Depuis son inscription sur la liste grise du Groupe d’Action Financière (GAFI) en 2022, la République Démocratique du Congo fait face à un défi majeur : rétablir sa crédibilité financière sur la scène internationale. Cette situation, loin d’être purement administrative, a des conséquences réelles et profondes. Elle ralentit les investissements directs étrangers, limite l’accès du pays aux marchés financiers, fragilise le système bancaire et prive l’économie nationale de devises indispensables à sa croissance
La liste grise : un signal d’alerte pour les partenaires financiers
Le GAFI, organisme intergouvernemental, veille à la conformité des États en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Être placé sur sa liste grise signifie que le pays présente des lacunes stratégiques dans ces domaines. Pour les banques internationales, les bailleurs de fonds, les investisseurs institutionnels et les partenaires techniques, cela implique un niveau de risque élevé, justifiant des restrictions, voire des désengagements.
Des efforts tangibles sous la direction de la CENAREF
Face à cette menace, la RDC a élaboré un plan d’action avec 15 recommandations clés. L’institution chargée de piloter cette réponse nationale, la CENAREF (Cellule Nationale de Renseignements Financiers), a connu une transformation remarquable sous la direction de son Secrétaire exécutif, M. Adler Kisula.
En à peine deux ans, plusieurs avancées concrètes ont été enregistrées :
56 % des recommandations du GAFI ont déjà été mises en œuvre, selon les dernières déclarations officielles ;
La stratégie nationale de LBC/FT a été révisée et alignée sur les standards internationaux ;
La CENAREF a mené plusieurs campagnes de sensibilisation et de formation auprès des institutions financières, opérateurs économiques, notaires et professions non financières désignées (PNFD) ;
Une coopération renforcée a été établie avec les autorités judiciaires, la Banque Centrale, la Direction Générale des Impôts, la DGDA, l’ARCA, et d’autres régulateurs ;
L’institution a déclenché des poursuites judiciaires emblématiques, à l’image de l’affaire Mutamba, démontrant une volonté claire de traiter tous les cas, sans exception, ni protection.
Le rôle moteur d’Adler Kisula
Juriste de formation et expert en gouvernance publique, M. Adler Kisula a insufflé à la CENAREF une nouvelle dynamique fondée sur la rigueur, la transparence et la performance. Avant sa nomination, la CENAREF évoluait dans l’ombre. Aujourd’hui, elle est devenue une institution respectée, audible et proactive, aussi bien sur le plan national qu’international.
M. Kisula a su bâtir une crédibilité personnelle auprès des institutions partenaires, notamment le GAFI, le GIABA, l’Union africaine, et les représentations diplomatiques, en communiquant clairement sur les efforts entrepris et en plaidant pour un accompagnement technique renforcé.
Sa démarche inclusive, alliant réformes internes, résultats concrets, communication institutionnelle et coopération internationale, a permis de repositionner la RDC dans une trajectoire de sortie responsable de la liste grise.
Une course contre la montre
Cependant, le chemin est encore long. L’échéance d’octobre 2025, fixée par le GAFI pour constater les progrès, approche à grands pas. Et le message de M. Kisula est clair : sans une mobilisation politique forte et une implication de tous les acteurs – Parlement, gouvernement, secteur privé, médias, société civile – la RDC risque l’isolement financier, avec toutes ses conséquences : fuites des capitaux, isolement bancaire, hausse des coûts de transaction, et effondrement de la confiance.
Il est donc urgent de doter la CENAREF des moyens humains, financiers, logistiques et juridiques nécessaires pour parachever son travail. Le succès ne dépend pas uniquement de la bonne volonté d’un homme ou d’une institution, mais de la capacité d’un État à faire preuve de cohérence et de volonté politique.
Un enjeu de souveraineté économique
Sortir de la liste grise n’est pas une faveur accordée à la RDC, mais une responsabilité souveraine. C’est un acte de restauration de la confiance, une clé pour retrouver la fluidité financière internationale, attirer des investissements structurants, faciliter les partenariats bancaires transfrontaliers, et faire de la RDC une destination économique crédible et compétitive.
En assurant son retrait de la liste du GAFI, la RDC peut aussi revenir à l’essentiel : bâtir un modèle de gouvernance fondé sur l’intégrité, la transparence, et l’efficacité, au service de son développement et du bien-être de sa population.
À propos de l’auteur :
*Willy Lukanga est entrepreneur et analyste politique. Fondateur de Easy Cargo Freight International, il s’exprime régulièrement sur les questions de gouvernance, de justice, de leadership et de diaspora africaine.




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