Selon la dernière enquête conjointe de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de l’Union européenne, les PME marocaines ont largement engagé leur mue vers la décarbonation et le numérique. Si les dispositifs d’accompagnement sont jugés globalement satisfaisants, les dirigeants appellent à un soutien renforcé pour accélérer leur transformation et préserver leur accès aux marchés internationaux
Au Maroc, les petites et moyennes entreprises constituent l’essentiel du tissu productif et un moteur central de l’emploi et de la création de valeur. Elles évoluent toutefois dans un contexte de mutation profonde, marqué par l’accélération de la transition verte et la généralisation du numérique, devenus des leviers incontournables de productivité, d’innovation et d’exportation.
Cette dynamique s’inscrit dans un environnement macroéconomique favorable. Le Royaume bénéficie d’une population fortement connectée, avec un taux d’équipement mobile proche de 100 % et plus de la moitié des citoyens actifs sur les réseaux sociaux. À cela s’ajoute une amélioration notable des services publics digitaux. Si ces avancées ne se traduisent pas encore pleinement au sein des PME, elles exercent néanmoins un effet positif sur leur gouvernance et leur organisation.
Une enquête BEI-UE au cœur des enjeux de compétitivité
C’est dans ce contexte que la Banque européenne d’investissement, à travers le Trade and Competitiveness Programme (TCP) financé par l’Union européenne, dévoile le troisième et dernier volet de l’«Enquête BEI / UE : Les défis des PME au Maroc.»
Menée auprès de 150 dirigeants de PME, cette étude vise à identifier les principaux freins à la compétitivité des entreprises marocaines, notamment face à des standards internationaux de plus en plus exigeants en matière de décarbonation et de technologies numériques.
Décarbonation : une dynamique déjà bien engagée
L’un des enseignements majeurs de l’enquête concerne la transition écologique. Près de 70 % des PME marocaines déclarent être déjà engagées dans un processus de décarbonation, à des degrés divers. Parmi elles, 48 % ont mis en œuvre des initiatives concrètes et 22 % disposent d’une stratégie claire qu’elles appliquent activement.
Cette dynamique devrait encore s’amplifier : 29 % des entreprises interrogées prévoient de lancer prochainement des actions de réduction de leur empreinte carbone, tandis que seuls 1 % des dirigeants n’envisagent aucune mesure spécifique.
Le MACF, un tournant décisif pour les exportations
L’enjeu devient stratégique avec l’entrée en vigueur, en 2026, du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) de l’Union européenne. Sans démarche de mesure et de réduction de leurs émissions, les PME marocaines intégrées aux chaînes de valeur concernées — sidérurgie, aluminium, ciment, engrais, électricité ou hydrogène — risquent de voir leur compétitivité et leurs exportations vers l’UE fortement pénalisées.
Pour accompagner cette transition, le TCP déploie, avec des partenaires financiers locaux, des sessions d’accompagnement dédiées à la sensibilisation aux exigences environnementales et à l’intégration de la décarbonation dans les modèles d’affaires. Avec l’appui de la CGEM, la BEI a notamment élaboré un guide de décarbonation destiné aux entreprises marocaines.
Digitalisation : des progrès constants mais inégaux
Sur le volet numérique, les signaux sont également encourageants. Près de 8 PME sur 10 déclarent un usage du digital jugé avancé ou moyennement avancé. Dans 22 % des cas, les outils numériques sont exploités de manière optimale pour améliorer les opérations, le marketing et l’expansion internationale. À l’inverse, seule une PME sur dix considère encore la faible digitalisation comme un frein majeur à son développement.
Les dirigeants soulignent toutefois la nécessité d’investir davantage dans la recherche et développement et dans les technologies numériques. «Il est nécessaire d’investir dans la R&D afin de promouvoir la collaboration et d’améliorer la technologie numérique,» témoigne l’un des chefs d’entreprise interrogés.
Un besoin d’accompagnement renforcé et durable
Si près de 9 dirigeants de PME sur 10 estiment que les dispositifs d’accompagnement au Maroc sont globalement suffisants, plus de la moitié d’entre eux jugent qu’ils pourraient être améliorés. Les attentes vis-à-vis des organisations internationales sont particulièrement marquées, notamment en matière de soutien à l’innovation et aux transitions digitale et écologique, d’accompagnement à l’export et d’accès aux marchés internationaux, ainsi que de formation et de renforcement des compétences.
Les besoins exprimés dépassent désormais la seule dimension financière. Les dirigeants privilégient de plus en plus l’accompagnement à la montée en compétence, devant les subventions directes ou la facilitation de l’accès au financement.
Vers une compétitivité de long terme
Ces résultats confirment que le soutien aux PME marocaines doit s’inscrire dans une logique de long terme, combinant financement, innovation et développement des compétences. À travers le Trade and Competitiveness Programme, la BEI et l’Union européenne entendent activer des leviers durables — R&D, outils numériques, conformité aux standards bas carbone — afin de renforcer la productivité des PME et leur intégration dans les chaînes de valeur internationales.
Menée en mai 2025 par l’institut Potloc, l’enquête couvre des entreprises issues principalement des secteurs de l’agroalimentaire, de l’automobile et du textile, au cœur des chaînes de valeur exportatrices ciblées par le programme. Un signal fort : la transformation des PME marocaines est en marche, mais son accélération conditionnera leur place dans l’économie mondiale de demain.





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