La dette publique des États-Unis a dépassé pour la première fois la barre des 40 000 milliards de dollars, selon les données publiées mercredi 19 août par le ministère américain des Finances. Après la dernière émission de bons du Trésor, mardi, l’encours atteint 40 047 milliards de dollars, gonflé par les emprunts liés à la santé et à la sécurité sociale ainsi que par la charge croissante des intérêts.
Le rythme est plus rapide que prévu : le Bureau du Congrès pour le budget (CBO) tablait jusqu’ici sur 39 400 milliards de dollars à la fin de l’année. Pour calmer les marchés, le Trésor a annoncé mercredi un renforcement de ses rachats d’obligations à long terme dès septembre.
Des coûts d’emprunt au plus haut depuis 2007
Le contexte n’aide pas. Les inquiétudes liées à l’inflation, alimentées par le conflit au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie, ont porté les coûts d’emprunt à des niveaux inégalés depuis des années. Mardi, le rendement des bons du Trésor à 30 ans a atteint son plus haut depuis 2007. L’État doit donc dépenser davantage pour se refinancer, ce qui alourdit mécaniquement l’endettement. L’annonce mercredi de rachats élargis d’obligations à long terme a rassuré les investisseurs et détendu les taux, au moins à court terme.
Un déficit de 6 à 7 % du PIB qui rend les marchés « nerveux »
« Il est bien connu que l’État fédéral a un rythme de déficit qui n’est pas soutenable », a souligné Jessica Riedl, spécialiste du budget à la Brookings Institution. La dette du pays a plus que doublé depuis la crise financière de 2008 et représente désormais près de 125 % du produit intérieur brut (PIB). Là où des déficits de 3 à 4 % du PIB suffisaient autrefois à alerter les marchés financiers, les niveaux actuels avoisinent 6 à 7 %. « Cela a rendu les marchés plus nerveux », a-t-elle ajouté.
Le cap franchi a aussitôt alimenté la polémique politique. « Le président avait promis de rembourser la dette durant son premier mandat. Nous savions tous que c’était un mensonge. Au lieu de ça, il l’a laissée filer à 40 000 milliards de dollars pendant que lui et sa famille engrangeaient des milliards », a dénoncé le sénateur démocrate Mark Kelly sur X. « Le Congrès doit maîtriser les dépenses et ÉQUILIBRER LE BUDGET. Les Américains méritent mieux », a réagi de son côté le sénateur républicain Rick Scott. Donald Trump avait pourtant fait de la réduction du déficit annuel une promesse de ses deux mandats.
L’objectif des 3 % s’éloigne
Le ministre des Finances, Scott Bessent, affichait pour objectif de ramener le déficit à 3 % du PIB. Il s’est au contraire creusé ces derniers mois, notamment sous l’effet du remboursement aux entreprises des droits de douane annulés par la Cour suprême en février. Les réductions d’impôts et les dépenses militaires, en particulier liées au conflit avec l’Iran, ont aussi englouti plusieurs milliards de dollars.
Un signal psychologique plus que financier
Les analystes rappellent toutefois qu’aucun niveau d’endettement rapporté au PIB ne déclenche mécaniquement une crise, et que la dette détenue par le public, qui exclut les créances entre administrations fédérales, reste l’indicateur le plus suivi. « Mais d’un point de vue psychologique, ce sont ces repères qui alertent les marchés financiers sur la nécessité de se pencher à nouveau sur la hausse de la dette », estime Jessica Riedl. Les emprunts fédéraux avaient déjà bondi lors de la crise financière de 2007-2009, puis lors de la récession provoquée par le Covid-19, rappelle à l’AFP Caleb Quakenbush, directeur de la politique budgétaire au Bipartisan Policy Center. Selon lui, ni le Congrès ni les administrations successives n’ont traité la trajectoire des dépenses de manière « significative ou durable ». De quoi poser de sérieux problèmes si une nouvelle crise venait à frapper l’économie américaine.
Avec AFP





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