fbpx

Cédéao: Voici pourquoi la monnaie unique ne pouvait pas entrer en vigueur en 2020

Pinterest LinkedIn Tumblr +

Les 15 Etats de la Cédéao avaient convenu de respecter les critères de convergence macroéconomiques, concernant aussi bien l’inflation, le déficit budgétaire, mais également la dette publique à l’horizon de décembre 2019, pour ensuite entrer dans une phase de consolidation à partir de 2020. Sauf que non seulement tout ne s’est pas passé comme prévu l’année dernière, mais à cause du Covid-19, il faut oublier la maîtrise de la hausse des prix ou encore la discipline budgétaire ou la réduction de l’endettement.

En Afrique l’Ouest, le taux d’inflation au sein de la communauté économique régionale ne devait pas dépasser 5%, un niveau que respectent facilement les 8 pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), mais que dépasse largement les 6 pays de la Zone monétaire ouest-africaine (Zmao) regroupés autour du Nigeria. Quant au Cap-vert, même si la discipline budgétaire y est, c’est compliqué pour ce critère et comme pour l’endettement.

tinmar 970

liasse de FCFAConcernant le géant nigérian qui pèse pour près de 70% du PIB de toute la sous-région, force est de constater la quasi-impossibilité de respecter le plafond de l’inflation à 5%. En effet, les prix ont augmenté de 11,40% en 2019, de 12,08% en 2018, de 16,52% en 2017. Autant dire qu’on est loin du compte. Et ce n’est guère mieux concernant le budget, compte tenu de la chute des cours du pétrole au cours des dernières années.

Or, le pétrole constitue le premier poste d’exportation du pays avec 94% du total à l’origine de 55 milliards USD de recettes et d’un excédent commercial de 19,2 milliards USD en 2018. Le secteur pétrolier est également le premier pourvoyeur de recettes fiscales pour l’Etat central et de réserves de devises. Alors que les revenus collectés par l’Etat représentent l’équivalent de 8% du PIB nigérian, les recettes publiques issues du secteur pétrolier et gazier atteignent 4,6% du PIB, soit 57 % des revenus de l’Etat fédéral. En outre, les Etats producteurs de pétrole reçoivent une partie des revenus pétroliers collectés par l’Etat central. Cette allocation représente, en fonction des Etats, entre 12% et 73% de leurs revenus.

C’est dire que quand le prix du pétrole est passé de 100 dollars à moins de 70 dollars entre 2014 et 2019, c’est devenu pratiquement difficile pour le gouvernement fédéral nigérian de tenir sa promesse sur le critère budgétaire de convergence pour la mise en place de l’Eco.

Quant au Ghana, l’inflation est pratiquement à deux chiffres lors des dernières années, avec 7,29% en 2019, 9,84% en 2018 et 12,37% en 2017. Mais, les projections pour 2020 et 2021 font état non pas d’une consolidation vers 5% de hausse des prix, mais plutôt une détérioration, à 10,21% pour cette année et 8,55% pour l’année prochaine.

Le déficit 2019 a été de 7,8% du PIB, en partie à cause de la chute des cours du cacao. En 2020, le gouvernement avait projeté de le ramener à 4,6%, mais c’était bien évidemment avant le Covid-19.

Au niveau de la zone CFA, le principal problème demeure le déficit budgétaire, notamment pour le Sénégal et la Côte d’Ivoire, avec son corolaire qu’est l’endettement. Le Sénégal est sur le point d’atteindre un niveau de 70% de son PIB. « La dette publique a continué d’augmenter sans pour autant entraîner de risque de surendettement important, grâce entre autres au changement d’année de référence utilisée pour calculer le PIB. Le niveau de la dette est passé de 60,6 % du PIB en 2017 à 64,5 % en 2018, en prenant en compte les entreprises détenues par l’État et les entités parapubliques », soulignait la Banque mondiale dans un récent rapport.

Mieux lotie que le Sénégal, la Côte d’Ivoire a un niveau d’endettement de 46%, ce qui lui permet de respecter le seuil communautaire. En revanche ce taux ne prend pas en compte l’endettement des entreprises publiques qui est relativement élevé.

Quoi qu’il en soit, ces quatre économies les plus importantes de la Cédéao qui totalisent plus de 90% de toute l’économie de la sous-région ne sont pas prêtes pour la mise en place de la monnaie unique. C’est ce qui explique que la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement ait fait machine arrière pour l’entrée en vigueur de l’Eco.

Partager.

Répondre