Les critiques s’enchaînent de la part d’économistes de premier plan interrogés par l’AFP hors des Etats-Unis pour qualifier les droits de douane massifs imposés par Donald Trump, qui menacent de faire chavirer l’économie mondiale
« La politique commerciale de Trump signifie la fin du leadership des États-Unis dans la mondialisation », estime Li Daokui, professeur à l’école d’économie de Tsinghua à Pékin pour qui « les Etats-Unis vont accuser de lourdes pertes. »
Selon cet ancien membre du principal organe consultatif politique de la Chine (le CCPPC), « la Chine dispose des bases économiques nécessaires pour mener la mondialisation ». Cette situation offre aussi des « opportunités » à Pékin pour « négocier davantage d’accords de libre-échange avec d’autres pays » selon lui.
Face au « spectacle de politiques économiques ratées » de Trump, la Chine peut par ailleurs tirer son épingle du jeu au sein de ses frontières, veut croire ce diplômé de l’université Harvard : si elle « parvient (…) à développer avec succès son marché intérieur, elle devrait devenir à l’avenir le plus grand marché de la consommation au monde », forte de sa population de 1,4 milliard d’habitants.
« Les perspectives pour les voisins de Pékin comme le Cambodge et le Vietnam sont moins optimistes », a-t-il ajouté, jugeant qu’il serait « difficile pour les pays d’Asie du Sud-Est de servir de points de transit importants pour le commerce », si la politique de Trump se poursuit.
Pour Thomas Piketty, l’économiste français auteur de l’ouvrage à succès, Le capital au XXIe siècle , « le trumpisme est d’abord une réaction à l’échec du reaganisme : les Républicains se rendent compte que le libéralisme économique et la mondialisation n’ont pas bénéficié à la classe moyenne comme ils l’avaient annoncé », affirme-t-il.
« Donc maintenant, ils s’en prennent au reste du monde comme bouc émissaire », poursuit l’économiste classé à gauche. Or selon M. Piketty, « cela ne va pas marcher : le cocktail trumpiste va simplement engendrer plus d’inflation et plus d’inégalités. »
Bataille de titans
« L’Europe doit définir ses propres priorités et s’apprêter à faire face à la récession mondiale qui s’annonce par un grand plan de relance, avec des investissements dans les infrastructures énergétiques et de transport, la formation, la recherche, la santé… », détaille-t-il.
« Cela va être un moment difficile pour le monde entier », confronté à « une bataille de titans » entre Washington et Pékin, prévient le Nigérian Bismarck Rewane.
Au Nigeria, grand pays pétrolier confronté au plongeon des cours de l’or noir, « nos entrées budgétaires vont chuter, et une récession mondiale aura un effet sur nous », estime ce membre du conseil d’administration du groupe de services financiers FCMB.
Des droits de douane sans aucune base économique
Il prévient : « quand vous négociez après avoir déclenché une guerre, vous devez creuser deux tombes, une pour votre ennemi et une pour vous. Et vous assurer que les deux tombes ne sont pas trop profondes car vous ne savez pas lequel risque de tomber dedans ».
« Lorsque des droits de douane de ce type, élevés sans aucune base économique, sont mis en place, les chaînes d’approvisionnement s’en trouvent gravement perturbées », s’alarme Nasser Saidi, ancien ministre de l’Economie et de l’Industrie du Liban, fondateur de la société de conseil économique Saidi, gravement perturbées », s’alarme auprès de l’AFP
Pour lui, « cela va aussi engendrer des effets en matière d’investissements. »
Le protectionnisme, l’arme des faibles
Régionalement, « un problème majeur est l’effet (de ces droits de douane) sur les pays moins développés et émergents. Des pays comme l’Egypte, le Liban et la Jordanie connaîtront des perturbations dans leurs relations commerciales », s’inquiète-t-il, qualifiant les annonces de Trump de « choc sismique dans le paysage commercial mondial ».
« C’est un peu la fin d’un cycle, la fin du modèle taylorien-fordiste sur lequel nous avons fait construire la prospérité mondiale ces trois quarts du siècle dernier », réagit l’économiste et ancien ministre togolais Kako Nubukpo, interrogé par l’AFP.
« Le protectionnisme est l’arme des faibles et je crois que le président Trump se rend compte que dans la compétition avec la Chine, les Etats-Unis sont devenus les plus faibles », dit-il.
Ces droits de douane surviennent dans un environnement politique déjà très difficile en Afrique et ailleurs, rappelle-t-il : « les laissés-pour-compte de la mondialisation semblent de plus en plus nombreux. Et on voit que d’un point de vue politique, il y a une montée des régimes illibéraux, que ce soit en Europe, en Afrique ou en Amérique ».
Devant les dangers que représente la politique protectionniste de Trump et ses conséquences sur le commerce international, « les pays africains devraient promouvoir plus leur propre chaîne de valeurs nationale, sous-régionale et régionale », recommande M. Nubukpo.
Avec AFP

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