Les gouvernements d’Afrique subsaharienne paient plus cher les emprunts levés sur leur propre marché intérieur qu’à l’étranger, car ils sollicitent de plus en plus les banques locales pour combler leurs déficits de financement, ce qui accroît les risques pour les prêteurs et freine l’investissement privé, constate le Fonds monétaire international (FMI) en marge des assemblées générales des institutions de Bretton-Woods qui s’achèvent Washington
«Le coût intérieur du capital reste élevé dans toute la région ; les marchés financiers locaux sont non seulement fragmentés, mais ils manquent de profondeur et de liquidité, en plus des coûts de transaction et des marges de crédit élevés.»
Les économistes du FMI relèvent que les nouveaux emprunts publics sont nettement plus coûteux que la dette extérieure dans de nombreux pays. La forte dépendance aux banques locales accroît encore les coûts de financement et évince les investissements du secteur privé.
Les avoirs des banques locales en dette souveraine «augmentent plus rapidement en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde,» relève le Fonds, créant une «boucle de rétroaction potentielle vicieuse» dans laquelle la dégradation des finances publiques menace la solidité des établissements bancaires, freine le crédit et accroît le stress budgétaire. Environ la moitié de l’encours de la dette publique des pays d’Afrique subsaharienne est due aux banques nationales. Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI, met en garde : «le passage au financement local est une arme à double tranchant ; les emprunts intérieurs excessifs peuvent fragiliser le secteur bancaire si les gouvernements ont du mal à assurer le service de la dette.»
Retour prudent sur les marchés internationaux
Les pays africains reviennent très prudemment sur les marchés internationaux depuis 2024, après que beaucoup d’entre eux en ont été effectivement exclus en 2022 en raison d’une flambée des coûts d’emprunt et de risques économiques accrus.
En plus de l’assainissement budgétaire, le FMI a appelé les pays africains à des cadres de gestion de la dette plus solides et à des données crédibles et transparentes pour attirer les investissements. Le Fonds suggère par ailleurs des objectifs plus réalistes concernant des modèles de financement «innovants,» tels que les instruments de financement mixte et les conversions de créances en prêts de développement. Les flux totaux de financement mixte vers l’Afrique subsaharienne restent faibles, environ 6 milliards de dollars US par an, selon le FMI. Des transactions telles que l’échange de dette contre l’éducation en 2024 en Côte d’Ivoire, et l’échange de dette contre la nature en 2023 au Gabon, sont encore rares et relativement modestes : moins de 1 milliard de dollars par an à l’échelle mondiale.

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