Après une expiration passée presque inaperçue, l’African Growth and Opportunity Act. (AGOA) s’apprête à renaître au Congrès américain. En toile de fond : la volonté de reprendre pied sur un continent où l’influence américaine recule face à la Chine, et où les enjeux géopolitiques et industriels se font de plus en plus pressants.
C’est un texte vieux de vingt-cinq ans, pilier de la relation commerciale entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne, que la Chambre des représentants américaine s’apprête à remettre en selle. Cette semaine, les élus doivent se prononcer sur un projet de loi visant à renouveler l’African Growth and Opportunity Act. pour trois années supplémentaires, jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump.
Un accord clé relancé in extremis
Arrivé à échéance le 1er octobre dernier dans une relative indifférence, l’accord a pourtant été ressuscité de manière inattendue en décembre. Le 6 janvier, la direction de la Chambre a annoncé que le texte serait examiné selon une procédure de suspension des règles : un débat limité, mais une exigence de majorité qualifiée des deux tiers pour l’adoption. Un signal clair que l’AGOA continue de bénéficier d’un soutien bipartisan solide.
Un enjeu commercial… et géopolitique
Si le vote est favorable, les pays éligibles d’Afrique subsaharienne retrouveront un accès en franchise de droits au marché américain pour une large gamme de produits. Un geste commercial lourd de sens à l’heure où Washington voit son influence économique s’éroder sur le continent.
La Chine, elle, n’a pas tardé à occuper l’espace. Après la hausse des droits de douane décidée par Donald Trump l’an dernier, Pékin a rapidement offert un accès préférentiel à son marché aux pays africains, renforçant son attractivité et son ancrage économique.
Afrique du Sud : partenariat sous tension
La relance de l’AGOA s’inscrit toutefois dans un contexte diplomatique délicat. Donald Trump a laissé entendre que l’Afrique du Sud pourrait être exclue des bénéfices de l’accord si celui-ci était renouvelé. Une perspective qui tranche avec le ton plus conciliant de la nouvelle équipe diplomatique américaine.
Fraîchement investi, le nouvel envoyé américain pour l’Afrique, Brent Bozell, a prêté serment la semaine dernière devant le sénateur Ted Cruz, président de la commission des relations étrangères du Sénat pour l’Afrique. Avant de se rendre à Pretoria, il doit s’exprimer devant le Centre d’affaires États-Unis-Afrique de la Chambre de commerce américaine, affichant un optimisme prudent sur l’avenir des relations bilatérales.
Des signaux contradictoires sur le terrain
Malgré cette ouverture, les crispations persistent. Depuis le 9 janvier, l’Afrique du Sud mène des exercices navals conjoints avec la Chine, la Russie et l’Iran — trois adversaires stratégiques de Washington — tout en dénonçant à l’ONU l’intervention américaine au Venezuela.
Dans le même temps, les États-Unis multiplient les gestes d’engagement politique sur le continent. Après avoir envoyé une délégation à la prestation de serment du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en mai 2025, Washington prévoit d’assister à l’investiture d’un autre ancien putschiste devenu président élu : le général Mamadi Doumbouya, en Guinée, le 17 janvier.
La délégation américaine devrait être conduite par Will Stevens, sous-secrétaire adjoint pour l’Afrique de l’Ouest, accompagné notamment de Massad Boulos, conseiller principal pour les affaires arabes et africaines, et de Troy Fitrell, ex-haut responsable du Département d’État désormais consultant pour des intérêts africains.
La Guinée, nouveau front de la rivalité sino-américaine
Derrière ces déplacements se dessine une ambition stratégique claire : renforcer la présence américaine en Guinée, appelée à devenir un acteur majeur de l’industrie sidérurgique mondiale. Le pays abrite à Simandou le plus grand gisement de minerai de fer à haute teneur encore inexploité au monde.
La bataille d’influence avec la Chine y est déjà engagée. Les États-Unis soutiennent notamment le projet d’un futur «corridor de la liberté,» destiné à relier les gisements guinéens exploités par Ivanhoe Atlantic à la côte libérienne. Un axe logistique et industriel qui, au-delà de l’économie, symbolise la tentative américaine de reprendre l’initiative sur un continent redevenu central dans la compétition des grandes puissances.





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