La Russie s’apprête à formaliser sa coopération avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), notamment dans le domaine sécuritaire. Annoncé lundi 17 août par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à l’issue d’une rencontre avec son homologue ghanéen, Samuel Okudzeto Ablakwa, ce rapprochement intervient alors que le Sahel reste exposé à une menace jihadiste persistante et que les équilibres sécuritaires régionaux se recomposent.

Moscou veut institutionnaliser son ancrage ouest-africain
L’annonce, faite lors d’une conférence de presse conjointe à Moscou, marque une nouvelle étape dans la stratégie russe sur le continent. Au-delà des relations bilatérales, le Kremlin cherche désormais à inscrire son influence dans des cadres régionaux, à l’heure où la coopération sécuritaire figure parmi les priorités des États ouest-africains.
Les discussions russo-ghanéennes ont également porté sur l’approfondissement du partenariat entre Moscou, les pays africains et l’Union africaine.
Le sommet Russie-Afrique en ligne de mire
Cette dynamique devrait trouver un prolongement lors du troisième sommet Russie-Afrique, prévu à Moscou fin octobre. Sergueï Lavrov a présenté le rendez-vous comme « une étape importante dans le développement de notre partenariat stratégique avec l’Union africaine. »
La participation confirmée du président ghanéen a été saluée par le chef de la diplomatie russe. Pour Moscou, le sommet doit permettre de consolider les acquis des précédentes éditions et de renforcer les liens avec les capitales africaines sur des dossiers aussi sensibles que la sécurité, l’énergie, les infrastructures et les échanges commerciaux.

Derrière cette diplomatie des sommets se joue une bataille d’influence : la Russie entend accroître sa présence sur un continent où plusieurs partenaires occidentaux traditionnels voient leur position contestée, en particulier au Sahel.
Le Sahel, nouveau terrain de confrontation diplomatique
La question sécuritaire a occupé une place centrale dans les échanges. Sergueï Lavrov s’est dit préoccupé par ce qu’il présente comme l’implication de ressortissants ukrainiens dans des opérations conduites depuis l’étranger par des groupes armés.
Cette accusation s’inscrit dans le discours de Moscou sur la recomposition des menaces au Sahel et sur la présence croissante d’acteurs extérieurs dans les conflits de la région. Elle intervient dans un contexte où les violences armées continuent de déstabiliser plusieurs pays sahéliens et où les alliances sécuritaires connaissent de profondes mutations.
Le ministre ghanéen a, de son côté, insisté sur l’urgence de renforcer les efforts régionaux. « Aujourd’hui, nous nous sommes engagés à œuvrer pour la paix et la sécurité », a-t-il déclaré, qualifiant le Sahel de « foyer mondial de terrorisme et d’extrémisme violent. »
Accra veut jouer les intermédiaires
Pour le Ghana, ce rapprochement répond à une ambition plus large : renforcer son rôle dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest. Accra entend notamment contribuer aux efforts de sécurisation du Burkina Faso, du Mali et du Niger, trois pays dirigés par des régimes militaires qui ont pris leurs distances avec plusieurs partenaires occidentaux. « Nous avons convenu de coopérer avec la Russie pour aider nos frères et sœurs du Burkina Faso, du Mali et du Niger », a déclaré Samuel Okudzeto Ablakwa.
Le choix du Ghana n’est pas anodin. Alors que plusieurs États de la région privilégient désormais des partenariats sécuritaires alternatifs, Accra cherche à préserver une approche fondée sur le dialogue régional et la prévention des crises. Sa coopération avec Moscou pourrait lui offrir un canal supplémentaire pour garder le contact avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Une équation délicate pour la CEDEAO
L’annonce du mémorandum intervient à un moment particulièrement sensible pour la CEDEAO. L’organisation régionale doit composer avec le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ont officiellement quitté le bloc ouest-africain pour approfondir leur propre architecture politique et sécuritaire au sein de l’AES.
Dans ce contexte, l’arrivée de Moscou dans le paysage sécuritaire régional ajoute une dimension supplémentaire aux recompositions en cours. Pour la Russie, l’objectif est de transformer des relations bilatérales en une coopération structurée. Pour la CEDEAO, la question sera de déterminer jusqu’où ce partenariat peut aller sans creuser davantage les fractures déjà profondes de l’espace ouest-africain.
De Moscou à Accra en passant par les capitales sahéliennes, la sécurité est devenue l’un des principaux leviers de la nouvelle diplomatie russe en Afrique. La signature annoncée avec la CEDEAO constituerait, si elle se confirme, un pas de plus dans cette offensive d’influence.





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