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Accueil - Marchés financiers - Sénégal | Dette : le Sénégal joue son va-tout sans couper le robinet

Sénégal | Dette : le Sénégal joue son va-tout sans couper le robinet

La rédactionPar La rédaction5 septembre 2026 Marchés financiers
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Le Sénégal veut éviter le scénario du défaut. Mardi 1er septembre, Dakar a dévoilé les contours d’un programme de sauvetage négocié avec le Fonds monétaire international (FMI), qui devrait ouvrir la voie à la restructuration de près de 5 milliards de dollars d’eurobonds. Mais pas question, du moins à ce stade, de fermer le robinet des remboursements.
Alioune Diouf, directeur de la dette publique au ministère des Finances.

En négociant avec le FMI la restructuration de près de 5 milliards de dollars d’eurobonds, Dakar ouvre une voie encore inédite parmi les pays engagés dans le Cadre commun du G20. Contrairement à la Zambie, au Ghana ou à l’Éthiopie, le Sénégal veut continuer à payer ses créanciers pendant les discussions. Un pari destiné à préserver la confiance des marchés, mais qui pourrait mettre à rude épreuve le dispositif international de restructuration de la dette.

Le Sénégal veut éviter le scénario du défaut. Mardi 1er septembre, Dakar a dévoilé les contours d’un programme de sauvetage négocié avec le Fonds monétaire international (FMI), qui devrait ouvrir la voie à la restructuration de près de 5 milliards de dollars d’eurobonds. Mais pas question, du moins à ce stade, de fermer le robinet des remboursements.

« Pour le moment », le pays continuera d’honorer ses engagements, a assuré jeudi Alioune Diouf, directeur de la dette publique au ministère des Finances, lors d’un point presse. Une précision lourde de sens : Dakar prévoit notamment de régler le coupon d’un eurobond attendu le 13 septembre.

Ce choix tranche nettement avec celui des trois pays qui ont déjà emprunté le chemin du Cadre commun du G20. Zambie, Ghana et Éthiopie avaient tous suspendu le service de leur dette, allant jusqu’au défaut sur leurs obligations en dollars, pendant la durée des négociations. Le Sénégal, lui, tente une autre stratégie : négocier sans rompre immédiatement avec ses créanciers.

Dakar veut éviter le piège du défaut

Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu dépasse le simple calendrier des remboursements. Il s’agit de préserver autant que possible la crédibilité financière du pays alors que sa dette est déjà considérée comme fortement « distressed » sur les marchés.

Le pari est délicat. Continuer à payer pendant une restructuration signifie mobiliser des ressources budgétaires alors même que les finances publiques doivent être assainies. Mais suspendre les paiements risquerait de précipiter une nouvelle dégradation de la perception du risque sénégalais.

Dakar cherche donc un point d’équilibre : obtenir un réaménagement substantiel de sa dette tout en évitant de donner aux investisseurs le signal d’un défaut désordonné.

Le Sénégal, laboratoire du nouveau Cadre commun

Le dossier pourrait surtout devenir un test grandeur nature de la version réformée du Cadre commun du G20. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, l’a présenté aux investisseurs comme un dispositif « amélioré », avec l’ambition de corriger plusieurs des lenteurs qui ont marqué les précédentes restructurations.

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Le principe est désormais de gagner du temps. Les informations doivent être partagées plus tôt, les procédures accélérées et les discussions engagées en parallèle avec les différentes catégories de créanciers, plutôt que selon une succession d’étapes.

Une réunion d’information organisée sous l’égide du FMI doit ainsi réunir, une fois les travaux techniques sur la soutenabilité de la dette suffisamment avancés, les créanciers multilatéraux, les prêteurs bilatéraux officiels et les créanciers privés. Une première depuis la création du dispositif, il y a six ans.

Le Sénégal pourrait donc servir de banc d’essai à cette nouvelle méthode. Avec une question centrale : peut-on restructurer une dette souveraine de manière ordonnée sans passer d’abord par la case défaut ?

Eurobonds, swaps : les angles morts de la restructuration

Le périmètre exact de l’opération reste toutefois à préciser. Dakar a indiqué que la dette libellée en francs CFA ne serait pas concernée. Mais une zone grise demeure autour des total-return swaps, des instruments financiers assimilables à de la dette et notamment contractés auprès de First Abu Dhabi Bank et d’Africa Finance Corporation, avec des emprunts en monnaie locale comme sous-jacent.

Le silence des deux institutions, qui n’ont pas souhaité commenter leur exposition, entretient l’incertitude sur le traitement qui leur sera réservé.

Cette question n’est pas secondaire. Plus le périmètre de la restructuration sera étroit, plus l’effort demandé aux créanciers concernés pourrait être important. À l’inverse, une exclusion de certaines catégories d’engagements pourrait limiter l’allègement effectivement obtenu par Dakar.

Le franc CFA, force de stabilité… et contrainte

Autre particularité du dossier sénégalais : l’absence de monnaie nationale. Contrairement à la Zambie, au Ghana ou à l’Éthiopie, Dakar ne dispose pas de la possibilité de dévaluer sa monnaie pour tenter de stimuler ses exportations et de rééquilibrer ses comptes extérieurs.

L’ajustement devra donc davantage passer par les finances publiques. C’est un handicap dans un contexte de consolidation budgétaire, mais aussi une contrainte tempérée par l’environnement monétaire régional.

A lire également -  Sénégal | Dette : un accord imminent avec les créanciers détenteurs d'obligations

Le Sénégal évolue en effet au sein de l’UEMOA, dont les réserves de change dépassent 38 milliards de dollars, soit environ six mois de couverture des importations. Le franc CFA reste par ailleurs arrimé à l’euro selon une parité fixe.

Pour Dakar, cet ancrage constitue un facteur de stabilité précieux. Mais il réduit aussi la marge de manœuvre dont disposent les États confrontés à une crise de compétitivité ou de liquidité externe.

Les marchés restent sceptiques

La réaction des investisseurs a été immédiate. Les obligations sénégalaises ont décroché après l’annonce du programme, confirmant que les marchés avaient déjà intégré une partie du risque de restructuration.

Le mouvement est toutefois loin d’être uniforme. Les obligations arrivant à échéance en 2048 ont repris deux cents jeudi, à 51,18 cents. Mais les opérateurs attribuent cette remontée davantage à des rachats de positions courtes qu’à une amélioration des fondamentaux du pays.

Autrement dit, le rebond ne suffit pas à inverser la tendance. Le Sénégal reste sous forte pression financière et devra convaincre que son choix de ne pas faire défaut immédiatement est compatible avec une restructuration suffisamment ambitieuse pour rétablir durablement la soutenabilité de sa dette.

Le pari de Dakar

Le Sénégal tente ainsi une opération à plusieurs bandes. Il lui faut obtenir du FMI un programme crédible, convaincre ses créanciers d’accepter un réaménagement significatif et, dans le même temps, éviter que les marchés ne sanctionnent davantage sa signature.

La réussite de cette stratégie dépendra autant des chiffres que de la confiance. Si Dakar parvient à restructurer sa dette sans interruption brutale des paiements, le pays pourrait offrir au G20 un modèle alternatif aux restructurations précédentes, plus rapides et moins déstabilisantes.

Mais si les négociations s’enlisent, la promesse de continuer à payer « pour le moment » pourrait devenir une source de pression supplémentaire sur des finances publiques déjà fragilisées.

C’est tout l’enjeu du pari sénégalais : restructurer sans faire défaut, restaurer la confiance sans épuiser les liquidités et démontrer qu’un Cadre commun réformé peut enfin tenir ses promesses.

Par La rédaction, Comité Éditorial - Casablanca
 217-218 Africa Finance Corporation Banque mondiale FMI First Abu Dhabi Bank G20 UEMOASénégal Alioune Diouf Bassirou Diomaye Faye Cheikh Diba Mercedes Vera Martin Ousmane Sonko Endettement Eurobonds Finances publiques

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