Lundi matin, peu après 7 heures, la circulation était déjà dense sur l’axe Godomey-Cotonou. En moins de vingt-quatre heures, la capitale économique du Bénin a repris le visage d’une ville ordinaire, loin des images de coups de feu et de prise de contrôle de la télévision nationale qui ont marqué la matinée de dimanche avant que l’ordre soit rapidement de retour.
Une capitale qui n’arrête pas de vivre
Dans l’administration, la consigne était claire : retour au travail. Les ministères du centre-ville ont ouvert à l’heure habituelle, les agents se sont présentés comme un lundi normal, les réunions programmées ont été maintenues. Les établissements scolaires ont eux aussi assuré la continuité. Dans les écoles primaires de quartiers comme Akpakpa ou Saint-Michel, la cloche a sonné comme d’ordinaire. Les lycées et universités ont maintenu examens et contrôles, élément clé pour des familles qui redoutent toujours les retards de calendrier scolaire.
Sur le plan commercial, l’activité a également repris. Au marché Dantokpa, les camions sont arrivés au petit matin, les grossistes ont déchargé sacs de riz, cartons de denrées importées et ballots de friperie.
Le port et l’aéroport n’ont pas connu, ce lundi, de blocage majeur. Les poids lourds entraient et sortaient du port autonome, les vols programmés figuraient à l’écran dans le hall de l’aéroport de Cotonou. Là encore, la priorité semblait être de montrer que les infrastructures stratégiques fonctionnent.
Sécurité : vigilance renforcée, sans état d’urgence
La présence sécuritaire, elle, est plus visible qu’à l’ordinaire, mais sans tourner à l’occupation. Sur certains axes menant vers la présidence ou les casernes, des contrôles ponctuels sont effectués par la police ou la gendarmerie : vérification rapide, quelques questions, puis les véhicules repartent. Les militaires restent concentrés près des sites sensibles, rarement visibles dans les quartiers résidentiels ou commerçants.
Pour la majorité des Cotonois, le signe le plus concret de la sortie de crise est ailleurs : pas de couvre-feu, pas d’ordre de rester chez soi, pas de patrouilles massives dans les rues. Le message implicite est que l’épisode appartient déjà au passé et que la priorité du moment est que chacun puisse vaquer à ses occupations.
Condamnation politique unanime
L’autre différence avec d’autres crises régionales se joue sur le terrain politique. Dès dimanche, les partis ont multiplié les communiqués condamnant la tentative de prise de pouvoir par la force. Les formations de la majorité présidentielle ont dénoncé un «acte irresponsable» visant à «déstabiliser le pays.» Mais c’est la réaction de l’opposition qui a le plus retenu l’attention.
Les Démocrates, principal parti opposé au pouvoir, ont clairement rejeté l’option des armes, rappelant que leur combat se situe dans le cadre des règles démocratiques. D’autres partis d’opposition ont adopté des positions similaires, certains saluant même l’attitude des forces de défense et de sécurité restées fidèles à la chaîne de commandement.
Dans un paysage politique clivant, cette convergence de ton est notable. Elle participe à l’impression, dans l’opinion, que l’épisode de dimanche, loin de rouvrir la porte aux aventures militaires, a au contraire réaffirmé une ligne rouge largement partagée : le pouvoir ne se prend pas par un coup de force.
Confiance internationale renouvelée
Sur les marchés financiers, les investisseurs obligataires ont réagi immédiatement à la poussée de risque politique, comme on pouvait s’y attendre. Les eurobonds béninois ont cédé autour de 1,5 à 1,8 point sur les maturités longues avant de se stabiliser. La correction a été visible mais maîtrisée : le marché est resté liquide, l’écartement des spreads est resté sous contrôle et la courbe ne traduit pas une remise en cause durable de la signature béninoise. Autrement dit, les marchés ont corrigé le prix du risque dans l’instant, puis intégré assez vite que la tentative était circonscrite, que l’État avait repris la main en quelques heures et que rien, dans les fondamentaux, n’avait changé en deux jours.
C’est un point clé. Depuis plusieurs années, le Bénin consolide sa crédibilité macroéconomique en contenant ses déficits, en gérant sa dette de manière prudente, en mobilisant les marchés internationaux pour financer des infrastructures stratégiques et en affirmant Cotonou comme hub logistique du Golfe de Guinée. Le coup d’État manqué n’a pas interrompu ce cap, il en a servi de test grandeur nature. La réaction mesurée des marchés montre qu’un pays qui a travaillé sa réputation financière peut encaisser un choc politique ponctuel sans déclencher une envolée de sa prime de risque.





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