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Mali – Le renouveau minier

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Depuis deux ans, les pouvoirs publics maliens déroulent une nouvelle vision stratégique de développement de l’industrie minière dans le pays. Le Mali, troisième producteur africain de métal jaune qui lui assure 70 % de ses exportations, après l’Afrique du Sud et le Ghana, veut jouer sur deux tableaux: diversifier les ressources minières du pays et accroître la contribution du secteur minier à l’économie du pays et des populations grâce aux revenus miniers.

Mine à ciel ouvert au Mali

Mine à ciel ouvert au Mali

Au Mali, l’édition des sixièmes Journées minières et pétrolières (JMP’15), qui ouvre ses portes pour 3 jours, du 17 au 19 novembre 2015 au Centre International de Bamako, a fini de faire partie du calendrier d’affaires du secteur minier africain, voire international. Cet évènement économique biennal, organisé par le ministère des Mines du Mali en partenariat avec Ame Trade Ltd, veut s’inscrire cette année dans la nouvelle vision stratégique de développement de l’industrie minière malienne tracée par les pouvoirs publics : diversifier les ressources minières du pays et prendre en compte les intérêts de l’Etat, de l’économie et des populations.

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JMP’15 : Un programme sur mesure

Les JMP’15 se concentreront sur la diversification des ressources minières du Mali, les opportunités d’investissement, les projets miniers et les mises à jour de l’exploration. La rencontre va se focaliser sur les infrastructures de l’industrie extractive, le développement communautaire, le développement du contenu local et des achats locaux, le développement d’une industrie locale de sous-traitance dans le secteur minier. L’évènement concentre plus de 20 conférences à nature technique et expérimentale qui seront proposées et qui porteront sur des thèmes tels que : les nouvelles opportunités pour le fer, la bauxite, le manganèse, le ciment et le calcaire, la nouvelle vision de l’exploitation minière au Mali, l’ouverture d’une école des Mines, la stratégie du gouvernement pour développer l’économie nationale grâce aux revenus miniers.

En effet, ces sixièmes JMP’15 ont pour thème principal : «Accroître la contribution du secteur minier à l’économie du Mali». L’événement réunira d’éminents spécialistes du secteur des Mines et du Pétrole des quatre coins du monde, qui viendront partager leurs expertises, expériences et échanger sur les nouvelles perspectives et défis de l’industrie extractive. Trois jours durant, les JMP’15 auront à offrir une vingtaine de sessions sur l’industrie minière et pétrolière en Afrique et au Mali, un salon d’exposition, des activités récréatives et diverses rencontres de réseautage. Sont attendus des représentants gouvernementaux, des directeurs et dirigeants de compagnies extractives ainsi que des experts rompus aux questions des mines et du pétrole. S’y ajoutent aussi des délégués d’institutions de financement et de coopération comme l’Union africaine (UA), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (BAD), la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), l’Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA) et l’agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ). Il faut dire le gouvernement malien, a des objectifs bien définis en matière de production minière. C’est ainsi que le secteur minier occupe une place de choix et figure parmi les secteurs prioritaires retenus pour porter la croissance. Même si l’or reste le premier produit d’exportation du Mali, l’actuel gouvernement espère avec le Code minier de 2012 qu’il juge bon et très attractif, favoriser les autres matières premières extraites de son sous-sol. La «monoculture de l’or»: c’est ce qu’évoque encore le Mali, troisième producteur africain de métal jaune, après l’Afrique du Sud et le Ghana, pour la plupart des opérateurs miniers. Peut-être plus pour très longtemps. Selon une source proche du ministère malien de l’Energie, en plus du pétrole et d’autres ressources, les études ont prouvé qu’il y a également de l’or au nord du Mali. A l’en croire, des indices d’or ont été découverts dans les zones du Gourma (orientale et occidentale), la zone d’Ansongo jusqu’à la frontière du Niger. Il y a aussi du métal jaune à In Darset, localité située entre Aguel hoc et Tessalit dans la région de Kidal.

À la recherche de nouveaux investisseurs

L’or malien continue d’ailleurs d’attirer les investisseurs. En août dernier, pas moins de 4 conventions d’établissement portant sur la recherche et l’exploitation de l’or au Mali entre la société Qatar Mining Greenfield (QMG) Suarl et le ministère des Mines, ont été signées. Les conventions d’établissement portent sur la recherche et l’exploitation de l’or dans les zones de Linguekoto et Nétékoto (cercle de Kéniéba, région de Kayes) et Mininko-Nord (cercle de Bougouni, région de Sikasso).

Liste de différents minéraux disponibles dans le sous-sol malien

lingot platinium

Or : 800 tonnes Le Mali est actuellement classé 3ème en Afrique. Le pays dispose de 8 mines productrices d’or.

Phosphates : 20 millions de tonnes (Tilemsi) D’importantes réserves de phosphates se trouvent dans la zone du Tilemsi, la production ayant lieu à Bourem (pour la production d’engrais) et Tamaguilelt tin Hina (du super phosphate et de l’acide phosphorique).

Calcaire : 40 millions de tonnes (Bafoulabé, Hombori)

Sel gemme : 53 millions de tonnes (Taoudéni)

Bauxite : 1,2 milliard de tonnes (Kayes, et Ouest de Bamako) Les réserves se trouvent dans Sitadina dans l’ouest du Mali (exploration programmée pour 2015). D’autres indices de bauxite sont connus dans le sud du Mali, où la recherche a récemment été menée.

Fer : 2 milliards de tonnes (Kayes) D’importantes réserves sont situées dans le bassin de Falémé (2 milliards de tonnes), Tienfala dépôt (30 km de Bamako).

Manganèse : 10 millions de tonnes (Ansongo) Les réserves, situées dans le Gourma, sont estimées à plus de 20 millions de tonnes, les travaux d’exploration sont déjà en cours.

Lithium : Les zones principales se trouvent à Kayes, Falémé et Bougouni. Les réserves sont estimées à plus de 4 millions de tonnes.

Schistes bitumineux : 10 milliards de tonnes Marbre : 60 millions de tonnes Lignite : inventoriée dans la région de Gao Gypse : 405 000 tonnes

Uranium : 5 000 tonnes d’U3O6 et 200 tonnes d’U3O2 à 0,085 %; 3 zones potentielles sont en cours d’exploration dans l’Adrar des Iforas, dans la zone de Gao et la zone de Falea (5000 tonnes).

Plomb-zinc : 1,7 million de tonnes de réserve

Diamant : En 1980, un diamant de 320 carats a été découvert au Kéniéba. Des Indices de diamant se trouvent également dans le nord du pays.

La superficie totale de ces champs d’action est évaluée à 281 km2. La durée de l’exploitation, estimée à 30 ans, sera exécutée en deux phases. Une première phase, consacrée à la recherche, va s’étendre sur 7 ans et la seconde phase sera basée sur l’exploitation du gisement mis en évidence sur le restant du contrat. Le montant des investissements prévisionnels sur la recherche pendant les 3 premières années de validité des différents périmètres va coûter un minimum de 2,2 milliards de F CFA. Pendant ces années, les travaux seront essentiellement dominés par la cartographie géologique, la prospection géochimique, le fonçage de puits et tranchées, les travaux de sondages pour confirmer l’existence de minéralisation primaire. Selon le ministre malien des Mines, Boubou Cissé, la signature de ces conventions répond à la volonté du gouvernement de promouvoir la recherche minière, de développer la sous-traitance locale et d’assurer le développement sociale et communautaire. A noter que la QMG a créé spécialement une filiale malienne qui va gérer les activités de la société au Mali. La signature de cette convention-cadre parfaitement avec les nouvelles assignations du département des Mines qui consistent à stimuler l’exploitation de nouvelles mines et assurer la continuité dans la génération de revenus miniers, entamée depuis 2013. En avril dernier également, une nouvelle mine d’or dont les réserves sont estimées à 240000 onces, soit environ 7,7 tonnes, a été annoncée par le ministre malien des Mines. La mine d’or de Kofi dans la région de Kayes (ouest), dont la production annuelle attendue est de 56 500 onces, soit environ 1,8 tonne d’or par an, devrait rapporter au Mali près de 23 millions de dollars sur une période d’exploitation de quatre ou cinq ans. L’exploitation de la mine permettra au pays de renforcer sa position de 3ème pays producteur d’or en Afrique. Elle est gérée par EndeavourMining, une société minière canadienne, qui dispose aussi de la mine de Tabakoto dans le pays. Avant Kofi, le Mali comptait sept mines d’or en exploitation. Les réserves d’or du Mali sont estimées à environ 600 tonnes en 2015, l’équivalent de 12 années de production au rythme actuel d’environ 50 tonnes par an, selon les données du ministère des Mines.
Le métal précieux est la principale source de devises du Mali. L’or est depuis plus dix années consécutives le premier produit d’exportation du pays, loin devant le coton (dont le Mali fut le premier producteur africain) et devant le bétail sur pied. Les exportations globales sont estimées à environ 1 500 milliards FCFA. Sur ce montant, celles de l’or se sont chiffrées à 1100 milliards FCFA pour la même année, soit près de 70%.
Parallèlement à cette belle performance enregistrée par le métal jaune, aujourd’hui, le mot d’ordre, c’est la diversification. Pour ce faire, un Code minier et une fiscalité plus incitative, plus souple, plus transparente, et, surtout, plus appliquée sont mis en avant.
Si l’or reste de loin le premier produit d’exportation du Mali (15 % du PIB, une production moyenne de 50 tonnes par an et 800tonnes de réserves estimées), l’objectif des autorités est désormais d’attirer de nouveaux investisseurs en valorisant au maximum les autres ressources du pays, aussi nombreuses que sous-exploitées. Au premier rang des espoirs maliens figure le pétrole. L’exploration pétrolière bat son plein dans 5 bassins sédimentaires, divisés en 28 blocs dont 15 sont déjà attribués à des sociétés partenaires de l’État malien, parmi lesquelles l’italien ENI, l’algérien Sipex, l’américain Glencore. Le sous-sol malien est également riche en calcaire (avec des réserves estimées à 122 millions de tonnes), de marbres (60 millions de tonnes) ou de métaux comme la bauxite (1,5 milliard de tonnes), le manganèse (150 millions de tonnes), le plomb et le zinc (1,7 million de tonnes), et le fer (2 milliards de tonnes).

L’Afrique, une destination minière toujours attractive

Le Mali ne sera pas le seul pays à chercher à mettre en avant son potentiel minier lors de ces JMP’15. Aujourd’hui, bien que les cours de nombreux minerais soient en chute libre, les majors continuent d’investir dans des mégaprojets. Selon d’ailleurs les experts miniers, de nouveaux investisseurs sont en chasse pour rafler des gisements. Il faut dire que contrairement au reste des matières premières, certains cours de minerais et de métaux ont progressé ces derniers mois. Alors que le fer perdait plus de 40 % de sa valeur durant l’année 2014, entraînant le gel des projets ouest-africains trop coûteux, les prix de l’aluminium, du zinc, mais aussi du nickel, étaient quasi stables ou en hausse. Un pays comme le Burundi, dont le sous-sol recèle de belles réserves de ce dernier minerai, a vu croître l’intérêt des investisseurs. La mine de nickel de Musongati est ainsi enfin entrée en exploitation fin 2014… après quarante ans de tergiversations des différents partenaires privés du projet. Les plus importants acteurs du secteur minier en Afrique (Anglo-american, Rio Tinto et Vale) confirment le développement de leurs grands projets dans la région.

Autre marché qui semble plutôt bien orienté, celui du cuivre. Même si son cours a perdu 14 % de sa valeur sur l’ensemble de l’année 2014, la majorité des analystes prévoient une pénurie du minerai dans les prochains mois.
Quant à l’or, son cours progresse depuis novembre dernier, même s’il n’a toujours pas rattrapé son niveau de début 2014. Par ailleurs, la forte baisse des prix du pétrole entraîne mécaniquement une baisse des coûts de transport et d’électricité des mines, ce qui améliore les marges.
Globalement, les plus importants acteurs du secteur sur le continent confirment le développement de leurs grands projets africains. Ils savent qu’une bonne partie de la baisse provient d’une surcapacité, mais que celle-ci n’est que temporaire. Ces acteurs affirment même qu’il faut investir maintenant pour être prêts à produire au moment de la remontée des cours. C’est le cas de Rio Tinto, qui poursuit le développement de la mine de fer du Simandou, en Guinée, mais aussi de Vale, qui a démarré, en mai 2011, son exploitation de charbon de Moatize, au Mozambique, fonctionnant à pleine cadence depuis 2014 avec la mise en place d’un corridor logistique optimisé. Et ce, en dépit de cours du fer et du charbon déprimés.
mine d’orEn Côte d’Ivoire, les investissements sont, eux, en nette progression. En témoigne l’entrée en production en janvier 2014 de la quatrième mine d’or ivoirienne, à Agbaou, gérée par le canadien Endeavour Mining, qui produit chaque année 3 tonnes du métal précieux. Autre destination qui séduit : l’Éthiopie, appréciée des juniors minières pour ses réserves de potasse, de platine et d’or… et pour les encouragements fiscaux du gouvernement, qui souhaite tripler les revenus miniers du pays d’ici à 2024 (actuellement de 600 millions de dollars par an, soit 518 millions d’euros). Plusieurs pays africains ont renforcé leurs positions sur la scène internationale et quelques-uns y font même leurs premiers pas. Des pas de géant dans le cas de Madagascar, où des découvertes importantes de titane, de cobalt, de nickel et même de bauxite ont été réalisées. Si la multinationale Rio Tinto est impliquée dans le titane à Madagascar, c’est un consortium associant canadien, japonais et sud-coréen qui se charge du nickel. Avec 60 000 tonnes extraites chaque année, la Grande île devrait se hisser directement à la première place des producteurs africains de nickel, détrônant l’Afrique du Sud et le Botswana. Autre matière première très recherchée, l’uranium pourrait bientôt faire les beaux jours du Malawi. Ce sont aujourd’hui le Niger et la Namibie qui se partagent 90 % de la production africaine.

La Gambie et la Mauritanie disposeraient également de réserves importantes de ce minerai surnommé yellow cake, mais elles restent à confirmer.

Dossier réalisé par Mouhammadou Diop, A. D. Tandia et Adil Hmaity

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