Plus de 50 militaires ont été arrêtés ces derniers jours au Mali. Ils sont soupçonnés de vouloir « déstabiliser » le pouvoir en place
Une vague d’interpellations au sein de l’armée. Au Mali, les autorités ont procédé ces derniers jours à l’arrestation de dizaines de militaires, dont deux généraux, soupçonnés de vouloir renverser la junte, arrivée au pouvoir après deux coups d’État successifs en 2020 et 2021.
Depuis son arrivée, celle-ci a mis en place d’importantes restrictions de libertés, dans un pays menacé par des groupes djihadistes et qui connaît régulièrement des troubles politiques.
55 arrestations au sein de l’armée
Depuis la semaine dernière, au moins 55 militaires, dont deux généraux, ont été arrêtés selon des sources sécuritaires et des proches des personnes concernées. Ces arrestations se sont poursuivies dans la nuit de dimanche à lundi, ont-elles confirmé, contactées ce lundi 11 août par l’AFP. « Il y a des arrestations liées à une tentative de déstabilisation des institutions« , a indiqué l’une d’entre elles.
Une autre source au sein de l’armée a affirmé que les autorités ont « procédé aux arrestations nécessaires » pour contrer une « tentative de déstabilisation » de l’Etat. Selon un membre du Conseil National de Transition (CNT), l’organe législatif mis en place par la junte, « tous [les gens arrêtés]sont des militaires. » Leur « objectif était de renverser la junte », a poursuivi ce législateur.
Garde nationale dans le collimateur de la junte
Les arrestations ont principalement eu lieu au sein de la garde nationale, un corps de l’armée malienne. C’est notoirement le corps d’origine du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, une des principales figures de la junte, dont plusieurs proches ont été arrêtés lors de ce coup de filet. Celui-ci n’a néanmoins pas été inquiété à ce jour.
En revanche, d’autres hauts gradés comptent parmi les militaires interpellés, dont le général Abass Dembélé, une figure très respectée au sein de l’armée. Cet ancien gouverneur de la région de Mopti, dans le centre du pays, a récemment été démis de cette fonction par la junte. « Des militaires sont venus tôt [dimanche]pour arrêter le général Abass Dembélé, à Kati, » en banlieue de Bamako, a raconté à l’AFP un de ses proches. « On ne lui a pas dit pourquoi. »
« Deux pickups remplis d’hommes en armes sont arrivés devant notre maison. Ils ont demandé à voir le colonel. Sans le brutaliser, ils sont repartis avec lui, » a rapporté un témoin, proche d’un responsable arrêté, interrogé par RFI. Une des rares femmes à occuper un poste de haut gradé au Mali, Nema Sagara, générale de brigade à l’état-major de l’armée de l’Air, a par ailleurs été interpellée. Selon une source sécuritaire malienne, « des civils pourraient également bientôt être interrogés dans cette affaire. »
Silence de la junte
Lundi matin, le pouvoir n’avait toujours pas communiqué officiellement sur cette série d’arrestations. Aucune information n’a filtré sur le motif précis de ce qui est reproché aux personnes interpellées. Arrestations préventives ou opération plus spécifiquement liée à la préparation d’un renversement de la junte ? Un diplomate africain en poste à Bamako s’interroge sur ce « silence du gouvernement » et évoque une situation « complexe » dans un contexte de « loi de l’omerta. »
Depuis 2012, le Mali fait face à une profonde crise sécuritaire. Un contexte entre autres nourri par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires. Elle s’ajoute à une grave crise économique.
La junte au pouvoir, dirigée par le président Assimi Goïta, s’est détournée des partenaires occidentaux, notamment l’ancien colonisateur français, pour se tourner politiquement et militairement vers la Russieau nom d’un souverainisme.
Avec AFP





Mali

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