM créée en 2013, transforme l’or collecté auprès des orpailleurs dans ses cinq (5) comptoirs pour transformer la production en barres dorées avant de la vendre à la Caisse de dépôts et consignations gabonaise pour la constitution des réserves stratégiques d’or de l’Etat et aux clients internationaux. Au sein des conseils d’administration des sociétés dans lesquelles l’Etat détient des participations à travers la Société Equatoriale des Mines, nous défendons les intérêts patrimoniaux de l’Etat actionnaire. A charge pour le ministère des Mines de défendre les intérêts de l’Etat en tant que régulateur du secteur.

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