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Eric Kacou, Co-Founder & CEO Entrepreneurial Solutions Partners (ESPartners)

Eric KacouSelon Eric Kacou, trois principaux leviers doivent être activés pour une émergence réussie : la participation du secteur privé, le renforcement du capital humain et des interventions sectorielles ciblées.

La Côte d’Ivoire pèse pour 39% de la masse monétaire de l’UEMOA et est la deuxième puissance économique de la CEDEAO, après le Nigeria. Pour sa part, le Maroc a connu une phase de développement économique substantielle, fruit d’une stratégie bien conçue et d’efforts soutenus. Un partage de l’expérience marocaine avec la Côte d’Ivoire, qui est aujourd’hui engagée dans un processus similaire ne peut être que fructueux.

L’investissement crée de la richesse s’il s’inscrit dans une collaboration 

 

AFRIMAG : Le président Alassane D. Ouattara de Côte d’Ivoire vient d’effectuer une visite d’Etat au Maroc. Les deux pays sont leaders dans leur région en matière de développement économique. Que peuvent-ils faire ensemble pour la transformation rapide du continent ?    

Eric Kacou : Un partenariat Maroc-Côte d’Ivoire efficace pourrait être un levier efficace de développement pour toute l’Afrique. L’importance de ces deux nations dans leurs sphères d’influence respectives -Maghreb et Afrique Occidentale- n’est plus à démontrer.

D’une part, la Côte d’Ivoire représente 39 % de la masse monétaire ouest-africaine, c’est la 2ème grande économie de la CEDEAO après le Nigeria et en termes d’intégration économique la Côte d’Ivoire, membre de l’UEMOA et de la zone franc, est le centre des activités économiques et commerciales de la sous-région.

Quant au Maroc, c’est la 5ème puissance économique d’Afrique. C’est aussi un bastion de stabilité, de progrès et de croissance dans un Maghreb fragilisé par la montée de l’islamisme.

Tous ces faits soulignent à quel point ensemble, ces deux pays peuvent jouer un rôle en Afrique, notamment en Afrique francophone du fait de leur intégration régionale et panafricaine.  

Fondamentalement, la transformation rapide du continent passe par l’investissement privé.  C’est cela dont a besoin l’Afrique en priorité. Ce besoin peut être assuré par ces deux pays : ce sont des plateformes africaines pour l’investissement et ce dans divers secteurs d’activités.

Le Maroc investit 85% de ses IDE en Afrique, juste après l’Afrique du Sud. En outre, ses champions économiques nationaux comme Attijariwafa Bank, Sothema pour l’industrie pharmaceutique ou même des PME investissent en Afrique subsaharienne (par exemple, la PME IB Maroc dans le secteur des nouvelles technologies).

Il en va de même pour la Côte d’Ivoire, où les investissements privés restent de plus en plus privilégiés dans la région. Ces échanges favorisent des relations intra-africaines cruciales pour le développement.

En développant leurs échanges, comme le permet le forum, ces deux pays coalisent des vecteurs importants de développement économique.                  

 Un Forum économique maroco-ivoirien sous le thème : « Maroc-Côte d’Ivoire : une dynamique de co-émergence en marche ». Quels sont les leviers sur lesquels ces deux pays doivent s’appuyer pour réussir leur co-émergence ?    

A mon avis, trois principaux leviers doivent être activés pour une émergence réussie : la participation du secteur privé, le renforcement du capital humain et des interventions sectorielles ciblées.  

Une participation active et citoyenne du secteur privé permet d’offrir des solutions réelles à des problèmes majeurs et quotidiens. Le rôle du secteur privé est fondamental pour la création d’emploi, en particulier auprès des jeunes. Ainsi, le contrat remporté par le groupe marocain Addoha en Côte d’Ivoire pour construire des logements sociaux va créer de nombreux emplois.

Ensuite, le capital humain est à la fois source et finalité. En effet, les ressources humaines qualifiées sont nécessaires pour la création de valeur. Les secteurs éducatif et sanitaire sont critiques pour la prospérité. Un exemple intéressant est la holding marocaine Saham, très présente en Côte d’Ivoire dans le domaine de la santé avec Saham Pharma.

Enfin, c’est par le biais des actions sectorielles que l’émergence se concrétise et se développe dans divers tissus d’activité. Le Maroc est ainsi très présent dans divers secteurs en Côte d’Ivoire, comme les BTP (avec Addoha) ou l’agriculture (avec OCP : Office chérifien des phosphates).

Conjugués ensemble, ces trois vecteurs peuvent catalyser une co-émergence des deux nations.

Que peut offrir le Maroc, pays qui, en 15 ans a totalement changé sa face, à la Côte d’Ivoire en matière de développement économique et social ?    

Le Maroc a connu une phase de développement économique substantielle fruit d’une stratégie délibérée et d’efforts soutenus. Un partage de l’expérience marocaine avec la Côte d’Ivoire, qui est aujourd’hui engagée dans un processus similaire ne peut être que fructueux.

Ce partage doit s’inscrire dans une dynamique où entrepreneurs marocains et ivoiriens co-investissent. Il ne s’agit pas d’investir de manière traditionnelle mais d’investir ensemble, selon une forme partenariale.

Les deux Etats ont beaucoup de choses à s’apprendre mutuellement, et c’est par le transfert de connaissances, l’intégration et l’échange que le Maroc peut offrir à la Côte d’Ivoire son expérience.

Dans cette dynamique, le forum est une excellente initiative pour appliquer ce partage. Ce genre d’opportunités est à multiplier, dans divers secteurs et à différentes échelles.   L’investissement crée de la richesse s’il s’inscrit dans une collaboration.

Concrètement, je pense que la Côte d’Ivoire pourrait s’inspirer de l’expérience du Maroc concernant l’accès au financement des PME. En Côte d’Ivoire, les banques commerciales sont en surliquidité (autour de 7 milliards de dollars), alors que les PME, maillon primordial de l’économie, n’ont pas accès au crédit (« le missing middle »).

C’est un défi qu’a relevé le Maroc avec des initiatives fortes portées notamment par les programmes spécifiques de l’Agence nationale de promotion des Petites et moyennes entreprises et qu’entreprend de relever progressivement la Côte d’Ivoire.                  

Que pensez-vous d’un accord de libre-échange entre le Maroc et les pays de l’UEMOA ? Les accords de libre-échange sont seulement une porte d’entrée, ils ne suffisent pas à produire l’échange, résultat final qui reste primordial. Pour qu’un accord de libre-échange crée de la valeur, il doit impliquer des stratégies concrètes d’activation.

Cette mise en œuvre réelle s’observe aujourd’hui dans les relations entre la Côte d’Ivoire et le Maroc, comme le met en exergue le Forum économique maroco-ivoirien.  

Sans coopération concrète, un accord de libre-échange est vain. Son rôle est d’insuffler une dynamique permettant de passer d’une permission d’exporter à des exportations réelles.

Au vu de l’expérience rwandaise dont vous êtes familier, quels leviers doivent actionner les pays sortant d’une décennie de crise politique grave tels que le vôtre, la Côte d’Ivoire?   Les trois clés de la métamorphose rwandaise sont : une vision claire et partagée, un renforcement des capacités institutionnelles et une ouverture économique réelle.

La bonne nouvelle est que la Côte d’Ivoire a déjà commencé à actionner ces trois leviers. Premièrement, disposer d’une vision claire est fondamental pour un pays sortant d’un conflit. Le Rwanda s’est progressivement relevé et développé sur la base de la Vision 2020 ; la Côte d’Ivoire dispose quant à elle d’une vision étroitement liée à l’émergence, avec les programmes du Plan national de développement (PND) contribuant concrètement à l’application de cette vision.

Deuxièmement, lors d’un conflit, les institutions font partie des véritables victimes très souvent oubliées. Leur rétablissement et leur renforcement sont donc cruciaux pour reprendre la route. Or, ce processus prend du temps. La Côte d’Ivoire a entrepris ce processus, mais c’est un travail de longue haleine, qui se construira sur les 10-15 années à venir.

Enfin, le troisième facteur clé est l’ouverture économique. Ici, le leadership ivoirien en matière de diplomatie économique est à saluer. Dans cette mesure, le forum actuel, sur le modèle de la diplomatie économique, est une formidable opportunité d’apprentissage.  

Pour conclure, je tiens à souligner qu’il n’y a pas de leçon à donner. La Côte d’Ivoire a déjà emprunté le chemin de l’émergence. Il est long et difficile mais je crois que le pays est sur la bonne voie.

Quand il s’agit de l’Afrique ;  les économistes de développement ne parlent que de la réduction de la pauvreté. Qu’en est-il de la création de richesse sur  ce continent ?  

Le seuil de pauvreté est aujourd’hui établi à 2.25 dollars par jour. La triste réalité est que passer de 2 dollars à 3, voire même 5 dollars par jour ne fait pas d’un pauvre quelqu’un qui sort du cycle de survie.

Vous avez donc raison de suggérer que l’approche actuelle des économistes de développement axée sur la réduction de pauvreté a des carences majeures et est donc insuffisante

Ma conviction intime est que l’entrepreneuriat est la seule véritable solution pour la création de prospérité. Cependant, il faut dissocier l’entrepreneuriat de survie de l’entrepreneuriat créateur de prospérité.

Ce constat est d’ailleurs à la source de la création de ma firme. Mon équipe travaille à développer ce tissu entrepreneurial, porteur d’une réelle valeur ajoutée.

Ici la clé est la provision de ce que j’appelle le Capital Intelligent ; la bonne combinaison de capital ainsi que la stratégie et les compétences.

Les PME en font partie tout comme les grandes entreprises qui réussissent à intégrer autour d’elles des chaines de valeur inclusives.

Bio-express

Eric Kacou est co-fondateur et Directeur General d’Entrepreneurial Solutions Partners (ESPartners), un groupe de conseil et d’investissement. ESPartners offre le Capital Intelligent aux entrepreneurs et leaders à travers l’Afrique et les Caraïbes.

Auteur d’Entrepreneurial Solutions for Prosperity in Bop markets, Eric a été honoré par le Forum économique mondial comme Young Global Leader, par l’African Leadership Institute comme Tutu Fellow. Eric a obtenu son MBA à la Wharton School et son MPA à la Harvard Kennedy School comme Mason Fellow.

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