L’Assemblée parlementaire de la Francophonie – APF – organisait sa cérémonie de vœux ce 14 janvier, l’occasion pour Amélia Lakrafi, sa Déléguée générale de s’adresser à l’ensemble des membres, partenaires et parties prenantes aux côtés d’Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger. La ministre en a d’ailleurs profité pour rappeler ses priorités pour 2026 : « renforcement de l’État de droit, accompagnement de la jeunesse francophone, développement de l’espace économique francophone, positionnement de la transition écologique comme combat commun.» On retiendra également qu’a été souligné avec force par chacun le rôle central des femmes et plus largement celui des sociétés civiles en Francophonie.
La cérémonie des vœux de l ’Assemblée parlementaire de la Francophonie a été comme chaque année le théâtre de l’attribution de l’Ordre de la Pléiade à plusieurs personnalités qui se sont distinguées par leur engagement en faveur de la francophonie. Parmi elles, Élisabeth Moreno, ancienne ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. La native de Tarrafal au Cap-Vert a dans son allocution de remerciement mis l’accent sur l’importance d’«une Francophonie citoyenne, une Francophonie des peuples» portée par la société civile à l’instar des organisations internationales et associations réunies au sein de la Conférence des Organisations Internationales Non-Gouvernementales de la Francophonie(COING).
Cet organe consultatif, représentant la société civile internationale organisée au sein de l’espace francophone a récemment vu accéder à sa tête Claude Musavyi, une personnalité à la fois attachante, diplomate et dynamique «né au Burundi et ayant passé l’essentiel de sa vie loin de son lieu de naissance ». Il nous livre sa vision des défis auxquels son équipe et lui entendent relever. Entretien.
AFRIMAG : Pouvez-vous en quelques mots nous rappeler les missions de votre organisation, la COING (Conférence des Organisations Internationales Non-Gouvernementales de la Francophonie), et son statut ? Quel est son apport à la promotion de la Francophonie ?
Claude Musavyi : La COING est l’instance officielle de représentation de la société civile internationale organisée auprès de l’OIF. Elle regroupe 127 OING et ONG réparties sur les 5 continents (et pour un grand nombre en interaction avec l’Afrique) et plus de 90 pays, actives dans des domaines aussi variés que l’éducation, la jeunesse, l’innovation, l’autonomisation économique des communautés, les droits humains, l’égalité femmes-hommes, la culture, l’environnement, la paix ou encore le développement durable.

Son statut est clairement défini depuis son inscription dans la Charte de la Francophonie en novembre 2005 : la COING est un organe consultatif, habilité à formuler des avis, des plaidoyers et des propositions à destination des États et gouvernements francophones, notamment dans le cadre du Conseil permanent de la Francophonie (CPF), des Conférences ministérielles (CMF) et des Sommets de la Francophonie.
Son apport essentiel à la promotion de la Francophonie réside dans une chose simple mais fondamentale : elle incarne la Francophonie des peuples.
La COING fait le lien entre les décisions intergouvernementales et les réalités de terrain. Elle apporte une expertise issue de l’action concrète, du vécu citoyen et de l’engagement associatif. Elle contribue ainsi à humaniser, territorialiser et rendre opérationnelle la Francophonie, en la reliant aux attentes sociales, économiques et culturelles des populations.
AFRIMAG : Trois mois après votre installation, quel état des lieux dressez-vous de la situation de la Francophonie ? Quels sont vos grands chantiers ?
Claude Musavyi : Mon premier constat est double. D’un côté, la Francophonie demeure un espace politique, culturel et linguistique unique, porteur de valeurs fortes : le multilatéralisme, la diversité culturelle, la solidarité, l’éducation, l’égalité et le dialogue. Elle est plus que jamais pertinente dans un monde fragmenté.
De l’autre, la société civile francophone – et notamment les OING /ONG – fait face à des défis majeurs : fragmentation des initiatives, difficultés de financement, reconnaissance encore insuffisante de son rôle stratégique et incontournable, et parfois un décalage entre les grandes orientations politiques et les réalités locales.
Aussi, il s’agira de redonner toute sa place à la société civile francophone organisée comme force de proposition, d’innovation et d’action collective, et non comme simple observatrice. Nous allons structurer des partenariats pluri-acteurs durables associant États, collectivités territoriales, universités, entreprises et OING/ONG, autour de priorités partagées. Notre méthode s’appuiera sur une Francophonie de projets, notamment à travers l’innovation collaborative portée par la jeunesse d’une part et la mobilité circulaire des talents dans l’espace francophone pour créer et innover ensemble d’autre part. Enfin, nous avons pour ambition de renforcer la crédibilité, la lisibilité et la gouvernance de la COING, afin qu’elle soit pleinement reconnue comme un acteur stratégique de l’écosystème francophone.
AFRIMAG : L’année 2026 sera marquée par le XXe Sommet de la Francophonie au Cambodge. Quel sera le rôle de la COING ?Claude Musavyi : Le Sommet de la Francophonie de 2026 sera un moment décisif, et la COING y aura un rôle clair et assumé.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, des fractures sociales et une crise de confiance envers les institutions, la COING porte une conviction forte : la Francophonie ne peut être uniquement institutionnelle ; elle doit être profondément citoyenne.
Notre rôle sera triple : porter la voix des sociétés civiles francophones dans les débats préparatoires et lors du Sommet ; formuler des propositions concrètes en matière de paix, de jeunesse, d’innovation collaborative, de mobilité des talents ou de finance responsable au service du développement durable ; mettre en avant une diplomatie citoyenne francophone, fondée sur la collaboration entre institutions et société civile, le dialogue et la coopération entre territoires.
AFRIMAG : La COING ne constitue-t-elle pas un cadre propice à un discours fraternel et juste dans un contexte marqué par des tensions mondiales ?
Claude Musavyi : Oui, la COING dispose indéniablement d’un atout stratégique : elle est le lieu où s’exprime une Francophonie des peuples, des territoires et des acteurs engagés, capable de dépasser les clivages politiques pour se concentrer sur l’essentiel : l’humain, la solidarité et l’avenir commun.
C’est cette Francophonie-là que nous voulons faire entendre au Cambodge : une Francophonie utile, inclusive et tournée vers l’action, au service de la paix et du développement durable.
Entretien réalisé par Gilles Djéyaramane





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