Lors de la 9ᵉ Conférence Babacar Ndiaye à Washington, l’ancien président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a lancé un vibrant appel à la construction d’institutions africaines fortes, coordonnées et souveraines, capables de redéfinir la place du continent dans un monde en pleine fragmentation.
«Le monde n’attend pas l’Afrique ; par conséquent, l’Afrique ne doit pas attendre le monde. » Par ces mots, Donald Kaberuka a donné le ton de la 9ᵉ Conférence Babacar Ndiaye, organisée en marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington.
Un appel à l’autonomie africaine
L’ancien président de la BAD a exhorté les dirigeants africains à bâtir des institutions solides, résilientes et véritablement ancrées dans le contexte africain, plutôt que de dépendre de structures héritées de l’après-guerre mondiale.
Pour lui, le nouvel ordre international, marqué par le retour du mercantilisme, la montée des intérêts nationaux et l’effritement du multilatéralisme, impose à l’Afrique de se tourner vers elle-même : «les nations fortes reposent sur des institutions fortes. Nous ne pouvons plus compter sur des institutions conçues pour d’autres continents.»
Vers un écosystème africain intégré
Donald Kaberuka a plaidé pour une approche «écosystémique» du développement africain. À ses yeux, les institutions financières, commerciales, sanitaires et sécuritaires doivent agir en synergie : «comme un orchestre, nos institutions doivent jouer en harmonie. Une seule ne peut pas faire la symphonie du développement.»
L’ancien patron de la BAD a salué le rôle d’Afreximbank, qu’il considère comme un modèle de cette intégration, pour son soutien à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), aux Centres africains de contrôle des maladies (Africa CDC) et à diverses institutions régionales.
Redéfinir la gouvernance mondiale
Aujourd’hui président du cabinet SouthBridge, Kaberuka appelle également à une refonte profonde du système de gouvernance mondiale, encore dominé par les institutions de Bretton Woods.
« Nous ne pouvons plus confier notre avenir à des institutions qui n’ont jamais été conçues pour nous servir,» a-t-il insisté, appelant l’Afrique à participer activement à la création de nouveaux cadres multilatéraux reflétant ses priorités.
Selon lui, les 1 100 milliards de dollars détenus par les fonds de pension et souverains africains doivent être mobilisés au service du développement continental.
«Il ne s’agit pas seulement de mobiliser les capitaux africains, mais de décider comment ils sont déployés, pour l’Afrique, par l’Afrique.»
«Une Afrique qui contrôle son destin»
Prenant la parole à son tour, Dr. George Elombi, nouveau Président d’Afreximbank, a appelé à accélérer la mise en place de l’architecture financière africaine, en rendant opérationnels le Fonds monétaire africain et la Banque centrale africaine.
«Le moment est venu de bâtir une Afrique qui contrôle son propre discours et maîtrise son destin,» a-t-il déclaré.
Elombi a également souligné la performance d’Afreximbank, qui a déboursé plus de 155 milliards de dollars en dix ans, dont 18,7 milliards en 2024. Il a rappelé que ces chiffres représentent «des emplois, la liberté et l’espoir,» dénonçant les préjugés persistants sur la fiabilité des institutions africaines. «L’Afrique n’est pas seulement bancable, elle est fiable». A-t-il assuré.
L’héritage de Babacar Ndiaye salué
Rendant hommage au Dr. Babacar Ndiaye, visionnaire et fondateur d’Afreximbank, Elombi a rappelé sa conviction selon laquelle la véritable indépendance passe par des institutions créées, financées et dirigées par des Africains.
«Il avait compris que la liberté, c’est la capacité de se débrouiller seul et de façonner son avenir,» a-t-il affirmé.
Défendre le statut de créancier privilégié
Au cours d’un panel animé par Anver Versi et Omar Ben Yedder, le Dr. Misheck Mutize a défendu le statut de créancier privilégié des institutions financières africaines, un principe fondamental qui leur permet de prêter même en période de crise.
Il a toutefois mis en garde contre la remise en question de ce statut par certaines agences de notation internationales. «Ce n’est pas un privilège, c’est un droit. C’est le cœur battant de notre écosystème financier.»
Enfin, la professeure Lisa Sachs, du Columbia Center on Sustainable Investment, a critiqué le système financier mondial, qu’elle a qualifié de «complètement pervers.»
Elle a dénoncé la contradiction entre la reconnaissance du dynamisme africain et les restrictions imposées à ses gouvernements en matière d’investissement.
«Le FMI reconnaît que l’Afrique est la région la plus dynamique, tout en conseillant de ne pas emprunter. C’est le signe d’un système brisé.»
Sachs a salué l’émergence de nouveaux partenaires en Asie et dans le Sud global, prêts à établir des relations financières plus équitables et alignées sur les ambitions africaines.
Une Afrique en marche vers la souveraineté institutionnelle
De Washington à Addis-Abeba, le message est clair : l’avenir de l’Afrique dépendra de la solidité de ses institutions.
Kaberuka, Elombi et les autres intervenants ont lancé un même appel — celui d’une Afrique qui cesse d’attendre, qui s’organise, et qui enfin écrit elle-même sa partition dans la symphonie mondiale.

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