Le président sortant Recep Tayyip Erdogan est passé sous la barre des 50%. Il s’est dit prêt à un second tour face à son adversaire Kemal Kiliçdaroglu, arrivé deuxième avec environ 45% des voix.
AFP
Un second tour inédit semble se profiler dimanche soir en Turquie, suspendue aux résultats du dépouillement de l’élection présidentielle, qui donnent le président Recep Tayyip Erdogan au coude à coude avec son adversaire Kemal Kiliçdaroglu.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, donné en tête par les médias officiels en début de soirée dimanche, est passé sous la barre des 50% après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins, selon l’agence étatique Anadolu.
A 2h (1h en Suisse), le chef de l’Etat recueillait plus de 49% des voix sur environ 95% des bulletins dépouillés, selon Anadolu. Son principal adversaire Kemal Kiliçdaroglu était lui crédité d’environ 45% des voix. Même si ces chiffres sont encore susceptibles d’évoluer, pour le troisième homme de cette élection, Sinon Ogan, dissident du parti nationaliste MHP crédité d’environ 5% des voix, ces résultats ouvrent la voie à un deuxième tour le 28 mai. Ce qui constituerait une première pour la République turque, centenaire cette année.
Selon les autorités électorales, les plus de 1,5 million de votes à l’étrangers retardent les opérations de dépouillement.
Les deux candidats se disent prêts à un second tour
Recep Tayyip Erdogan a affirmé être «clairement en tête», mais il a reconnu qu’un second tour, dont il «respectera» l’issue, pourrait être nécessaire. «Même si les résultats ne sont pas encore publiés, nous sommes clairement en tête» a-t-il lancé devant une marée de supporters réunis au cœur de la nuit (2h30 locales, 1h30 en Suisse) à Ankara: «Nous ne savons pas encore si l’élection est terminée avec ce premier tour, mais si le peuple nous emmène au second tour, nous le respecterons», a-t-il assuré.
Le candidat de l’opposition Kemal Kiliçdaroglu, qui s’exprimait peu après son rival a lui également promis la victoire de son camp «au second tour». «Si notre nation demande un second tour, nous l’acceptons volontiers. Et nous allons absolument gagner», a-t-il lancé au cœur de la nuit, depuis Ankara, entouré des représentants des six partis de sa coalition. Le président Recep Tayyip «Erdogan n’a pas pu obtenir le résultat qu’il escomptait en dépit de toutes les insultes» proférées à l’encontre de son adversaire, a continué Kemal Kiliçdaroglu.
«Nous allons avoir 15 jours difficiles devant nous en cas de deuxième tour», a de son côté prévenu Sinon Ogan en refusant de dire quel candidat il soutiendrait.
Bataille des chiffres
Le pays a été suspendu toute la soirée à la bataille de chiffres engagée entre le président, longtemps donné en tête par les médias officiels, et son adversaire, qui revendiquait l’avantage.
Le chef de l’Etat de 69 ans avait dans un premier temps été crédité de plus de 52% des voix contre moins de 41% à Kemal Kiliçdaroglu, 74 ans, par l’agence étatique Anadolu. L’opposition a immédiatement dénoncé ces résultats: «Nous sommes en tête», a affirmé Kemal Kiliçdaroglu.
L’une des figures de l’opposition, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, s’exprimant au siège du parti «au nom de Kemal Kiliçdaroglu», a appelé «les citoyens à ne pas tenir compte des chiffres donnés par Anadolu».
A Istanbul, la mégapole de 16 millions d’habitants, les 20% des bulletins qui restaient à dépouiller pourraient aider Kemal Kiliçdaroglu à réduire l’écart. A Diyarbakir, la grande ville à majorité kurde du sud-est du pays, Kemal Kiliçdaroglu a obtenu plus de 71% des voix sur les quatre-cinquièmes des bulletins dépouillés, selon Anadolu.
Toute la journée, les urnes se sont remplies de grosses enveloppes couleur moutarde déposées par des électeurs qui ont parfois attendu plusieurs heures devant les écoles transformées en bureaux de vote.
Le taux de participation, semble-t-il proche de 90%, n’a pas été communiqué officiellement.
Le front uni de l’opposition
En jeu: le choix du treizième président de la République turque, qui fête son premier siècle, et l’avenir du chef de l’Etat qui espère se maintenir au pouvoir à l’issue de ce scrutin que les sondages avaient prédit serré. Les 64 millions d’électeurs devaient aussi choisir les 600 députés qui siègeront au parlement monocaméral à Ankara.
En 2018, lors de la dernière présidentielle, le chef de l’Etat l’avait emporté au premier tour avec plus de 52,5% des voix. Un ballotage constituerait déjà pour lui un revers.
Les électeurs sont principalement partagés entre un vote en faveur du président islamo-conservateur Erdogan, 69 ans, et pour Kemal Kiliçdaroglu, à la tête du CHP, le parti laïque de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne. Kemal Kiliçdaroglu emmène un front uni de six partis de la droite nationaliste au centre gauche libéral. Il a en outre reçu le soutien du parti prokurde HDP, troisième force politique du pays.
Recep Tayyip Erdogan se présente cette fois devant un pays usé par une crise économique, avec une monnaie dévaluée de moitié en deux ans et une inflation qui a dépassé les 85% à l’automne. Face à lui, Kemal Kiliçdaroglu a joué la carte de l’apaisement, promettant le rétablissement de l’Etat de droit et le respect des institutions, malmenées au cours des 10 dernières années par la dérive autocratique de Recep Tayyip Erdogan.





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