La résolution 2797 confirme la souveraineté du Maroc sur les Provinces du sud du Royaume et remodèle la géopolitique régionale.

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les conflits entre États ont souvent suivi un schéma récurrent : ils naissent, s’enlisent, et parfois se résolvent. Le politologue canadien Michael Brecher (crises in world politics, theory and reality Pergamon Press 1993) propose une lecture structurée de ce cycle à travers trois phases : l’apparition, la persistance et la résolution. Il démontre que les conflits ne surgissent pas par hasard, mais à partir de causes profondes, certaines concrètes comme les disputes territoriales ou les rivalités de pouvoir, d’autres plus abstraites comme les divergences idéologiques ou les tensions identitaires.
Le territoire demeure au centre des tensions prolongées, bien plus que le pouvoir ou les intérêts économiques, quant à la résolution, elle est rarement immédiate ; elle dépend de changements majeurs au niveau des structures de décision des protagonistes comme un changement de régime, au niveau diplomatique, stratégique (un nouvel ordre international) ou même l’épuisement des ressources d’un des protagonistes.
Certains conflits dits «gelés,» hérités des décolonisations et de la période post URSS, se caractérisent par l’absence de règlement politique durable en dépit de la cessation des hostilités, ils persistent dans un état de latence, traduisant un équilibre instable d’intérêts divergents. À la lumière de la théorie des jeux, ils peuvent être interprétés comme des conflits en état d’équilibre de Nash où chaque acteur préfère maintenir le statu quo plutôt que de risquer une escalade coûteuse et incertaine.
Bien que le conflit du Sahara présente certains traits des conflits gelés, il s’en distingue fondamentalement par sa nature :
primo il s’agit bien d’un conflit de décolonisation des provinces sahariennes revendiquées par le Maroc depuis 1958 (discours de Mhameed Al Guizlane de SM le Roi Feu Mohammed V) dans le cadre du parachèvement progressif de son intégrité territoriale par Feu SM le Roi Hassan II (Tarfaya récupérée en 1958, Sidi Ifni en 1969 et le Sahara en 1975), morcelée historiquement par plusieurs puissances coloniales – l’Espagne au Nord et au Sud, la France au Centre, tandis que Tanger fut placée sous statut international ;
secundo une continuité géographique, culturelle et ethnique profonde relie ces provinces au reste du territoire du Royaume, conférant à cette revendication une légitimité légale, historique, identitaire et territoriale que ne partagent pas les autres conflits gelés ;
tertio si les conflits gelés stagnent, avec l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 octobre 2025 le Maroc rompt l’équilibre de Nash et passe à une phase de suprématie stratégique.
La convergence des intérêts stratégiques des grandes puissances peut jouer un rôle déterminant dans la dynamique des conflits «gelés» issus de la décolonisation ou de la période post URSS.
Souvent le jeu des grandes puissances est associé à des États pivots ou relais régionaux qui attisent par procuration les frictions et les processus de sécession et de désintégration des Etats.
Dans ce contexte, il convient de rappeler certains stratagèmes fréquemment mobilisés par les États parrains d’entités non reconnues, qui vont de l’octroi de la citoyenneté d’un État tiers aux populations concernées, phénomène connu sous le nom de «passeportisation» à l’appui diplomatique et l’infiltration dans des organisations et conférences internationales, ou encore des campagnes de reconnaissance graduelle. À cela s’ajoutent des formes plus directes de soutien, telles que le financement, l’armement et l’encadrement politico-militaire.
Le cordon ombilical entre client-patron crée souvent une relation de vassalité pour l’entité non reconnue, qui voit sa marge de manœuvre diplomatique et politique limitée voire nulle dans la négociation d’un éventuel accord de paix, d’où la pertinence de négocier avec le parrain plutôt qu’avec l’entité vassalisée.
Les conflits gelés transcendent largement le cadre juridique, notamment le principe du «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,» souvent instrumentalisé comme levier d’influence ou comme cheval de Troie de projets hégémoniques.
Changement de cap de la diplomatie royale et mutations géopolitiques
Le conflit du Sahara marocain illustre de manière exemplaire la tension entre les principes du droit international et les réalités géopolitiques contemporaines. Ce différend a connu un tournant stratégique majeur en faveur du Royaume du Maroc depuis la présentation, en avril 2007, du Plan d’autonomie, salué par les Nations-unies comme une solution politique réaliste, crédible et durable. Ce repositionnement diplomatique s’est accompagné d’investissements massifs dans les provinces du Sud, d’une dynamique de développement soutenue, et d’une reconnaissance croissante de la souveraineté marocaine, notamment à travers l’ouverture de consulats étrangers à Laâyoune et Dakhla.
Ce changement de cap, conduit en mains de maitre par SM le Roi Mohammed VI, marque le passage d’une diplomatie de gestion à une diplomatie de transformation. Le Royaume a adopté une approche globale, qualifiée de diplomatie «totale,» rompant avec la doctrine de la rupture systématique (sorte de doctrine «Hallstein») envers les États reconnaissant l’entité séparatiste, et mettant fin à la politique de la chaise vide au sein de l’Union africaine.
En effet, la nouvelle stratégie diplomatique du Maroc, impulsée par SM le Roi Mohammed VI, s’appuie sur une approche de Smart Power, alliant habilement influence douce et fermeté. Elle place la défense de l’intégrité territoriale au cœur de ses priorités, notamment à travers la promotion du Plan d’autonomie pour le Sahara. Fort de ses atouts économiques, militaires et culturels, le Maroc affirme son statut de puissance régionale. Il déploie une diplomatie tous azimuts et une ligne de conduite résolue et ferme.
Cette transformation s’est traduite par une reconnaissance croissante de sa souveraineté sur son Sahara et un renforcement notable de son influence sur la scène régionale et internationale.
Cela n’aurait dû pas voir le jour sans la montée en puissance du Royaume, l’analyse des données quantitatives et qualitatives révèle que la puissance relative semble jouer un rôle crucial dans la suprématie diplomatique ; une corrélation positive a été observée entre la croissance de la puissance du Maroc (mesurée par l’indice Composite Index of National Capability -CINC -) et l’indice d’influence du Royaume en Afrique en particulier.
En effet, depuis 2016, les indicateurs de puissance relative indiquent un changement de cap : le Maroc bénéficie désormais d’un avantage stratégique par rapport à l’Algérie, tant en termes de diplomatie que d’attractivité économique. Cette inflexion coïncide avec l’élargissement du soutien international à son plan d’autonomie et avec la marginalisation progressive des séparatistes.
Par ailleurs, il sied de souligner que la perpétuation du conflit du Sahara, malgré le passage de la guerre froide à une détente entre les grandes puissances après la chute du mur de Berlin, s’explique dans une grande mesure d’une part par le fait que ce conflit est au cœur d’une rivalité de leadership régional ou l’Algérie veut s’ériger en hégémon du Maghreb et d’autre part par la fonction latente du conflit et la rivalité avec le Maroc comme régulateur politique et de légitimation interne pour l’Algérie ; l’analyse événementielle montre une corrélation forte entre crises internes du régime algérien et escalades avec le Maroc depuis la guerre de 1963 jusqu’au Hirak de 2019 suivi de la rupture diplomatique en 2021.
Une analyse quantitative couvrant six décennies de tensions algéro-marocaines met en lumière un constat révélateur : la montée en puissance de l’Algérie constitue un facteur déterminant dans l’alimentation des hostilités. Les données sont éloquentes : la corrélation entre l’accroissement de la puissance algérienne et l’intensification du conflit dirigé vers le Maroc atteint 0,55, contre seulement 0,38 dans le sens inverse. Autrement dit, plus l’Algérie se renforce, plus les tensions s’exacerbent, tandis que l’impact de la puissance marocaine sur la dynamique conflictuelle demeure relativement modéré. Cette asymétrie s’explique en grande partie par l’approche du Royaume du Maroc, incarnée par SM le Roi Mohammed VI, qui privilégie la légalité internationale, la retenue stratégique et la politique de la main tendue. Le Maroc convertit ainsi sa puissance en influence douce consolidant ainsi sa position géopolitique régionale tout en évitant l’escalade militaire.
Le Plan d’autonomie marocain un Game Changer
La résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 31 octobre 2025, marque un tournant historique du conflit du Sahara en consacrant le Plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme seule base sérieuse, crédible et durable de négociation, elle met fin à un différend gelé depuis plus d’un demi-siècle.
Selon la doctrine, tout arrangement d’autonomie suppose qu’un État souverain accepte volontairementde partager, dans un cadre constitutionnel, une partie de ses pouvoirs politiques, économiques et culturels avec une entité infra-étatique. Il s’agit d’un mécanisme d’équilibre entre l’unité nationale et la diversité dans le cadre d’un État unitaire décentralisé.
Sur le plan juridique, la question du Sahara migrera, nolens volens, de l’optique du droit international pur vers une logique de régionalisation avancée d’autonomie territoriale gouvernée par le droit constitutionnel interne fondé sur l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Dans cette perspective, le plan d’autonomie marocain s’inscrit parfaitement dans la Constitution marocaine de 2011 ; en proposant une région autonome dotée de compétences spécifiques, mais intégrée dans la souveraineté et l’ordre constitutionnel du Royaume du Maroc où l’Etat central conserve ses prérogatives régaliennes, monétaires et religieuses et partage certaines prérogatives, inhérentes aux affaires locales, avec la région autonome qui est représentée sur le plan international par l’Etat central.
Le plan marocain d’autonomie une opportunité pour l’ensemble de la région
Le Plan d’autonomie proposé par le Maroc s’inscrit dans une vision géostratégique ambitieuse, celle de la relance du «Grand Maghreb,» comme l’a réaffirmé SM le Roi Mohammed VI dans son discours à la Nation du 31 octobre 2025. Face à la paralysie de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), minée par la rivalité algéro-marocaine, la reconnaissance par l’ONU du Plan d’autonomie comme seule base sérieuse et crédible de négociation constitue une opportunité historique pour dépasser les antagonismes et initier une dynamique d’intégration régionale. Cette relance pourrait s’articuler sur une nouvelle approche d’intégration régionale fonctionnelle autour de projets structurants et pragmatiques dans les domaines de la logistique, du transport, de l’énergie, des industries extractives et des mines etc., en parfaite symbiose avec la stratégie atlantique du Royaume centrée autour de trois initiatives concrètes : le Processus des États africains atlantiques (PEAA), l’initiative d’ouverture d’un accès à l’Atlantique pour les pays du Sahel et son corollaire le corridor Dakhla–N’Djamena et le gazoduc Nigeria-Maroc. Ces initiatives pourraient faire des provinces sahariennes marocaines un hub industriel et logistique mais aussi un espace de stabilité et de prospérité dans une région en proie à l’insécurité.
En transformant un enjeu de conflit en levier de coopération, le Plan d’autonomie dépasse le cadre national : il offre donc une perspective de développement partagé pour l’ensemble du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, en favorisant la connectivité, la sécurité collective et l’intégration économique régionale.
Je conclurai mes propos en évoquant la théorie fonctionnaliste et néo-fonctionnaliste de la paix, développée par David Mitrany et Ernst Haas, dans le contexte des réalités postérieures aux deux guerres mondiales. Ces approches soutiennent que l’intégration économique des États rivaux au sein d’espaces communautaires partagés constitue l’un des moyens les plus efficaces pour atténuer les tensions et prévenir les conflits. En favorisant la coopération dans des domaines techniques et sectoriels, cette dynamique permet de substituer à la logique de puissance une gouvernance fondée sur des services publics internationaux communs. Le processus d’intégration, graduel et cumulatif, repose sur le mécanisme de «spill over» : les États engagés dans une coopération sectorielle sont naturellement conduits à étendre leur collaboration à d’autres domaines. Ainsi, l’intégration régionale devient un vecteur de paix durable, en renforçant la prospérité collective et en réduisant les antagonismes territoriaux.
L’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité des Nations Unies marque un tournant décisif dont l’impact dépasserait largement le cadre du Sahara. En consacrant le Plan d’autonomie comme solution politique sérieuse, crédible et durable, elle ouvre la voie à une reconfiguration géopolitique profonde, fondée sur la stabilité, l’interconnexion et le développement. De l’Atlantique jusqu’au Sahel, cette résolution inaugure une nouvelle ère de coopération régionale, de sécurité collective et de prospérité partagée. Le Royaume du Maroc s’y impose plus que jamais comme un acteur central, catalyseur d’une dynamique continentale interafricaine.




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Maroc
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