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Après-Covid-19 : L’Afrique en ordre de marche pour relancer ses entreprises

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La crise sanitaire du Covid-19 frappe de plein fouet les économies africaines, des ménages et surtout des très petites et moyennes entreprises (TPE & PME), véritables piliers de la vie économique africaine. Pour faire face, c’est un soutien massif aux entreprises et aux ménages qui s’observent sur le continent pour sauver l’essentiel du tissu économique africain. Objectif : faire redémarrer la croissance le plus rapidement possible.

 

Dossier réalisé Par Mohamed Ould Salem & Benjamin Berahino

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Depuis janvier, presque tout a changé. L’arrivée de la pandémie de Covid-19 a bouleversé l’économie mondiale et notamment les économies africaines. En janvier dernier, lors des prévisions de croissance économique et de perspectives pour l’Afrique de la Banque africaine de développement (BAD), aucun des experts de cette institution panafricaine ne pouvait imaginer l’ampleur des bouleversements que provoquerait le Covid-19. «Pour tenir compte de l’impact de la pandémie sur l’environnement socio-économique du continent, il a fallu réévaluer sa situation économique et revoir nos projections de croissance et nos perspectives pour 2020 et 2021», reconnait Charles Lufumpa, économiste en chef par intérim et Vice-président de la Gouvernance économique et de la gestion des connaissances à la BAD, qui s’exprimait à l’occasion de la publication du supplément de «Perspectives économiques en Afrique 2020».

Quoi qu’il en soit, sur le plan économique, la pandémie et les mesures de confinement mises en place par les gouvernements africains pour limiter sa propagation ont eu des répercussions importantes. Les restrictions sur les déplacements internationaux, la fermeture des écoles et des lieux de travail, l’annulation des événements publics, les restrictions sur les rassemblements et la fermeture des frontières nationales et des entreprises non essentielles ont eu un impact sans précédent sur l’environnement économique, sanitaire et politique de l’Afrique. Les conséquences directes et indirectes de la pandémie ont inversé la forte trajectoire ascendante que suivaient encore de nombreux pays d’Afrique en 2019.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. En effet, selon un rapport publié par l’Union africaine (UA), la crise économique engendrée par lecCovid-19 pourrait entraîner la destruction de près de 20 millions d’emplois. L’African guarantee fund (AGF), spécialisé dans le financement des petites et moyennes entreprises, estime, lui, «entre 20 et 40 milliards de dollars» la perte de chiffres d’affaires pour les PME en Afrique en 2020 due à la pandémie. Ces chiffres pourraient être bien plus élevés alors que les entreprises africaines sont affectées de diverses manières. Il y a celles dont l’approvisionnement dépend de la Chine et qui se sont retrouvées affectées par les longs mois d’arrêt. Viennent ensuite celles qui exportent vers l’Asie, l’Europe, voire les États-Unis, des marchés qui se sont fermés du jour au lendemain. Enfin, la majorité des entreprises ont dû fermer à cause des mesures de confinement partiel. C’est le cas des PME dans le tourisme, la restauration, la coiffure, des services, etc.

C’est dire si la crise sanitaire du nouveau coronavirus frappe de plein fouet les économies des pays du continent et des ménages, elle a surtout impacté négativement les très petites et moyennes entreprises

(TPE & PME), véritables piliers de la vie économique africaine. Ces entreprises contribuent pour près de 33 % dans le PIB africain et fournissent 85 % des emplois du secteur privé. La pandémie de Covid-19 et surtout les mesures de restriction adoptées jusque-là les ont fragilisées un peu plus.

Soutien des États africains

Pour la première fois, les États africains se sont fortement mobilisés pour les soutenir et imaginer des pistes de solutions pour l’après. L’occasion aussi de penser cette crise comme une opportunité de transformer le secteur informel.

Plusieurs pays sont montés au créneau pour protéger leurs PME (voir encadré). Le gouvernement ivoirien a lancé, entre autres, un fonds de garantie aux PME et aux entreprises du secteur informel d’un montant de 100 milliards de FCFA (152,8 millions d’euros). De même au Sénégal, le Plan Covid-19 prévoit la mise en place d’un mécanisme de financement des entreprises d’un montant de 200 milliards de FCFA (305,6 millions d’euros) sous forme de crédits de trésorerie ou d’investissement en partenariat avec le secteur bancaire. Au Maroc, l’Etat a mis en place un plan de relance ambitieux, avec l’injection de 120 milliards de dirhams (11,5 milliards d’euros) dans l’économie.

Plus au sud du continent, le gouvernement sud-africain a mis en place des mesures pour soutenir les entreprises, avec notamment 10 milliards d’euros de garanties de prêts.

À l’échelle continentale, la Banque africaine de développement a annoncé la création d’un fonds de 10 milliards de dollars pour soutenir les économies africaines. Et l’Union africaine (UA) de lancer un fonds spécial contre le Covid-19 auquel les États membres ont déjà accepté de contribuer à hauteur de 17 millions de dollars. «Nous devons mobiliser toutes les ressources pour contenir cette pandémie et empêcher l’effondrement d’économies et de systèmes financiers déjà en difficulté», a déclaré le Président en exercice de l’Union africaine, le sud-africain Cyril Ramaphosa. Toute la difficulté est de trouver de l’argent disponible rapidement. Les institutions, comme la Banque mondiale ou la BAD qui ont promis des milliards, sont soumises à des procédures contraignantes, et leurs aides mettent souvent plusieurs mois avant d’être débloquées. L’UA s’est déjà lancé dans la création d’une plateforme centralisée à travers son partenariat avec Ecobank. L’objectif est d’aborder «les enjeux, les défis et les besoins des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) pendant et après le Covid-19, et qui sera un outil global, flexible, complet et universel pour les MPME dans les secteurs formel et informel sur le continent».

Dans la région UEMOA, l’heure est déjà à l’innovation : la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), a lancé les bons Covid-19. De l’argent immédiatement disponible pour les États de la zone. Dès les premiers jours, il s’en est plu des centaines de milliards de CFA. Et le succès n’est pas près de s’arrêter, et les pays sont toujours plus nombreux à se saisir de cet outil.

De son côté, l’African guarantee fund a mis en place un fonds de 2,4 milliards de dollars US. Grâce à sa facilité de garantie, AGF aide les institutions financières à couvrir partiellement les risques liés au financement des PME. «Le mécanisme Covid-19 d’AGF s’élève à 1,2 milliard de dollars US de garantie, ce qui permettra aux banques de financer les PME jusqu’à hauteur de 2,4 milliards dollars US au moins pour une période de deux ans», souligne un communiqué. «Les conséquences de la pandémie de Covid-19 continueront d’avoir des effets négatifs croissants sur les PME en Afrique, tant du côté de l’offre de crédits que de celui de la demande», a déclaré Félix Bikpo,
Directeur général d’AGF. «Par conséquent, nous anticipons une détérioration de la solvabilité des PME. Il est probable que ce facteur induise une augmentation du coût du crédit pour le secteur financier, ce qui accroîtra certainement sa réticence à financer les PME en l’absence de stimuli extérieurs».

Côte d’Ivoire : Un fonds de 200 milliards de FCFA pour soutenir les PME

Hamed Bakayoko, Premier ministre de Côte d'Ivoire

Hamed Bakayoko, Premier ministre de Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire a mis en place un fonds de soutien et de garantie aux PME, d’un montant global de 200 milliards de FCFA (305 millions d’euros), afin de maintenir l’activité économique de ses entreprises touchées par la crise liée au coronavirus.

Ce montant prend en compte le renforcement du soutien aux PME pour 100 milliards de FCFA. Ces fonds alloués aux PME formellement constituées sont répartis comme suit : 40 milliards seront logés dans les fonds de garantie des crédits aux PME et 60 milliards de FCFA sont destinés aux fonds de soutien aux PME. Quant aux entreprises du secteur informel, elles bénéficieront d’une aide de 100 milliards de FCFA qui servira à la mise en place d’un fonds spécifique d’appui aux entreprises de ce secteur. Cette mesure sera pérennisée après la crise avec une fiscalité simple et des modalités novatrices de financement.

 

Sénégal : 200 milliards de FCFA pour des prêts Covid

Amadou Hott, Ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération du Sénégal.

Amadou Hott, Ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération du Sénégal.

Le Sénégal a lancé un dispositif de financement afin d’injecter de la trésorerie dans les entreprises impactées par la crise du coronavirus. L’Etat et l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Sénégal (APBEFS) ont ainsi signé le 29 avril un Accord-cadre relatif à la mise en place dudit mécanisme de financement pour un montant de 200 milliards FCFA (305,80 millions d’euros) sous forme de crédits de trésorerie ou d’investissements. Le prêt garanti par l’Etat est un prêt sur une durée de 3 à 6 ans avec une possibilité d’un différé de 12 mois. Pour la première phase d’accompagnement dans le cadre de la résilience, les prêts seront plafonnés à un montant représentant la masse salariale brute trimestrielle par entreprise. Le taux d’intérêt est estimé à 3,5% HT. Le prêt bénéficie d’une garantie de l’Etat de 20 à 50% selon la taille de l’entreprise. Les banques conservent ainsi une part du risque associé. Pour la phase de relance, les crédits sont dimensionnés sur la base du dossier qui sera présenté. Ce prêt s’adresse à toute entreprise affectée par la pandémie de Covid-19. Seules les PME et les GE (soit les entreprises avec un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions FCFA) et employant au moins 5 salariés sont concernées par la ligne de financement de 200 milliards FCFA en partenariat avec le secteur bancaire.

Maroc : 200 milliards de dirhams pour la relance économique et l’emploi

Mohamed Benchaaboun, ministre marocain de l’Economie et des finances

Mohamed Benchaaboun, ministre marocain de l’Economie et des finances

C’est un plan de relance ambitieux, avec l’injection de 120 milliards de dirhams, environ (11,5 milliards d’euros), dans l’économie qui a été initié par le Maroc. Ce «pacte pour la relance économique et l’emploi» a été signé entre le ministère des Finances, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM). Sur les 120 milliards de dirhams, 75 milliards seront donnés par les banques, sous forme de crédits, garantis par l’Etat. Cette manne sera destinée à tous les segments d’entreprises dont les établissements et entreprises publics (EEP) les plus impactés par la crise. La Caisse centrale de garantie (CCG) sera chargée de gérer ce système de garantie. De même, il s’agit de lui allouer 5 milliards de dirhams, apportés par le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie. Ce montant est destiné à couvrir les risques de défaillance de paiement des entreprises bénéficiaires de prêts. Quant aux 45 milliards restants, ils seront affectés au Fonds d’investissement stratégique. Aussi quelque 30 milliards de dirhams seront mobilisés par des institutionnels nationaux et internationaux. Les 15 autres milliards seront financés par l’Etat, dans le cadre de la loi de finances rectificative. Ce fonds interviendra directement dans le financement des projets d’investissement en faisant appel au partenariat public-privé. Indirectement, il vise à renforcer les capitaux des entreprises aux fins de leur développement. In fine, l’objectif de ce pacte est d’accompagner le redémarrage progressif de l’activité des différents secteurs de l’économie et de créer les conditions propices pour une relance vigoureuse à la sortie de crise.

Afrique du Sud : 200 milliards de rands pour aider 700 000 entreprises

Pravin Gordhan, ministre des Entreprises publiques d’Afrique du Sud

Pravin Gordhan, ministre des Entreprises publiques d’Afrique du Sud

C’est une enveloppe globale de 500 milliards de rands (26,33 milliards de dollars), soit l’équivalent de 10 % de son PIB, que l’Afrique du Sud a dédié à son plan de soutien économique et social pour soutenir les entreprises et les personnes les plus vulnérables confrontées à la pandémie Covid-19. Parmi les 500 milliards de rands alloués au plan de reprise, 130 milliards sont issus du budget actuel, pour lequel les priorités ont été revues. Les 370 milliards de rands restants proviendront notamment «des partenaires internationaux et des institutions financières internationales». Pour le volet social, un total de 50 milliards de rands sera alloué aux plus vulnérables, qui vont recevoir une augmentation de leurs allocations sociales pendant six mois. Pour le volet économique, le gouvernement sud-africain a proposé notamment 200 milliards de rands de garanties de prêts aux entreprises pour couvrir «leurs coûts opérationnels, comme les salaires, les loyers et le paiement des fournisseurs». Ce plan doit permettre d’aider «plus de 700 000 entreprises et plus de 3 millions d’employés» dans cette période difficile qui intervient après l’entrée en récession, au début de l’année, de l’Afrique du Sud.

Gabon : 225 milliards de FCFA pour les entreprises en difficulté de trésorerie

Rose Christiane Ossouka Raponda, Première ministre du Gabon.

Rose Christiane Ossouka Raponda, Première ministre du Gabon.

Avec un plan de riposte à 250 milliards de FCFA, le Gabon entend se porter au secours des entreprises en difficulté de trésorerie à hauteur de 225 milliards de FCFA, à travers un guichet d’urgence. Les entreprises en cessation d’activité ou à la peine à cause de la crise sanitaire bénéficieront d’un moratoire sur le remboursement de leurs dettes bancaires, sans pénalité. A cela s’ajoutent des remises d’impôts qui sont, en outre, octroyées à celles qui préserveront des emplois. Quant aux entreprises de services à la personne et aux petits commerces, elles verront leur impôt libératoire et leurs patentes réduits de moitié. Ce soutien touche également les ménages gabonais. Ainsi, les salariés mis en chômage technique reçoivent une allocation représentant entre 50 et 70 % de leur salaire brut, tandis que les revenus compris entre 80 000 et 150 000 FCFA sont maintenus.

 

 

Ghana : un fonds de relance de 173 millions de dollars pour soutenir les PME

Ken Ofori-Atta, Ministre de l’Economie et des finances du Ghana.

Ken Ofori-Atta, Ministre de l’Economie et des finances du Ghana.

Le Ghana a lancé un plan de relance, d’un montant de 1 milliard de cedis (environ 173 millions de dollars), destiné à soutenir les entreprises touchées par le Covid-19. L’objectif visé est d’octroyer des prêts aux micro, petites et moyennes entreprises (MPME) afin de répondre à la demande des biens et services engendrés par la crise sanitaire. Sur le montant prévu pour le programme, 600 millions de cedis (environ 104 millions de dollars) seront octroyés sous forme de prêts aux MPME avec un moratoire d’un an, et une période de paiement de deux ans, avec un intérêt de 3%. Quant aux 400 millions de cedis (environ 69,3 millions de dollars) restants, ils seront fournis par les banques sélectionnées dans le cadre du programme. Ce projet concernera certains secteurs d’activités tels que l’agroalimentaire, la technologie, les transports, le commerce, la santé et les produits pharmaceutiques ainsi que celui du textile. Au Ghana, les MPME représentent 70% du PIB et 92% des entreprises du pays.

 

Dossier réalisé Par Mohamed Ould Salem & Benjamin Berahino

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