Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, la 14ᵉ édition des Atlantic Dialogues- 11 au 13 décembre – s’est ouverte à Rabat dans un contexte mondial instable. Durant trois jours, diplomates, chercheurs, anciens chefs d’État et experts internationaux y redessinent les contours d’un espace atlantique en pleine mutation, où le Maroc entend jouer un rôle pivot.
Le siège du Policy Center for the New South (PCNS), sur le campus de l’ Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) à Rabat, a résonné le 11 décembre d’un concert de voix venues des quatre continents.
Un rendez-vous devenu culture du débat
Pour cette 14ᵉ édition des Atlantic Dialogues, devenue au fil des ans «une culture» du débat structuré, comme l’a rappelé son Président exécutif Karim El Aynaoui, l’ambition est claire : comprendre les crises actuelles pour mieux proposer des réformes adaptées aux réalités contemporaines.
En présence du Conseiller de SM le Roi, André Azoulay, l’ouverture a donné le ton. «Un espace ouvert où nous pouvons discuter de manière constructive et raisonnable,» a insisté El Aynaoui, soulignant la continuité avec l’UM6P, véritable laboratoire intellectuel pour penser les mutations globales.
Neuf sessions plénières, vingt ateliers, des panels pointus : l’événement, qui attire désormais une communauté de plus de 2 000 participants depuis sa création en 2012, s’impose comme l’un des rares carrefours où se rencontrent les visions des quatre rives de l’Atlantique. Cette année, des thématiques encore peu explorées – comme la place géopolitique des corridors maritimes ou la protection des écosystèmes atlantiques – enrichissent la réflexion.
La conférence s’est ouverte par la présentation de la 12ᵉ édition du rapport Atlantic Currents, devenu une référence pour comprendre les tendances profondes du bassin atlantique. En parallèle, quarante jeunes cadres du programme ADEL poursuivent la tradition d’un dialogue intergénérationnel cher au PCNS.
L’Initiative Royale pour l’Atlantique : un tournant pour l’Afrique
Parmi les moments forts de cette édition, les débats consacrés à l’Initiative du Roi Mohammed VI visant à offrir aux États du Sahel un accès à l’Atlantique ont été particulièrement remarqués. Pour Peter Pham, figure du Atlantic Council, il s’agit d’«un tournant stratégique majeur.» En connectant les pays sahéliens aux routes commerciales atlantiques, l’Initiative royale transforme un vieux rêve continental en projet structurant, susceptible de reconfigurer l’économie et la géopolitique africaines.
Dans un monde travaillé par l’incertitude et les recompositions d’alliances, la Directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim, Nathalie Delapalme, a rappelé l’urgence pour l’Afrique de défendre ses intérêts, notamment sur le climat et l’accès à l’énergie. «Naviguer ensemble» devient, selon elle, le seul moyen d’accroître le poids stratégique du continent dans les forums mondiaux.
Cette vision est partagée par l’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, qui voit dans l’Initiative Atlantique de SM le Roi «une vision stratégique de long terme capable de transformer un espace fragmenté en région cohérente.» L’intégrité territoriale, la stabilité et la gouvernance prévisible en constituent les piliers. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui consacre l’Initiative d’autonomie marocaine comme seule base crédible pour le règlement de la question du Sahara, est selon lui un socle essentiel à la concrétisation des projets structurants en cours : Port Atlantique de Dakhla, corridor Dakhla-Sahel, Gazoduc Africain Atlantique ou encore corridors énergétiques destinés à la transition verte.
L’Atlantique Sud, nouveau centre de gravité géopolitique
L’édition 2025 confirme un basculement géopolitique majeur : l’Atlantique Sud est désormais perçu comme un centre névralgique des grands équilibres, tant économiques que stratégiques. Le Maroc se retrouve au cœur de ce mouvement, fort de sa position géographique et de son capital diplomatique.
Ce rôle a été illustré par le panel consacré à l’Amérique latine. Pour Federico Ramón Puerta, ancien Président argentin, le Maroc offre un cadre «idéal» pour rapprocher l’Afrique et l’Amérique latine. Une réalité déjà palpable à travers le renforcement des connexions aériennes, la coopération sectorielle et le potentiel de complémentarité économique. L’ancien Président équatorien Jamil Mahuad a également insisté sur la nécessité de nouveaux mécanismes de coopération Sud-Sud pour affronter les défis du commerce, des migrations ou du changement climatique.
La tenue des Atlantic Dialogues au Maroc matérialise ainsi une dynamique plus large : l’émergence d’un espace atlantique pluriel, où les pays du Sud entendent peser davantage dans les débats internationaux.
Les corridors maritimes, biens communs stratégiques
Autre enjeu central : la stabilité des corridors maritimes, véritables «autoroutes de la mer.» L’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne, Ahmed Réda Chami, a rappelé que plus de 90 % du commerce mondial y transite, ainsi qu’une large part des données numériques via les câbles sous-marins. Tanger Med, aujourd’hui l’un des plus grands ports du monde, joue un rôle clé, reliant le Maroc à plus de 70 pays et 180 ports.
Mais les défis sont nombreux : piraterie, tensions géopolitiques, dérèglements climatiques, dégradation des écosystèmes, inégalités de développement. Les panélistes appellent à une gouvernance plus inclusive, à l’innovation technologique et à une coordination multilatérale renforcée pour préserver ces biens communs mondiaux.
Vers une géopolitique atlantique intégrée
En filigrane de tous les débats, une idée s’impose : l’Atlantique n’est plus seulement un espace maritime, mais un concept stratégique en recomposition. Grâce à l’Initiative Atlantique du Maroc, l’ensemble africain s’affirme comme un «arc géostratégique» réunissant Sahel, Afrique de l’Ouest, Europe et Amériques dans un même élan de stabilité, d’énergie, de logistique et d’ambition climatique.
L’innovation — énergétique, alimentaire, sécuritaire — est appelée à jouer un rôle moteur pour renforcer la résilience d’un espace vulnérable aux chocs. L’objectif, selon Youssef Amrani, est clair : faire de l’Afrique «un acteur à part entière dans l’équilibre mondial des puissances,» doté d’une voix collective et d’une identité stratégique assumée.
Une plateforme de convergence au cœur d’un monde fragmenté
En un moment où le système international donne souvent l’impression de se déliter, les Atlantic Dialogues démontrent la pertinence d’un espace de coopération refondé, moins vertical, plus inclusif. Le Maroc, par sa position, sa diplomatie et ses projets structurants, se pose en catalyseur de cette dynamique.
En 2025, l’Atlantique n’est plus seulement une mer. C’est une promesse : celle d’un espace où Nord et Sud inventent de nouveaux équilibres, où les continents se rencontrent, et où l’interdépendance devient opportunité plutôt que vulnérabilité.





Maroc
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