Le mandat de Donald Trump ne sera pas de tout repos. Ni pour les Américains ni pour le monde entier. Il faut accepter de subir, durant les quatre prochaines années, les caprices d’un président homme d’affaires qui, malgré sa nonchalance vexatoire, sait très bien là où il va. Le slogan de campagne «America first» de celui qui a réussi un spectaculaire come-back à la Maison blanche, avec comme principal objectif d’achever une politique économique suprémaciste qui sous-tend une idéologie néo-fasciste basée sur la provocation et l’exacerbation de l’ego d’autrui
Entre 3500 et 4000 milliards de dollars US ! C’est ce

qu’aurait rapporté le voyage de Donald Trump en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar. Une tournée dans les principaux pays du Golfe qui est loin d’être une simple excursion diplomatique. Elle permet au président américain non seulement de parler business avec les rois et émirs du Golfe en signant des contrats à coups de centaines de milliards de dollars US, mais également de «se laver» de l’affront que lui ont fait subir dernièrement la Chine et les pays de l’Union européenne, en refusant de se plier à sa volonté et en réagissant promptement à ses droits de douanes par des mesures similaires dissuasives.
Mais ne nous trompons pas : malgré tous les reproches, Donald Trump impressionne plus d’un par sa franchise, lui qui ne cache pas que l’intérêt des USA et le sien propre sont le levier de tout ce qu’il entreprend, depuis qu’il a décidé de s’engager en politique. Une telle connaissance de la réalité de l’homme empêche de fonder de grands espoirs sur la possibilité d’une éclaircie pour la question de la stabilité régionale, de la guerre à Gaza mais aussi des négociations sur le nucléaire iranien.
On peut espérer tout au plus que les largesses des pays du Golfe et les «cadeaux», comme ce Boeing 747-8 d’une valeur de 400 millions de dollars US offert par le Qatar à l’administration Trump en remplacement des deux « Air Force One », devenus obsolètes, pousse Donald Trump à mettre la pression sur Israël pour desserrer l’étau sur l’enclave palestinienne et permettre l’entrée de l’aide humanitaire.
La diplomatie au service des affaires

Lors de son premier mandat, le président américain avait déjà choisi le golfe Persique pour son premier déplacement à l’étranger, se prêtant même à une danse du sabre à Riyad. Cette fois-ci, l’objectif officiel du voyage est d’encourager les échanges économiques entre les monarchies du Golfe et les États-Unis. Un forum d’investissement saoudo-américain a réuni de grands investisseurs américains, dont les PDG de BlackRock, Palantir ou encore IBM à Riyad, avec la partie saoudienne. Les mêmes conclaves ont été organisés à Abu Dhabi et à Doha avec les mêmes objectifs d’engranger des investissements colossaux capables de propulser une économie américaine rudement touchée par les premières mesures prises par D. Trump pour «corriger» les errements de son prédécesseur démocrate !
Les trois pays visités par le président américain sont un modèle de stabilité dans la sous-région mais également le symbole, avec l’Egypte et la Jordanie, d’un «vivre-ensemble» que Washington cherche à solidifier par les Accords d’Abraham permettant à son allié israélien de pacifier ses relations avec ses voisins arabes, quitte à sacrifier les Palestiniens à l’autel des intérêts américains dans une zone devenue un épicentre de la géopolitique et de la géoéconomie.
Le plan «Vision 2030» de l’Arabie saoudite en est un symbole. Consciente que la manne du pétrole n’est pas éternelle, la monarchie du Golfe multiplie les appels du pied aux investisseurs étrangers pour diversifier son économie. En 2023, le Fonds souverain saoudien a ainsi été le plus actifs des fonds au monde avec 31,5 milliards de dollars investis, selon le rapport annuel Global SWF.
La Trump Organization elle-même a fait des monarchies du Golfe sa nouvelle cible pour développer ses activités. Le mois dernier, elle a signé un contrat pour la construction d’un golf et des résidences de luxe au Qatar, et dévoilé les détails d’un gratte-ciel d’un milliard de dollars US à Dubaï, dont les appartements pourront être achetés en cryptomonnaies.
Pour ces immenses affaires à coups de milliards de dollars, la diplomatie, les questions des droits de l’homme et la politique sont reléguées au second plan. Certes, Trump déclare déployer de grands efforts diplomatiques qui vont de la guerre russo-ukrainienne au conflit indo-pakistanais, en passant par le Moyen-Orient, mais toutes ses démarches ne sont pas dénuéesd’ambitions économiques et financières plus qu’évidentes.D’ailleurs, c’est là l’une des cartes que détient le président américain pour mettre la pression sur ses vis-à-vis au Moyen-Orient où le dossier sur le nucléaire iranien est aussi traité en prenant en compte les craintes des monarchies du Golfe et d’Israël de voir Téhéran atteindre enfin ses objectifs de détention de l’arme nucléaire et de disposer de l’ultime moyen de dissuasion.
Il y a ensuite le dossier palestinien, qui fait l’objet d’intenses spéculations. Ces dernières années, l’Arabie saoudite et Israël s’étaient engagés sur une normalisation de leurs relations, mais l’attaque du 7 Octobre et la réponse israélienne ont balayé le processus diplomatique. La résistance du gouvernement israélien à envisager sérieusement de mettre fin à la guerre et de discuter d’un processus politique pour une solution à deux États rend la normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël presque impossible.
Signe que Donald Trump marche sur des œufs sur cette question, la tolérance qu’accorde Washington à Netanyahu de poursuivre sa croisade contre le Hamas la promesse que le président américain aurait faite à ses amis du Golfe d’annoncer, avant la fin de son mandat, la reconnaissance d’un État palestinien. Une information qualifiée sur X par un haut responsable israélien de «pure absurdité.»
Autant dire donc que la tournée de D. Trump en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar aura eu pour but de montrer que les USA continuent encore – et pour longtemps – de gouverner le monde en fonction de ce qu’ils considèrent comme des constantes dans leur politique étrangère et de leurs intérêts économiques, divisant les pays en amis et en ennemis. Une politique qui «instabilise» tous les pays excepté Israël que d’aucuns considèrent comme le 51ème Etat de la Fédération !











