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Financement des infrastructures logistiques : vers des solutions de plus en plus innovantes

Devant le coût élevé des infrastructures, les pays africains sont obligés d’adopter de nouvelles solutions de financement. A côté du financement basé sur la coopération internationale, l’émission d’obligations d’Etat d’un nouveau genre et la contribution des fonds d’investissement africains sont de plus en plus prisées.

 

Tanger MedEn 2006, la clairvoyance des autorités marocaines a été telle, que le royaume chérifien s’est lancé dans un projet pharaonique de construction d’un port de transbordement à Tanger, au Nord du pays. Le pari a été loin d’être gagné pour plusieurs raisons. Le pays venait d’ailleurs d’abandonner un projet de construction d’un port sur l’Atlantique toujours à Tanger. En effet, les experts avaient alors estimé que le projet Tanger Atlantique allait simplement être un gouffre financier, sans aucune possibilité de rentabilité. Pourquoi alors se lancer dans un projet fou de construction d’un ouvrage en face de l’un des plus grands ports de transbordement de la route Asie-Europe, à savoir Algesiras ?

L’histoire a pourtant donné raison aux concepteurs du projet Tanger Méditerranée. Car, moins d’une dizaine d’années plus tard et seulement après cinq années d’exploitation, Tanger Med supplante son rival, Algesiras. La phase 2 du projet est d’ores et déjà lancée, parce que le port tourne à sa capacité maximale et refuse même des conteneurs.

Un tel projet n’aurait jamais pu voir le jour, n’eut été l’ingéniosité financière qui a aidé à sa genèse. En effet, l’Etat marocain seul n’aurait pas pu apporter les 82 milliards de dirhams (environ 7,8 milliards d’euros) cumulés nécessaires à son développement. Il a simplement créé une société anonyme dans le tour de table de laquelle on retrouve aussi bien le Fonds Hassan II, l’Etat marocain et la CDG (Caisse de dépôt et de gestion). Néanmoins, il a nécessité l’intervention de fonds de pays partenaires, notamment ceux du Golfe. Le financement de ce projet s’avère donc être à la fois un modèle de coopération multilatérale, mais aussi de partenariat public-privé.

Ce que le Maroc a réussi dans le domaine des infrastructures maritimes, en particulier et de la logistique en général, certains pays y sont parvenus et beaucoup d’autres comptent bien le faire pour relever le défi de la logistique. Cependant, il se trouve que “les interventions traditionnelles des bailleurs de fonds sont insuffisantes pour combler les besoins de capital pour financer les infrastructures en Afrique”, soulignent les experts de la Banque africaine de développement (BAD). Selon eux, “les moyens traditionnels de mobilisation de ressources au niveau des pays, notamment par le biais de la fiscalité, font face à des défis particuliers. Le Sénégal peut être cité en exemple avec la construction de l’Aéroport international Blaise Diagne qui a nécessité la mise en place de taxes aéroportuaires trop contraignantes. Mis en place par le régime d’Abdoulaye Wade, ces prélèvements fiscaux sur le billet d’avion ont tous fini par être abandonnés par le gouvernement de MackySall. En effet, ils constituaient un véritable frein au développement du tourisme qui a vu sa part de marché fondre comme neige au soleil. Conséquence, l’Afrique comme le reste du monde expérimente un changement de direction dans sa stratégie de mobilisation de fonds pour le développement”, notent les mêmes experts. Et d’ajouter que: “le continent se tourne de plus en plus vers les marchés des capitaux locaux et globaux, pour accéder à de nouvelles ressources financières”.

AFC, Africa 50 : Emergence de fonds africains

Dans la recherche de nouvelles sources de financement, certaines pistes sont clairement identifiées et donnent des résultats probants. L’une des plus grandes avancées pour le continent est la mise en place de fonds d’investissement et de financement dédiés exclusivement aux infrastructures. C’est le cas de l’Africa Finance Corporation (AFC), fonds basé au Nigeria et intervenant sur tout le continent d’Est en Ouest et du Nord au Sud. AFC avait été lancé avec un capital initial de 1,1 milliard de dollars. En moins de cinq ans d’existence, il est devenu une référence dans l’accompagnement des Etats à s’équiper en logistique en particulier et en infrastructures en général. C’est également dans cette même catégorie qu’il faut classer le Fonds Africa 50, basé à Casablanca Finance City et mis en place par la Banque africaine de développement. A l’image d’AFC, la BAD promet “flexibilité et aptitude à répondre en temps utile aux promoteurs”. Africa 50 devrait apporter aux privés désirant se financer à travers lui, aussi bien “l’appui que l’influence requis pour faire avancer les projets et surmonter les obstacles politiques”. De plus, ces fonds panafricains facilitent la coordination avec des parties prenantes africaines, “en apportant un large appui des pays sous forme de participation ou d’investissement, mais aussi par la mobilisation de ressources sur les marchés financiers et auprès des banques centrales d’Afrique”, souligne-t-on auprès de la BAD. Evidemment, sur le plan technique et financier, quand ces fonds interviennent, ils apportent les ressources nécessaires pour garantir la réussite des projets qu’ils accompagnent, notamment en mobilisant l’expertise requise pour interagir efficacement avec des promoteurs de classe mondiale. Il est clair que cette nouvelle piste de financement commence à donner ses fruits et devrait constituer l’un des principaux contributeurs dans l’équipement du continent en infrastructures. Le succès rencontré dépasse de loin celui des autres innovations que certains pays ont voulu essayer. C’est le cas notamment des financements obligataires en monnaie locale ou encore l’appel à contribution des migrants dont le potentiel reste à ce jour sous-exploité.

Bilan mitigé des obligations en monnaie locale

Pour réaliser leurs infrastructures, de nombreux pays africains ont essayé des émissions en devises locales. L’Ethiopie passe pour être l’un des plus importants émetteurs en monnaie nationale. L’Empire Biblique cumule désormais une longue expérience dans ce domaine, notamment avec la construction du gigantesque barrage Renaissance par l’Ethiopian Electric Power Corporation. Cette dernière a pu lever jusqu’à 400 millions de dollars au moment de son lancement, soit la plus importante somme jamais levée dans une opération de ce type sur le continent. Néanmoins, selon certains observateurs, l’opération souffrait de plusieurs imperfections. Parmi celles-ci, on cite notamment l’absence de marché de capitaux local bien organisé et mature, mais également le manque de transparence. De plus, l’opération n’a pas suffisamment été vendue à l’étranger sur le plan marketing. Et pour garantir le succès au niveau national, les promoteurs ont accordé un “discount patriotique bien trop important par rapport aux autres investissements complémentaires”. Il s’agit d’autant d’éléments qui tempèrent le succès d’une telle opération. Autre exemple, celui de l’Afrique du Sud qui a lancé plusieurs appels de capitaux, à travers l’émission d’obligations souveraines destinées au financement de réseaux de transport, mais aussi à l’énergie et l’eau. Certains aspects positifs ont naturellement pu être relevés. C’est le cas de son approche pragmatique en intégrant un élément diaspora, puisque les ventes spontanées permettaient la souscription des émigrés au-delà de la période définie initialement. De plus, le gouvernement sud-africain privilégie la collaboration avec le secteur privé pour le marketing et le placement. Néanmoins, dans les opérations successives, il est difficile de déterminer si la totalité des fonds collectés servent uniquement à financer les programmes annoncés initialement ou pas. Par ailleurs, l’émission en monnaie locale ne garantit pas la contribution des pays voisins du fait du cloisonnement des marchés de capitaux, y compris celui de l’Afrique du Sud par rapport à sa sous-région. Evidemment, une telle remarque n’est pas valable pour les pays de la Zone franc, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou encore le Mali et le Burkina Faso, pour ne citer que ceux-là. En effet, le marché régional ouest-africain ou de l’Afrique centrale commence à se dynamiser. On a pu enregistrer aux cours des dernières années plusieurs émissions obligataires servant essentiellement à soutenir l’effort d’investissement public.

Une expérience réussie dans les euro-bonds

Au cours des dernières années, les sorties sont de pays africains sur le marche international en devises, qu’il s’agisse du dollar (USD) ou de l’euro (EUR). Cependant, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. En effet, le pricing est lié à la perception du risque souverain et non aux projets sous – jacents. Ainsi, un pays comme le Sénégal a été contraint de payer 564 points de base comme prime de risque par rapport au Libor qui est le taux de référence de Londres, pour son émission obligataire de 2011. Pendant ce temps, le géant nigérian n’aura payé qu’une modeste prime supplémentaire de 347 points de base (pbs). La Namibie connue pour son aisance financière ne débourse que 290 pbs supplémentaire par rapport au Libor pour son émission faite durant la même période que le Sénégal et le Nigéria. Aujourd’hui, les pays africains sont de plus en plus tentés par les émissions obligataires en devises, leur permettant d’être confrontés au marché et d’expérimenter les meilleurs taux d’intérêts pour le financement de leurs infrastructures. Dans le même ordre d’idées, certains pays exploitent aussi le potentiel des 140 millions de migrants africains qui résident hors du continent. Selon les statistiques officielles des organismes internationaux, il y aurait jusqu’à 53 milliards de dollars épargnés par cette diaspora africaine dans son pays de résidence. Même en pleine crise financière mondiale, les envois de fonds ont été très soutenus, avec une croissance moyenne de 10,2% sur la dernière décennie. Aujourd’hui, les exemples existent d’émissions d’obligations spécialement destinées à la diaspora. A titre d’exemple, des pays comme l’Inde et Israël ont levé respectivement 11 et 30 milliards de dollars grâce à leur programme diaspora. Et sur le continent, le Ghana s’est appuyé sur l’Afreximbank, la Banque africaine dédiée au commerce international, pour lever quelque 40 millions de dollars garantis par le flux des transferts par Western Union.

 Tab

 

Aller vers plus de marketing

Il est clair que les solutions de financement existent, mais aucune d’elles ne peut être une réussite si les pays négligent les aspects marketing. En effet, ces opérations financières sont destinées à un marché très avisé qu’il faut convaincre en offrant plus de sécurité, mais aussi en communiquant le plus largement possible. Ainsi, offrir la garantie supplémentaire, ne serait-ce que de manière partielle, d’une institution financière comme la BAD ou la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) est toujours perçu comme un plus. A titre d’exemple, les Seychelles ont pu bénéficier d’une garantie qui couvre jusqu’à 10 millions de dollars au titre du paiement d’intérêt sur une émission obligataire du gouvernement en 2010 pour restructurer sa dette qui s’élevait à 320 millions de dollars.

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