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Sommet IDA-20 : 
La Banque mondiale casse sa tirelire pour l’Afrique

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Le souhait pour une vingtième reconstitution ambitieuse des ressources de l’Association internationale de développement (IDA), émis au Sommet d’Abidjan de 2021, semble exaucé. La filiale de la Banque mondiale a mis 93 milliards de dollars sur la table, à la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique tenue le 7 juillet dernier à Dakar. Lesquels se sont engagés à saisir les opportunités en réponse aux différentes crises et à réorienter leurs politiques dans des voies transformatrices notamment sur les questions économiques, énergétiques, agricoles, technologiques et humaines. Reste à examiner les modalités d’utilisation optimale de ces ressources dont plus des deux tiers seront décaissées au profit de 39 pays africains éligibles, sur la période allant du 1er juillet 2022 au 30 juin 2025. Reportage.

Du beau monde au Sommet des chefs d’État et de gouvernement d’Afrique pour la mise en œuvre du programme de l’Association internationale de développement – siglé IDA en anglais- pour les pays du continent éligibles à ses financements. Les présidents Muhammadu Buhari du Nigeria, Denis Sassou Nguesso du Congo, George Weah du Liberia, Umaru Sissoco Embalo de la Guinée Bissau, Julius Maada Bio de la Sierra Leone, Samia Suluhu Hassan de la Tanzanie ainsi que les représentants du Cap-Vert, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo, de l’Ethiopie, de la Gambie, de la Guinée Equatoriale, du Kenya, de Madagascar, du Malawi, de la Mauritanie, du Rwanda, du Togo, de l’Union des Comores et du Zimbabwe. Les dirigeants du Groupe de la Banque mondiale, les chefs des institutions régionales et des Nations Unies ainsi que les représentants des gouvernements donateurs de l’IDA ont également pris part à la rencontre.

Conscients que le continent connaît un retournement des acquis en matière de développement, déclenché par la pandémie de Covid-19 et aggravé par le changement climatique, l’insécurité alimentaire, les conflits dans la région et la guerre en Ukraine, les chefs d’État se sont félicités du financement de 93 milliards de dollars de l’IDA (voir encadré). Cette enveloppe permettra d’aider les pays à se redresser en empruntant une voie plus verte, plus résiliente et plus inclusive. Aussi, les chefs d’État et de gouvernement africains se sont engagés à saisir les opportunités en réponse aux multiples crises, et à orienter leurs économies dans des voies transformatrices en partenariat avec l’Association internationale de développement. «Nous tenons ces assises dans un contexte de crise profonde, marquée par le double impact de la pandémie Covid-19 et de la guerre en Ukraine. Alors que les dépenses liées à la riposte sanitaire et la résilience économique et sociale ont connu une hausse exponentielle, nos marges budgétaires se sont considérablement rétrécies et les vulnérabilités liées à la dette exacerbées», a déclaré le Président sénégalais Macky Sall, lors de son discours d’ouverture à ce cycle d’IDA-20 (vingtième reconstitution des ressources de l’Association) qui couvre la période allant du 1er juillet 2022 au 30 juin 2025 avec 39 pays. «Face à nos urgences et priorités, la question de l’utilisation optimale des financements de l’IDA, se pose. Je tiens à réitérer toute notre appréciation pour l’appui constant du Groupe de la Banque mondiale à nos efforts de mobilisation de tous les moyens disponibles afin d’offrir à nos populations de meilleures conditions de vie. Ce sommet consacré à l’examen des modalités d’utilisation optimale des ressources au titre de l’IDA-20 constitue une éclaircie dans la grisaille. Je remercie les partenaires pour la reconstitution de l’IDA avec un niveau record de 93 milliards de dollars», a-t-il ajouté.

Des subventions et des prêts à taux zéro

A noter que cette réunion de Dakar intervient un an après le sommet de 2021 tenu à Abidjan, en Côte d’Ivoire, au cours duquel, les dirigeants africains avaient plaidé pour une reconstitution ambitieuse des ressources de l’IDA-20 pour soutenir leur programme de relance.

«Nous souhaitons discuter sur la meilleure utilisation stratégique que nous pouvons faire de ces fonds. Il y a des choix stratégiques qui doivent être faits», a souligné Axel van Trotsenburg, Directeur général de la Banque mondiale chargé des Opérations, relevant la nécessité d’orienter les investissements vers les secteurs prioritaires. Il a assuré, en ce sens, que des orientations stratégiques avaient été prises lors du sommet d’Abidjan en juillet 2021. «La Banque mondiale se soucie énormément de l’Afrique. Nous focalisons nos efforts sur sa réussite en matière de réalisation des objectifs globaux de développement et pour un avenir meilleur en faveur de tous les peuples», a-t-il poursuivi. «C’est ainsi que nous investissons environ deux tiers du financement IDA-20 en Afrique, pour aider le continent à faire un bond en avant dans la création d’emplois et l’amélioration de l’accès aux services tels l’éducation, les soins de santé, l’électricité, etc.», a précisé le Directeur général de la Banque mondiale chargé des Opérations.

Les chefs d'État se sont félicités du financement à hauteur de 93 milliards de dollars de l'IDA.

Les chefs d’État se sont félicités du financement à hauteur de 93 milliards de dollars de l’IDA.

“Mieux reconstruire après la crise …”

Après les allocutions, les chefs d’État et de gouvernement se sont retrouvés pour une séance de travaux à huis clos. Ainsi, au sortir de la rencontre, la déclaration de Dakar (voir encadré) qui a été adoptée : elle définit ainsi les grandes orientations de l’IDA-20 qui porte sur le thème : «Mieux reconstruire après la crise : pour un avenir vert, résilient et inclusif».

Aux bas mots, pour mettre en œuvre ce programme de transformation de leurs économies, les dirigeants ont lancé un appel à l’action nécessitant un leadership et un engagement politique forts. Ils ont appelé à une utilisation optimale des ressources de l’IDA-20 pour atteindre les objectifs de développement, et au renforcement des mécanismes de coordination au niveau continental.

Axel von Trotsenburg, Directeur des Opérations de la Banque mondiale lors de son intervention devant les chefs d'Etat.

Axel von Trotsenburg, Directeur des Opérations de la Banque mondiale lors de son intervention devant les chefs d’Etat.

Pour rappel, l’Afrique compte 39 pays éligibles aux financements de l’IDA sur un total de 74 nations au niveau mondial.

L’IDA est l’une des plus importantes sources de financement pour la lutte contre l’extrême pauvreté dans les pays aux revenus les plus faibles du monde. 
L’Association accorde des subventions et des prêts à taux zéro ou à faible taux d’intérêt à des pays pour financer des projets et des programmes qui stimulent la croissance économique, renforcent la résilience et améliorent la vie des populations précaires dans le monde entier.

De 1960 à nos jours, l’IDA a fourni environ 458 milliards de dollars américains pour des investissements dans 114 pays.

Les principaux engagements pris par les chefs d’État africains en partenariat avec l’IDA

Accélérer la transformation économique et mieux répondre aux chocs futurs, avec des mesures en faveur d’un environnement propice, telles que : bonne gouvernance, sécurité et paix, préparation aux crises et suppression des goulots d’étranglement aux investissements transfrontaliers dans les infrastructures économiques ;

Investir dans l’humain, en protégeant, améliorant et augmentant les investissements dans les ressources humaines, notamment par l’accroissement des dépenses consacrées à l’éducation et au développement des compétences, la mise en place de systèmes de santé adaptés aux pandémies, en développant des filets de sécurité et renforçant des systèmes nationaux de collecte de données permettant de mesurer les progrès du capital humain ;

Accélérer la transition énergétique, avec des mesures pour assurer l’accès universel à une énergie abordable, fiable, durable et moderne pour tous d’ici 2030. Ces mesures consistant notamment à mobiliser les investissements publics et privés, à renforcer les marchés régionaux pour le commerce de l’énergie et à promouvoir les investissements dans les énergies à faible émission de carbone ;

Accélérer la numérisation, en intensifiant les efforts pour atteindre l’accès universel à la connectivité à large bande d’ici 2030. Il s’agira d’investir dans les infrastructures et dans les réformes politiques et réglementaires. A été réaffirmée la nécessité de favoriser une forte implication du secteur privé dans les projets de nature transversale sur l’économie numérique qui seront financés par l’IDA20 ;

Renforcer les mécanismes de réponse à la sécurité alimentaire, avec des actions comprenant la résolution de problèmes tels que la fragilité, le changement climatique, la dégradation de l’environnement, la revitalisation des écosystèmes et l’amélioration de la productivité agricole et des chaînes de valeur. L’objectif étant que l’Afrique produise, vende et exporte des denrées alimentaires abordables et résistantes au climat, et qu’elle dépende moins des importations de produits alimentaires ;

Accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale, en mettant l’accent sur le commerce intra-africain, en éliminant les goulots d’étranglement et en encourageant les investissements transfrontaliers dans les infrastructures relatives au transport et à l’énergie.

Le cycle de financement de l’IDA20 s’étend du 1er juillet 2022 au 30 juin 2025, avec pour objectif de Mieux sortir de la crise : Vers un avenir vert, résilient et inclusif. Ce thème général est soutenu par cinq thèmes spéciaux et quatre questions transversales. Les thèmes spéciaux sont le capital humain, le changement climatique, le genre et le développement, la fragilité, les conflits et la violence, et enfin les emplois et la transformation économique. Les quatre questions transversales sont la préparation aux crises, la gouvernance et les institutions, la dette et la technologie.

Le Président de la Guinée Bissau, Umaru Sissoco Embaló, en compagnie de deux dirigeants de la Banque mondiale, Axel von Trotsenburg, Directeur des Operations et Ousmane Diagana, Vice-président pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale

Le Président de la Guinée Bissau, Umaru Sissoco Embaló, en compagnie de deux dirigeants de la Banque mondiale, Axel von Trotsenburg, Directeur des Operations et Ousmane Diagana, Vice-président pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale

 

IDA-20 : une enveloppe record de 65 milliards de dollars pour l’Afrique sur trois ans

Les chefs d’État se sont félicités du financement de 93 milliards de dollars de l’IDA-20. Et l’Afrique en sera le plus grand bénéficiaire. En effet, l’enveloppe qui sera décaissée au bénéfice des 39 pays africains éligibles représente environ 70 % des 93 milliards de dollars annoncés pour le compte du programme «IDA-20», soit l’aide la plus élevée de l’histoire de l’institution, depuis sa création en 1960. L’annonce a été faite lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement africains consacré au lancement du programme «IDA-20».

Le Président Macky Sall du Sénégal

Le Président Macky Sall du Sénégal

Chargée d’accorder des aides ainsi que des crédits assortis d’un taux d’intérêt nul ou faible aux 74 pays les plus pauvres de la planète, l’IDA a reconstitué ses ressources pour les porter à 93 milliards de dollars. Ces ressources proviennent des contributions des pays riches et de fonds mobilisés sur les marchés de capitaux, ainsi que des remboursements sur les crédits antérieurs et des propres contributions de la Banque mondiale.

A noter que l’IDA a déjà procédé à 19 reconstitutions ordinaires de ses ressources. La 19e, dénommée (IDA-19) et lancée en décembre 2019, avait porté sur un montant de 82 milliards de dollars.

Sur les 74 pays les plus pauvres bénéficiant de ses financements, 39 sont situés en Afrique subsaharienne contre 14 en Asie de l’Est, 6 en Asie du Sud, 4 en Europe et Asie centrale, 8 en Amérique latine et Caraïbes et 3 au Moyen-Orient & Afrique du Nord.

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