Un collectif panafricain a déposé plainte contre le groupe Bolloré, le milliardaire français Vincent Bolloré et son fils Cyrille pour recel et blanchiment d’actifs dans le cadre de plusieurs concessions portuaires gérées jusqu’en 2022
Financement de campagnes électorales, responsables politiques nommés administrateurs des filiales du groupe, contrats attribués sans appels d’offres : ces pratiques, documentées dans au moins cinq pays africains, « constituent vraisemblablement la face émergée d’un système » Bolloré, affirment les plaignants.
Un groupe appuyé sur un réseau dense cédé en 2022
Emblématique du groupe Bolloré, sa branche logistique en Afrique employait plus de 20.000 personnes dans plus de 20 pays sur le continent africain et possédait notamment un réseau de 16 concessions portuaires, des entrepôts et des hubs routiers et ferroviaires. Le milliardaire conservateur a cédé ses activités africaines en 2022.
De façon inédite, une dizaine d’associations basées au Togo, en Guinée, au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, rassemblées au sein du collectif « Restitution pour l’Afrique (RAF) » et soutenues par un consortium international d’avocats, dénoncent la manière dont le groupe Bolloré y a obtenu puis géré des concessions portuaires majeures ces vingt dernières années.
Aides frauduleuses aux campagnes présidentielles en Afrique
Le recel présumé concerne les activités du groupe au Cameroun, Ghana et Côte d’Ivoire, selon la plainte consultée par l’AFP. S’ajoutent le Togo et la Guinée pour le chef présumé de blanchiment.
Sollicité par l’AFP, le groupe Bolloré n’avait pas réagi dans l’immédiat.
Le parquet national financier (PNF) a confirmé mercredi à l’AFP avoir reçu mardi cette plainte, « actuellement à l’étude ».
Le PNF rappelle en outre que « pour être efficaces, les investigations ont besoin de demeurer secrètes » et « s’étonne de la large publicité donnée à ce dépôt de plainte par leurs auteurs. »
Dans le cas des ports de Lomé (Togo) et Conakry (Guinée), la justice française, déjà saisie depuis 2013, soupçonnait le groupe Bolloré d’avoir utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Euro RSCG (devenue Havas) pour aider frauduleusement les campagnes présidentielles 2010 de Faure Gnassingbé et Alpha Condé, au bénéfice d’une filiale phare de l’époque, Bolloré Africa Logistics.
Le groupe a négocié un accord en vertu duquel il s’est acquitté d’une amende de 12 millions d’euros contre l’abandon des poursuites.
En revanche, le parquet financier a requis en 2024 un procès pour corruption et complicité d’abus de confiance contre Vincent Bolloré.
Favoritisme et trafic d’influence
« Le groupe a déjà reconnu qu’il y avait une partie de ces activités qui avaient eu lieu. Est-ce que c’est l’arbre qui cache la forêt? », interroge l’avocat parisien Antoine Vey.
Concernant les ports de Douala et Kribi (Cameroun), Tema (Ghana) et Abidjan (Côte d’Ivoire), la nouvelle plainte vise des faits présumés de « recel » de favoritisme, de trafic d’influence ou encore de prise illégale d’intérêt, des infractions qu’auraient commises des responsables politiques ou administratifs locaux, mais grâce auxquelles le groupe aurait sciemment obtenu des concessions de terminaux à conteneurs.
Un rapport de la commission nationale anti-corruption du Cameroun, cité dans la plainte, évoque par exemple 60 millions d’euros de redevances et d’amendes collectées par le groupe Bolloré dans le cadre de ses concessions à Douala et Kribi, et qu’il aurait « retenus » au lieu de les reverser à l’Etat.
Des contrats obtenus dans l’opacité
Au Ghana, en 2014, le consortium Bolloré/Maersk aurait par ailleurs convaincu le président John Dramani Mahama « d’attribuer le contrat du port de Tema à sa société ad hoc, Meridian Port Service, de manière secrète et sans appel d’offres », alors que 56 entreprises étaient déjà positionnées, toujours selon la plainte.
La méthode retenue pour calculer la durée d’exploitation du port aurait en outre conduit à « une perte nette de 4,1 milliards de dollars pour le Ghana. »
En 2003, l’attribution du terminal à conteneurs d’Abidjan par le président Laurent Gbagbo de gré à gré pour 15 ans, avait également suscité l’indignation de l’opposition ivoirienne, le directeur pays de la Banque mondiale évoquant alors « un contrat qui déroge fondamentalement aux principes de la bonne gouvernance », ajoutent les plaignants.
L’autre volet de la plainte porte sur le supposé « blanchiment » des profits issus des concessions obtenues de manière présumée frauduleuse dans les cinq pays précités.
Regroupées au sein de Bolloré Africa Logistics, ces concessions constituent selon les plaignants « une part substantielle de la valeur d’entreprise de cette filiale, laquelle a été cédée en 2022 pour un montant de 5,7 milliards d’euros » à l’armateur italo-suisse MSC.
Cette plainte se focalise sur les corrupteurs, c’est-à-dire ceux par lesquels, en fait, l’argent est injecté dans des territoires dans lesquels, après, il est blanchi », alors que les affaires dites de « Biens mal acquis » ont jusque-là essentiellement ciblé des dirigeants africains s’étant enrichis personnellement, souligne Me Vey auprès de l’AFP.
L’objectif? « Cibler l’argent sale qui a été perçu par le corrupteur et le restituer aux peuples africains qui ont été lésés », explique Jean-Jacques Lumumba, à la tête du collectif RAF.
Les plaignants espèrent voir s’appliquer la loi française de 2021 qui permet de financer des projets de développement dans des pays étrangers grâce aux avoirs saisis dans des affaires de « biens mal acquis ».
Avec AFP

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