Pour la première fois de son histoire, la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) fait son entrée à la Bourse de Luxembourg avec une émission obligataire durable de 108 milliards FCFA, soit environ 187 millions de dollars US. Une opération inédite en Afrique qui conjugue finance verte, innovation financière et ambitions énergétiques nationales.

Par cette opération, la Senelec franchit un nouveau cap dans sa stratégie de financement. Le 13 juillet, l’entreprise publique a annoncé l’admission à la Bourse de Luxembourg (LuxSE) d’une émission d’obligations liées au développement durable d’un montant de 108 milliards FCFA.
Cette opération marque une première pour l’énergéticien sénégalais, qui accède désormais à un marché international offrant une visibilité accrue auprès des investisseurs institutionnels du monde entier. Les titres peuvent désormais être achetés et négociés sur la place financière luxembourgeoise, l’une des références mondiales en matière de finance durable.
L’émission est également la première de Senelec à intégrer simultanément la Securities Official List de la Bourse de Luxembourg et la plateforme Luxembourg Green Exchange (LGX), spécialisée dans les instruments financiers répondant aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Une stratégie de financement au service de la transition énergétique
Pour Dakar, cette double reconnaissance constitue bien plus qu’une simple opération financière. Elle permet à la Senelec d’élargir sa base d’investisseurs tout en renforçant son positionnement auprès des acteurs spécialisés dans le financement de la transition énergétique.
« Cette opération traduit notre volonté de diversifier durablement nos sources de financement, d’optimiser la gestion de nos créances et de renforcer notre capacité à mobiliser des financements à moyen et long terme », a déclaré Papa Toby Gaye, directeur général de Senelec.
Le dirigeant souligne que l’ambition est claire : accélérer la transformation du secteur énergétique sénégalais et soutenir les engagements du pays en matière de développement durable.
Une innovation financière inédite sur le continent
L’originalité de l’opération réside dans sa structure hybride. Elle combine des obligations liées au développement durable avec une composante de financement vert, une formule encore rare sur les marchés africains.
Au total, 52,5 % des ressources levées seront affectées à des projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, conformément au cadre de durabilité défini par la Senelec.
Le reste des fonds est associé à des engagements de performance mesurables. L’entreprise s’est notamment engagée à réduire les pertes sur son réseau de transport d’électricité et à améliorer l’accès à l’énergie pour les populations.
Cette articulation entre financement de projets verts et objectifs de durabilité constitue une première sur le marché africain des capitaux et pourrait servir de modèle à d’autres opérateurs publics du continent.
La titrisation des créances impayées comme levier de financement
L’opération repose sur un mécanisme financier sophistiqué : la titrisation de créances d’électricité impayées.
Concrètement, Senelec a regroupé des factures en attente de paiement afin de les transformer en actifs financiers servant de garantie à l’émission obligataire. Ce montage permet à l’entreprise de mobiliser immédiatement les capitaux apportés par les investisseurs, tandis que les remboursements progressifs des créances alimentent le service de la dette.
Pour Adji Sokhna M’Baye, Directrice générale de BOAD Titrisation, qui a structuré l’opération, cette émission démontre la maturité croissante des marchés financiers africains.
« En tant que première opération de titrisation en Afrique combinant une composante d’obligation verte et une composante d’obligation liée au développement durable, cette émission démontre que des solutions de financement sophistiquées en monnaie locale peuvent être alignées sur des objectifs environnementaux et sociaux mesurables », a-t-elle souligné.
Selon elle, cette réussite ouvre la voie à de nouveaux mécanismes de financement des infrastructures énergétiques africaines.
Cap sur 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2030
Au-delà de sa dimension financière, cette levée de fonds s’inscrit dans la stratégie énergétique du Sénégal. Le pays ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 40 % de son mix électrique à l’horizon 2030.
En sécurisant des ressources de long terme tout en répondant aux standards internationaux de la finance durable, Senelec se positionne ainsi comme l’un des acteurs africains les plus avancés dans la mobilisation de capitaux au service de la transition énergétique. Une démarche qui pourrait faire école sur un continent où les besoins de financement des infrastructures restent immenses.





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