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Entretien avec Gérard Bertolini, Directeur de recherche honoraire du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

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Même si certaines grandes entreprises ont fait leur preuve en Europe, il leur faut découvrir en Afrique des contextes radicalement différents, notamment concernant le financement, l’absence de savoir-faire local, la nécessité d’importer des technologies, etc. Autant de variables qui changent radicalement la donne et qui compliquent l’installation des multinationales.

Gérard Bertolini, Directeur de recherche honoraire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), explique pourquoi les réussites européennes ne sont pas transposables sur le continent, sans préalables.

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« Le contexte africain diffère de celui de l’Europe »

 

AFRIMAG : Pourquoi les unités industrielles de traitement des ordures ménagères par méthanisation ne fonctionnent pas dans les pays en développement jusqu’à ce jour, alors qu’il en existe plusieurs dizaines en Europe ? Le passage à l’économie circulaire semble être pourtant une solution. N’est-ce pas ?

Gérard Bertolini, Directeur de recherche honoraire du Centre National de la Recherche Scientifique (en France) et auteurs de nombreux ouvrages sur les déchets.

Gérard Bertolini, Directeur de recherche honoraire du Centre National de la Recherche Scientifique (en France) et auteurs de nombreux ouvrages sur les déchets.

Gérard Bertolini : La méthanisation concerne les matières organiques fermentescibles, dont les déjections animales, les déchets agricoles et des industries agro-alimentaires, les boues d’épuration des eaux, et la part fermentescible des ordures ménagères.

En premier lieu, elle peut être pratiquée à la ferme ; ainsi, en Chine, la production de biogaz à la ferme, donc à petite échelle, a connu, d’assez longue date, un développement important, correspondant à des enjeux d’autonomie en énergie, pour la cuisson des aliments, l’éclairage et le chauffage. Plus récemment, le biogaz à la ferme s’est développé au Danemark, ainsi qu’en Allemagne.

S’agissant des unités industrielles, en Europe, le Danemark (qui a refusé le nucléaire par référendum et a fortement développé par ailleurs son énergie éolienne) a également été un précurseur, et l’Allemagne est, de loin, le premier producteur de biogaz, devant le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et, au cinquième rang, la France, après diverses déconvenues.

Dans les ordures ménagères, seule la fraction fermentescible est concernée ; cela signifie qu’il faut d’abord trier les «matières sèches» recyclables. Dans l’Union européenne, plusieurs Directives ont conduit au développement de la méthanisation : outre des objectifs en matière de recyclage, mise en décharge réservée aux déchets dits «ultimes» et interdiction progressive de mise en décharge de déchets fermentescibles, ceci pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment de méthane.

En Afrique, les déchets agricoles, d’élevages et d’industries agroalimentaires sont assez importants et la composition des ordures ménagères, comportant une part importante de fermentescibles, apparaît favorable ; cependant :

  • il faut tout de même trier plus avant les «matières sèches», à recycler autant que possible ;
  • à l’échelle industrielle, des investissements assez importants sont requis ; équipements importés ? Et qui investira ?
  • des savoir-faire également sont requis : spécialistes venant d’autres pays ou formation de techniciens africains ?
  • quels seraient les utilisateurs du biogaz produit ? Serait-il transformé en électricité ? Quels prix de revient et prix de vente possibles ? Des études économiques, tenant compte des situations locales, sont indispensables.

Si dans les pays développés gestion des déchets fonctionne, c’est qu’ils s’inspirent les uns des autres. Les pays du Nord à travers leurs multinationales ont remporté de grands contrats partout en Afrique par le biais généralement des PPI. Mais rares sont les succès. Comment l’expliquez-vous?

Les multinationales du déchet venues du Nord ne donnent guère satisfaction en Afrique, notamment en raison d’un «mimétisme» vis-à-vis de ce qu’elles font au Nord, d’un défaut de connaissance et d’adaptation aux réalités du Sud, alors que :

  • la production, la composition et les conditions de collecte des ordures ménagères accusent de grandes différences;
  • les capacités de financement ne sont pas les mêmes ; dans la plupart des pays africains, elles sont beaucoup plus faibles ;
  • s’y ajoutent de grandes différences d’ordre socioculturel, le problème n’étant pas seulement d’ordre technico-économique.

Cela conduit également à devoir prendre en compte les réalités de chaque pays, voire de chaque région.

L’espoir est à placer dans deux directions :

  • l’émergence, au Sud, de sociétés (sociétés privées ou municipalités) qui, bien que connaissant assez intimement les réalités du Nord, garderaient un «esprit de contingence», afin de les confronter et d’adapter les solutions aux réalités des pays du Sud ;
  • dans des transferts de connaissances et de solutions entre pays du Sud, ce qui appelle une coopération Sud-Sud renforcée.

 

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Gérard Bertolini, Directeur de recherche honoraire du Centre National de la Recherche Scientifique (en France) et auteurs de nombreux ouvrages sur les déchets.

 

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