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Bénin : Gestion des déchets, une action inefficace et statique depuis 1990

Les cités béninoises sont riches en diversité socioculturelle et en opportunités économiques mais partagent un mal commun dans la gestion urbaine de l’adressage, de la mobilité, de l’éclairage public, de l’assainissement liquide et solide.

Plus spécifiquement, elles sont de riches laboratoires d’exemples de mauvaise maitrise de la gestion des ordures ménagères depuis la fin des années 80. Pourtant, l’arsenal juridico- institutionnel du secteur des déchets est suffisamment étoffé́ et encadré par :

– les articles 65 à 73 du titre IV de la loi-cadre sur l’environnement complétés par trois (03) décrets portant respectivement gestion des déchets solides, qualité des eaux résiduaires et gestion des huiles usagées en République du Bénin ;

– les institutions en charge de la mise en œuvre de la politique environnementale nationale, à savoir le ministère du Cadre de vie et du développement durable (MCVDD) et l’Agence béninoise pour l’environnement (ABE).

A cela s’ajoute pour l’opérationnalisation du secteur les stratégies, politiques et programmes nationaux, notamment la stratégie nationale sur la gestion des déchets solides et la stratégie nationale pour le traitement des eaux usées au Bénin, qui sont déjà étayées aujourd’hui par des business plans.

Par Christian Adda, Directeur Général DSID Bénin

Christian Adda, Directeur Général DSID Bénin

Cependant, selon le rapport du Cadre de gestion environnementale et sociale (CGES) de juillet 2012 du Projet d’urgence de gestion environnementale en milieu urbain (PUGEMU) les maux qui rendent invisible ce cadre juridico-institutionnel sont la lourdeur administrative pour répondre aux sollicitations des communautés, le refus d’appliquer les textes existants et la mauvaise coordination institutionnelle. En outre, les programmes se sont suivis à coup de milliards sans toutefois aboutir à des résultats visibles et de nombreux efforts pour résorber le problème par des gouvernements successifs depuis 2000 n’ont pas limité l’ampleur des désagréments qu’engendre cette situation de mauvaise gestion des déchets.

Résultat, les taux de collecte et d’évacuation restent toujours faibles : au début des années 2000 par exemple, le taux d’évacuation des déchets sur toute l’étendue du territoire béninois ne dépassait guère 17% avec 39% en milieu urbain et 3% en milieu rural. Aujourd’hui, nous sommes à 10% de déchets collectés dans les communes du Grand Nokoué que sont : Cotonou, Porto-Novo, Sèmè-Podji, Ouidah et Abomey-Calavi, avec plus de 385 000 tonnes de déchets produits chaque année par une population estimée à 2,3 millions d’habitants (www.24haubenin.info, L’information en temps réel). Dans le même ordre d’idée, force est de constater que la propreté de 99% des quartiers de nos villes est restée inacceptable pour faire jouir du Bénin sa notoriété de porte d’entrée des villes de la CEDEAO, exception faite des artères principales qui sont bien entretenues.

C’est à se demander si le rôle de la décentralisation, la gestion locale, initiée depuis le début des années 2000 ne porte pas ses fruits ? En effet, le rôle des collectivités locales s’est certes renforcé grâce à la décentralisation mais l’organisation du secteur, son équipement, ses ressources qualifiées et son financement sont les faiblesses de son efficacité et de la globalisation, quand bien même on note des quartiers propres comme Cadjèhoun, Haie vive, les Cocotiers, la zone des villas autour de la Marina jusqu’à Erevan à Cotonou.

En réalité, l’activité de gestion des déchets ménagers et assimilés est un secteur complexe au Bénin et diversifié et comprend aussi bien les pré-collecteurs et récupérateurs individuels informels que de petites entreprises ou ONG règlementaires qui offrent des services à petite échelle, de manière organisée et responsable. Toutefois le secteur est une soupape de survie pour ces deux types d’acteurs (formels et informels) et des efforts restent encore à fournir car certains des éboueurs vont déverser comme remblais de propriété en zone inondable les déchets pré-collectés sur la demande de leurs propres habitants. Tous ces comportements accroissent les risques de pathologie que provoquent les déchets solides ménagers. A ce titre, des études effectuées par Aïssi, (1992) ont révélé que les puits de Cotonou sont infiltrés pour la plupart par les lixiviats des déchets solides (enfouis dans le sol) et par les déchets liquides et matières fécales. Ainsi étant donné la faible profondeur de la nappe phréatique (oscillant entre 0 et 2 m), sa contamination par ces déchets est immédiate.

Fort de cela, le gouvernement du Président Patrice Talon à travers son Programme d’actions du gouvernement (PAG) a annoncé lors de l’un de ses conseils des ministres en mars 2017, l’engagement et la décision ferme de « régler définitivement la problématique de la gestion des déchets solides ménagers dans le grand Cotonou » en décidant de passer à la vitesse supérieure.

Raymond Adekambi, Directeur général de Agetip Bénin en discussion avec le PDG de SOMAGEC, Roger Sahyoun, et leurs collaborateurs, au bord de la lagune de Cotonou au sujet du projet de valorisation des berges de la lagune.

Raymond Adekambi, Directeur général de Agetip Bénin en discussion avec le PDG de SOMAGEC, Roger Sahyoun, et leurs collaborateurs, au bord de la lagune de Cotonou au sujet du projet de valorisation des berges de la lagune.

Le premier jalon important posé a été la réalisation de diverses infrastructures de gestion de déchets destiné à la région du Grand Nokoué, et visant à lutter contre l’insalubrité et promouvoir une gestion plus efficiente des ordures. Cette initiative qui entre dans le cadre du Projet d’urgence de gestion environnementale en milieu urbain (PUGEMU) est matérialisée par un financement de la Banque mondiale. Ces infrastructures composées de trois centres de transfert modernes, de 50 points de regroupement constitués de quais de vidage des déchets et de plateforme de chargement en béton armé, ainsi que des matériels roulants (ampliroll) sont estimées à un coût global de 5,5 milliards de francs CFA, remis en janvier 2018 aux maires des communes concernées par le ministre du Cadre de vie et du développement durable, José Tonato.

C’est dire que si le gouvernement et les acteurs locaux ne trouvent pas des priorités d’action concrètes et à court terme pour libérer nos villes de ce contexte, qui se complique d’avantage à cause de l’installation anarchique et incontrôlée des populations dans des zones non viables en bouchant les bas-fonds de déchets et en construisant des habitats de fortune sur des amas de déchets, la situation évoluera inévitablement vers des coûts de dégradation de l’environnement irréversibles et néfastes pour les citoyens béninois.

 

Par Christian Adda, Directeur Général DSID Bénin

 

Bio-express

Christian Adda est Ingénieur en procédés industriels, spécialisé dans le génie énergétique et environnemental

Christian ADDA assure aisément un programme d’investigation, de collecte de données et d’ingénierie : campagne de terrain, gestion technique, audit, conception, design et dimensionnement. La société, DSID Bénin, qu’il dirige a une large connaissance de conduite de projet d’envergure en prenant en compte toutes les contraintes, les normes nationales et internationales (SFI, EN, ISO, etc.) et réglementations applicables pour une mission d’études, de supervision des travaux de construction et de réalisation des travaux.

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