Une nouvelle salve de droits de douane américains, fixée à 50 %, frappe le Canada depuis le samedi 22 août, après l’échec d’ultimes négociations avec Washington. Le Premier ministre Mark Carney répond par deux leviers : la conquête de nouveaux marchés et le lancement de grands chantiers d’infrastructures. Le défi est de taille : les États-Unis absorbent encore autour de 70 % des exportations canadiennes, contre environ 4 % pour l’Union européenne en juin.
Un coup dur pour l’acier, l’aluminium et l’automobile
Si plus de 80 % des produits canadiens restent exemptés de droits de douane aux États-Unis, les surtaxes imposées par l’administration Trump depuis l’an dernier ont déjà lourdement pesé sur les secteurs de l’aluminium, de l’acier et de l’industrie automobile. L’économie canadienne est même brièvement entrée en récession technique au premier trimestre, avant d’afficher des « signes d’amélioration », selon la Banque du Canada.
Les nouveaux droits de douane de 50 %, qui ciblent des produits aussi variés que le vin, les crosses de hockey ou le ciment, ne touchent « qu’environ 5 % » des exportations canadiennes vers les États-Unis, selon la banque RBC, qui ne s’attend pas à ce que la croissance soit « significativement » affectée. Le problème est ailleurs : ces surtaxes visent des produits jusqu’ici protégés par l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). « Une première » qui « fait peur » au Canada, juge Richard Ouellet, professeur de droit international économique à l’Université Laval, car cet accord de libre-échange « était jusqu’à présent une forme de bouclier ». En décidant le 1er juillet de ne pas le renouveler, le soumettant désormais à un examen annuel, « les Américains ouvrent une brèche », estime l’universitaire.
De New Delhi à Paris, la chasse aux nouveaux marchés
Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, Mark Carney applique une stratégie de diversification des partenariats économiques pour réduire la dépendance au marché américain. « Le Canada a ce dont le monde a besoin », a déclaré le chef du gouvernement après l’échec des négociations avec Washington, en référence à ses ressources naturelles, « et nous ne laisserons aucune nation déterminer notre avenir ».
L’ancien banquier central a multiplié les déplacements, de l’Inde à la Chine en passant par l’Arabie saoudite, pour renouer avec des États dont les relations avec Ottawa étaient tendues, voire gelées. En janvier, il a signé avec la Chine un accord préliminaire prévoyant notamment l’importation au Canada de véhicules électriques, provoquant la colère de l’administration Trump. Le rapprochement avec l’Europe s’est aussi accéléré : reçu en France en juin, Mark Carney a choisi en juillet l’allemand TKMS pour construire la nouvelle flotte de sous-marins canadiens.
La stratégie porte déjà des fruits. En 2025, les exportations canadiennes vers des marchés autres que les États-Unis ont bondi de 11,1 % et représentent près du tiers des exportations totales, « soit le niveau le plus élevé depuis 40 ans », selon le ministère des Affaires étrangères. Le gouvernement a par ailleurs obtenu des provinces un allégement des barrières douanières internes au Canada. Résultat : « le marché canadien a été revivifié et on importe plus à l’intérieur du pays », note Richard Ouellet.
Ports, mines et pipeline : 115 milliards de dollars canadiens d’infrastructures
Second volet de la réponse d’Ottawa : les grands travaux. Mark Carney mise sur l’expansion des ports de Montréal et de Vancouver, ce dernier tourné vers l’Asie, ainsi que sur l’ouverture de nouvelles mines. Il veut aussi construire un pipeline reliant les gisements de sables bitumineux de l’Alberta à la côte Pacifique, pour exporter vers l’Asie un pétrole aujourd’hui majoritairement livré aux États-Unis.
Au total, le Canada prévoit de dépenser 115 milliards de dollars canadiens dans les infrastructures au cours des cinq prochaines années, auxquels s’ajoutent 82 milliards pour la défense, une augmentation sans précédent du budget militaire. Une politique coûteuse, qui montre à quel point Ottawa prend au sérieux le risque d’un affrontement commercial durable avec son voisin du sud.
Une réplique du Canada au dollar près
“Le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises”, a assuré Mark Carney, qui avait laissé entrevoir plus tôt cette semaine une réplique canadienne en cas d’échec des négociations.
Le premier ministre a également indiqué que son gouvernement allait bientôt mettre en place des mesures pour soutenir les travailleurs et les entreprises au pays.
“Le Canada possède ce que le monde recherche. Et nous ne laisserons aucun pays décider de notre avenir”, a-t-il insisté.
Après plusieurs jours de silence, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré vendredi soir sur les réseaux sociaux que le premier ministre Carney bénéficiait de son “soutien total” pour une réponse ferme.
“Alors que nous nous battons pour protéger la souveraineté et la sécurité économique du Canada, toutes les options doivent être envisagées, a affirmé M. Ford. L’Ontario est prêt à jouer son rôle.”
Candace Laing, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce du Canada et membre du comité consultatif du premier ministre sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, a pour sa part indiqué vendredi dans une déclaration que cela constituerait “un coup dur pour la compétitivité nord-américaine dans cette saga commerciale autodestructrice.”
Mme Laing a ajouté que les Américains verraient leurs coûts augmenter, tandis que les Canadiens verraient disparaître leurs clients, leurs investissements et leurs petites entreprises.
Avec AFP





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