De Dakar à Niamey, le prix de l’essence varie désormais presque du simple au double. Alors que le baril de Brent s’approche des 93 dollars, les États de l’UEMOA se retrouvent pris entre la nécessité de contenir l’inflation et celle de préserver des finances publiques déjà sous tension. Une équation qui pourrait annoncer de nouvelles hausses à la pompe.
Depuis le 15 août, les automobilistes sénégalais paient 990 francs CFA le litre de super, contre 755 francs pour le gasoil. À Niamey, le même litre d’essence ne coûte que 499 francs. Entre les deux capitales de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’écart est désormais spectaculaire : le prix du super varie presque du simple au double.
Cette dispersion n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée ces derniers mois au gré des décisions prises par les gouvernements. En Côte d’Ivoire, le prix du super est passé à 905 francs le litre au 1er août, après une première hausse, à 875 francs, en mai. Au Burkina Faso, le gasoil a été relevé à 750 francs le 10 août. Cinq jours plus tard, le Sénégal lui emboîtait le pas, annulant ainsi la baisse accordée en décembre dernier.
Au Bénin et au Togo, les ajustements avaient été opérés dès mai. Les deux pays affichent désormais les mêmes tarifs : 725 francs pour le super et 750 francs pour le gasoil. Quant au Mali, il détient déjà le record régional pour le diesel, à 940 francs le litre.
Le baril bouleverse les calculs budgétaires
Cette vague de hausses pourrait ne pas être terminée. La reprise des hostilités au Moyen-Orient a ravivé les tensions sur les marchés pétroliers et éloigné les cours des hypothèses retenues par les États de la sous-région pour bâtir leurs budgets 2026.
En janvier, le Brent, référence mondiale, évoluait autour de 64 dollars le baril. Il frôle désormais les 93 dollars, porté notamment par les tensions autour du détroit d’Ormuz. Pour les pays fortement dépendants des importations de produits raffinés, le choc est direct : chaque dollar supplémentaire renchérit le coût de l’approvisionnement et complique davantage le maintien de prix administrés.
Car, dans la plupart des pays de l’UEMOA, le consommateur ne paie pas intégralement le prix dicté par le marché international. Les gouvernements absorbent une partie de l’écart, notamment au bénéfice des importateurs. Un mécanisme qui permet de limiter les effets de la hausse des cours sur les ménages et les entreprises, mais qui transforme progressivement le pétrole cher en problème budgétaire.
Le dilemme des subventions
Le Sénégal illustre cette équation sous tension. Plus de 245 milliards de francs CFA auraient déjà été mobilisés depuis janvier pour soutenir l’aval pétrolier. À mesure que les marges budgétaires se réduisent, les gouvernements sont confrontés à un choix difficile.
Premier scénario : continuer à amortir la hausse internationale et accepter une facture publique toujours plus lourde, au risque de creuser les déficits. Second scénario : relever les prix à la pompe et transférer une partie du choc aux consommateurs, avec le risque d’alimenter l’inflation et de peser sur le pouvoir d’achat comme sur les coûts des entreprises.
Dans les deux cas, la marge de manœuvre se réduit. Plus le pétrole reste durablement cher, plus le modèle de subvention devient difficile à soutenir.
Le cas nigérien, une exception régionale
Dans ce paysage, le Niger fait figure d’exception. Avec un litre de super toujours vendu à 499 francs CFA, le pays conserve de loin le tarif le plus bas de l’UEMOA.
Cette situation tient notamment à la production de la raffinerie de Zinder, qui permet au Niger de s’affranchir en partie des contraintes auxquelles sont confrontés les pays dépendants des importations de produits raffinés. Mais le maintien de prix relativement faibles relève aussi d’un choix politique : celui de préserver un carburant accessible malgré la remontée des cours internationaux.
Cette singularité rappelle surtout que le prix à la pompe ne dépend pas uniquement du baril. Structure du marché, capacité de raffinage, fiscalité, mécanismes de subvention et arbitrages politiques contribuent à créer des écarts considérables au sein d’une même union monétaire.
Ghana et Nigeria jouent une autre partition
En dehors de l’UEMOA, le Ghana et le Nigeria ont choisi une approche différente. Leurs marchés pétroliers étant davantage libéralisés, les fluctuations des cours internationaux se répercutent plus directement sur les prix payés par les automobilistes.
Le principe est simple : moins l’État amortit le choc, plus celui-ci est rapidement transféré au consommateur. À l’inverse, plus les prix sont administrés, plus le budget public devient le principal amortisseur.
À l’heure où le pétrole s’éloigne des hypothèses retenues pour 2026, les pays de l’UEMOA doivent donc arbitrer entre ces deux modèles. Et si les tensions géopolitiques prolongent la flambée du brut, la question ne sera bientôt plus seulement de savoir combien coûtera le litre d’essence, mais qui paiera la différence.











