Chaque année, les Béninois de l’étranger transfèrent des ressources considérables vers leur pays d’origine. Ces fonds soutiennent les ménages, financent l’éducation, la santé ou encore le logement. Mais au-delà de cette solidarité familiale, ils représentent également un important potentiel d’investissement encore insuffisamment mobilisé au service du développement économique. À travers l’initiative DiasDev, la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin (CDC Bénin) entend transformer une partie de cette épargne en un levier durable de financement des projets structurants. Arnaud Adovelandé, Directeur des Consignations, Déconsignations et Produits en développement de la CDC Bénin, revient sur les ambitions de cette démarche, les conditions de sa réussite et le rôle stratégique que la diaspora est appelée à jouer dans la transformation économique du Bénin. Entretien.
AFRIMAG : Les transferts de la diaspora représentent chaque année des montants importants. Pourquoi estimez-vous qu’il est aujourd’hui nécessaire d’aller au-delà de cette logique ?
Arnaud Adovelandé : Les transferts de notre diaspora jouent depuis des décennies un rôle absolument essentiel. Ils permettent à des milliers de familles béninoises de couvrir des dépenses essentielles, telles que l’alimentation, l’éducation des enfants, les soins de santé ou encore la construction d’un logement. Cette solidarité est précieuse et il n’est absolument pas question de la remettre en cause.
Notre ambition est d’y ajouter une nouvelle dimension. Une partie de cette épargne peut être orientée vers des investissements productifs, créateurs de richesse et d’emplois. Le Bénin connaît aujourd’hui une profonde transformation économique qui nécessite des financements de long terme, notamment pour les infrastructures, la transition énergétique, l’agriculture, l’industrie, ou encore le logement. La diaspora peut donc devenir un acteur majeur de cette dynamique. L’objectif n’est donc pas de remplacer les transferts familiaux, mais d’offrir à la diaspora une possibilité supplémentaire, faire fructifier son épargne tout en participant activement au développement du Bénin.
AFRIMAG : Pourquoi la diaspora est-elle aujourd’hui un partenaire stratégique pour le développement du Bénin ?
Arnaud Adovelandé : La diaspora béninoise constitue un atout important pour le pays. Elle représente bien plus qu’une source de transferts financiers. Elle rassemble des entrepreneurs, , des chercheurs, des médecins, des ingénieurs, des cadres et des investisseurs qui disposent non seulement d’une capacité d’épargne importante, mais également d’une expérience internationale, de compétences et de réseaux extrêmement précieux. Cette double richesse, financière et humaine, constitue un atout pour le développement du Bénin.
Ce qui distingue la diaspora d’autres investisseurs, c’est aussi son attachement au pays. Beaucoup souhaitent contribuer au développement national, à condition de disposer de mécanismes crédibles, transparents et sécurisés. La CDC Bénin considère donc la diaspora comme un partenaire stratégique de long terme, capable d’accompagner le financement des secteurs prioritaires de notre économie.
AFRIMAG : Quels sont aujourd’hui les principaux freins à une meilleure mobilisation de cette épargne ?
Arnaud Adovelandé : Le premier défi est celui de la confiance et de la transparence. Les membres de la diaspora souhaitent savoir où est investi leur argent, comment il est géré et quels résultats il produit. Cette exigence est parfaitement légitime.
Le deuxième enjeu concerne l’offre d’investissement. Pendant longtemps, les produits proposés étaient limités et adaptés aux attentes des Béninois vivant à l’étranger.
Il existe également un besoin de simplification. Les procédures doivent être accessibles, les parcours d’investissement fluides, et les informations facilement disponibles, quel que soit le pays de résidence.
Enfin, il est essentiel de mieux faire connaître les opportunités économiques qu’offre aujourd’hui le Bénin. Notre pays évolue rapidement et de nombreux projets présentent un fort potentiel de création de valeur. Encore faut-il que cette information circule efficacement.
AFRIMAG : La CDC Bénin a lancé DiasDev, en quoi ce projet répond-il précisément à ces enjeux ?
Arnaud Adovelandé : L’initiative Diaspora et Développement (DiasDev) est une initiative régionale qui vise à mobiliser l’épargne des diasporas africaines pour contribuer au financement du développement économique de leurs pays d’origine. Elle traduit notre volonté de construire un nouveau partenariat économique entre le Bénin et sa diaspora. Notre conviction est simple : la diaspora dispose d’une capacité d’investissement importante tandis que le pays a besoin de capitaux de long terme pour financer sa transformation.
DiasDev crée cette passerelle.
À travers cette initiative, la CDC Bénin conçoit une solution financière adaptée aux besoins de la diaspora béninoise. DiasDev n’est pas un produit financier. Notre ambition est que chaque membre de la diaspora puisse affirmer : je contribue concrètement au développement du Bénin, en souscrivant à un produit d’épargne ou d’investissement dédié conçu dans le cadre de l’initiative Diaspora et Développement.
AFRIMAG : Quel rôle une institution comme la CDC Bénin peut-elle jouer dans cette dynamique ?
Arnaud Adovelandé : La CDC Bénin a précisément pour mission de de faire le lien entre l’épargne disponible et les besoins de financement du développement du pays.
Nous mobilisons des ressources de long terme afin de financer des projets qui produisent un impact durable sur l’économie nationale. Nous intervenons comme tiers de confiance. Notre rôle consiste également à fédérer l’ensemble des partenaires publics, privés et financiers afin de créer un véritable écosystème de confiance autour de l’investissement de la diaspora Au fond, nous voulons transformer une relation affective avec le pays en une relation économique durable et mutuellement bénéfique.
AFRIMAG : Quels secteurs pourraient bénéficier en priorité de cette mobilisation ?
Arnaud Adovelandé : Les besoins sont nombreux, mais certains secteurs apparaissent particulièrement stratégiques. Il s’agit notamment des infrastructures, qui renforcent la compétitivité de notre économie, de la transition énergétique et du développement des industries transformatrices de nos matières premières. Le logement constitue un autre enjeu majeur, tout comme l’agriculture, qui disposent d’un potentiel considérable de création de valeur et d’emplois. Nous accordons aussi une attention particulière aux PME, qui représentent le moteur de notre tissu économique, ainsi qu’à l’économie numérique, qui ouvre de nouvelles perspectives pour les jeunes entrepreneurs. Tous ces investissements poursuivent un même objectif : créer une croissance durable, inclusive et génératrice d’emplois.
AFRIMAG : Plusieurs pays ont développé des dispositifs dédiés à leur diaspora. Quels enseignements le Bénin peut-il en tirer ?
Arnaud Adovelandé : Les expériences internationales montrent qu’une diaspora peut devenir un investisseur majeur lorsque les conditions de confiance sont réunies.
Les pays qui réussissent sont ceux qui proposent des mécanismes simples, transparents et adaptés aux attentes des investisseurs. Ils démontrent également que la gouvernance est un facteur déterminant. Les investisseurs veulent pouvoir mesurer l’impact de leur contribution et avoir une visibilité sur la gestion des ressources. Le Bénin peut naturellement s’inspirer de ces bonnes pratiques, mais il doit surtout construire son propre modèle, en tenant compte de son contexte institutionnel et économique. Aujourd’hui, les réformes engagées, la stabilité macroéconomique et la qualité croissante des institutions financières offrent des bases solides pour développer une approche ambitieuse en direction de la diaspora.
AFRIMAG : Quel message souhaitez-vous adresser aux Béninois établis à l’étranger ?
Arnaud Adovelandé : Le Bénin est en train d’écrire une nouvelle étape de son développement. Les transformations engagées ouvrent des perspectives inédites dans de nombreux secteurs et créent de véritables opportunités d’investissement.
La diaspora a toujours accompagné le pays par sa solidarité. Elle peut désormais devenir un acteur majeur de sa transformation économique.
La CDC Bénin souhaite offrir un cadre de confiance permettant de concilier performance économique et contribution au développement national.
J’invite donc tous les Béninois établis à l’étranger à considérer le Bénin non seulement comme leur pays d’origine, mais aussi comme une terre d’opportunités où leur épargne, leur expertise et leur engagement peuvent produire un impact durable au bénéfice des générations futures.
Entretien réalisé par Miché Daré





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