Trop longtemps négligée par les radars médiatiques et diplomatiques occidentaux, Madagascar s’impose désormais comme un des pivots incontournables de l’Océan indien
La visite officielle d’Emmanuel Macron

à Antananarivo les 23 et 24 avril 2025, qui s’est conclue par la signature de plusieurs mémorandums d’entente en marge de la Commission de l’océan Indien (COI), signale la reconnaissance de cette nouvelle donne régionale par le quai d’Orsay. Un intérêt géostratégique qui est loin de se cantonner à Paris, mais suscite l’attention de plus en plus vive des grandes puissances mondiales que ce soient la Chine, l’Inde, l’Union européenne, les Émirats arabes unis ou encore le Japon. La Grande Île africaine, sous l’impulsion de l’administration de son président Andry Rajoelina, est en passe d’embrasser un rôle-clé de «safe place» au sein d’un continent traversé par des dynamiques contradictoires et incertaines.
La visite symbolique d’Emmanuel Macron
La visite du chef de l’État français, première depuis celle de Jacques Chirac en 2005, ne relève pas d’un simple exercice de style. Elle intervient dans un contexte de montée en puissance de nouveaux acteurs, notamment asiatiques, dans la région. Cette artère qui forme un long bras de mer de 1 700 km compris entre Madagascar à l’est et le Mozambique à l’ouest, est en effet non seulement un coffre-fort convoité de ressources sous-marines d’hydrocarbures, mais aussi une route majeure de transport empruntée chaque année par pas moins de 30% du commerce pétrolier international. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’elle concentre l’attention des grandes puissances dans l’Indo-Pacifique, cette zone dont les contours épousent ceux de l’avenir de la géopolitique mondiale au XXIe siècle.
Reconnue de facto comme un carrefour de premier plan à la croisée de l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient, Madagascar a ainsi bénéficié de la signature d’une série d’accords de coopération économique avec Paris, balayant des sujets aussi variés que l’électricité, l’intelligence artificielle, l’agriculture, les infrastructures et le tourisme. Ont par exemple été annoncés un prêt du Trésor français pour accélérer le projet vieux de dix ans du barrage hydroélectrique de Volobe, ainsi qu’une entrée d’EDF au capital de la Compagnie générale d’hydroélectricité (CGHV), dans la lignée de la priorité gouvernementale de massifier et verdir l’électricité de la Grande Île. Le président français a par ailleurs mentionné le renforcement du soutien financier et technique de l’Hexagone pour les infrastructures ferroviaires, et renouvelé son intérêt pour tisser de nouveaux partenariats concernant l’exploitation des terres rares, – les minerais indispensables à l’industrie de la transition énergétique et dont le sous-sol de la région d’Ampasindava regorge.
Madagascar, une «safe place» au carrefour des ambitions mondiales
Cette séquence diplomatique entamée avec la visite d’Emmanuel Macron à Mayotte et à la Réunion, s’est achevée avec la participation de la France au cinquième sommet de la COI, organisation régionale qui, jadis club restreint à ses cinq membres fondateurs (Comores, France via La Réunion, Madagascar, Maurice, Seychelles), attire désormais des observateurs de poids tels que la Chine, l’Union européenne, l’Inde, le Japon et l’ONU. L’île a en effet un rôle pivot dans le cadre de la sécurisation des routes maritimes internationales, la lutte contre les trafics illicites et la course aux ressources naturelles critiques. Aussi la participation active de la France à la COI témoigne-t-elle d’une volonté de ne pas laisser s’évaporer l’influence hexagonale dans cette partie du monde où la compétition tend à s’intensifier.
L’administration d’Antananarivo compte bien profiter de cette attractivité géostratégique afin d’accélérer la transformation économique et sociale du pays. Elle entend jouer la partition de la stabilité et de la prévisibilité : celle de la «safe place» diplomatique, économique et maritime dans une région traversée par des tensions sécuritaires exacerbées. Cette nouvelle ambition s’exprime par une volonté résolue de jouer un rôle stabilisateur au sein de la COI, dont les axes stratégiques incluent la sécurité maritime, le développement économique, la préservation de l’environnement et la coopération sanitaire.
La position malgache, qui se veut à la fois ouverte aux partenariats internationaux et soucieuse de défendre ses intérêts souverains trouve un écho particulier dans le contexte des rivalités croissantes dans la région. De fait, l’océan Indien s’est affirmé ces derniers mois comme un vaste théâtre d’exercices militaires internationaux, où l’Inde a orchestré en avril 2025 son plus important entraînement naval à ce jour, réunissant les forces de neuf pays d’Afrique de l’Est et de l’océan Indien dans le cadre de l’exercice Africa-India Key Maritime Engagement (AIKEYME).
Un climat des affaires en voie de consolidation
Au-delà de sa dimension stratégique, Madagascar séduit par ses atouts économiques et sa volonté d’offrir un environnement d’affaires sécurisé, incarné par une récente loi sur l’investissement qui aligne le pays sur les standards internationaux et garantit la protection des investisseurs étrangers. Les ressources naturelles abondantes – vanille, nickel, terres rares, potentiel agricole et aquacole – conjuguées à une main-d’œuvre compétitive, à un accès privilégié aux marchés américain (AGOA) et européen (APE), et à une stabilité politique relative depuis 2009, positionnent l’île comme une « safe place » régionale pour les capitaux internationaux.
Les secteurs porteurs, de l’agro-industrie à l’énergie renouvelable en passant par les services externalisés, témoignent de cette dynamique, tandis que la croissance économique, supérieure à la moyenne régionale, conforte la perception d’un marché en mutation et en quête de stabilité. L’exemple de l’intérêt des Émirats arabes unis, qui ont récemment officialisé un investissement de 10 milliards de dollars dans des infrastructures maritimes, routières et industrielles, illustre la convergence entre ambitions économiques et sécuritaires, faisant de Madagascar une terre d’opportunités et un laboratoire de la nouvelle architecture géopolitique de l’océan Indien.




![Développement |Comment Andry Rajoelina veut faire de Madagascar le nouvel épicentre de l’océan indien ? [Par Fidèle Djimadja] La visite officielle d’Emmanuel Macron à Antananarivo les 23 et 24 avril 2025, qui s’est conclue par la signature de plusieurs mémorandums d’entente en marge de la Commission de l’océan Indien (COI), signale la reconnaissance de cette nouvelle donne régionale par le quai d’Orsay. Un intérêt géostratégique qui est loin de se cantonner à Paris, mais suscite l’attention de plus en plus vive des grandes puissances mondiales que ce soient la Chine, l’Inde, l’Union européenne, les Émirats arabes unis ou encore le Japon.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2025/04/Le-president-Andry-Rajoelina-scaled.jpg.webp)
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