Réunis à Abuja le 22 juin 2025 pour marquer le cinquantenaire de la CEDEAO, les chefs d’État ouest-africains ont tenté de raviver la vocation économique de l’organisation. Le président béninois s’est distingué en défendant une approche plus pragmatique de l’intégration régionale

Créée en 1975, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest regroupe aujourd’hui douze pays membres, après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger en janvier 2024. Conçue comme un espace de libre circulation des biens, des personnes et des capitaux, la CEDEAO peine à concrétiser ses ambitions initiales. Lourdement affectée par les crises politiques à répétition, la montée des défis sécuritaires et les différenciations économiques croissantes, l’organisation cherche aujourd’hui à redéfinir ses priorités. Le sommet d’Abuja, couplé à un Forum économique ouest-africain, a tenté d’apporter une réponse à cette impasse institutionnelle, notamment par la nomination d’un nouveau Président.
Des partenariats pilotes comme leviers d’intégration
Prenant la parole dès l’ouverture du forum, Patrice Talon a proposé une méthode fondée sur des coopérations ciblées entre États, en dehors des logiques institutionnelles rigides. Il a cité comme projet phare un accord en cours de finalisation entre le Bénin et le Nigeria, qui prévoit notamment l’harmonisation des systèmes douaniers, la suppression des entraves physiques et logistiques aux frontières, et l’intégration des plateformes administratives numériques des deux pays. Le volet énergétique prévoit par ailleurs un renforcement des interconnexions pour fluidifier les échanges en électricité, notamment à travers la réhabilitation du réseau d’interconnexion Parakou-Katsina.
Ce positionnement traduit, selon lui, une volonté d’ancrer l’intégration dans des initiatives concrètes, susceptibles de répondre à des besoins économiques immédiats. Il s’inscrit en rupture avec les approches institutionnelles descendantes, qui, malgré les nombreux protocoles signés, peinent à produire des effets perceptibles pour les populations. En opposant aux mécanismes multilatéraux rigides une logique de convergence progressive par la preuve, Talon espère créer des dynamiques d’entraînement fondées sur l’efficacité opérationnelle et la confiance entre partenaires.
Une stratégie de souveraineté régionale
Le chef de l’État béninois a également appelé à un changement de paradigme sur le financement du développement, estimant que “l’aide internationale n’existe plus et n’existera plus.” Il a ainsi plaidé pour une mobilisation renforcée de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO afin de soutenir des projets régionaux à fort impact économique, dans une logique d’autonomisation financière. Le soutien aux chaînes de valeur régionales et à la transformation locale des matières premières a également été mis en avant comme levier prioritaire.
Dans cette même logique, Patrice Talon a évoqué l’intérêt stratégique d’un renforcement de la connectivité régionale via le port ivoirien de San Pedro. Il a ainsi suggéré la mise en place d’un corridor logistique en direction du Sahel, pensé comme un outil de désenclavement et de fluidification des échanges. Porté par une gouvernance concertée entre acteurs publics et privés, ce projet viserait à optimiser la circulation des marchandises au sein de l’espace CEDEAO, tout en valorisant les complémentarités existantes entre États côtiers et pays de l’hinterland.
Redéfinir l’intégration par les résultats
En articulant son intervention autour d’une logique de résultats mesurables et reproductibles, Patrice Talon a proposé une réorientation du projet communautaire. Loin des grands schémas programmatiques, sa vision repose sur des dispositifs concrets, expérimentés par des binômes ou trinômes d’États partageant des intérêts sectoriels ou géographiques communs. Ces partenariats pourraient à terme servir de noyaux d’élargissement à d’autres pays volontaires, à mesure que des convergences de moyens et de calendriers émergent.
Ce repositionnement s’inscrit dans une tentative plus large de réhabilitation de la CEDEAO, à l’heure où sa légitimité est mise à mal. En proposant de substituer aux feuilles de route technocratiques des trajectoires modulaires et opérationnelles, le président béninois ouvre un débat stratégique sur les formes futures de la coopération régionale. Dans ce contexte de refondation, la désignation du président sierra-léonais Julius Maada Bio à la tête de l’organisation pourrait contribuer à élargir ce changement d’approche. Perçu comme une figure de consensus, il a affiché sa volonté de renforcer le rôle économique de la CEDEAO et de soutenir les initiatives portées par ses membres les plus actifs. La capacité de l’organisation à capitaliser sur ces dynamiques pilotes, et à leur donner une portée communautaire, pourrait déterminer, dans les années à venir, sa capacité à redevenir un cadre crédible de convergence économique et politique en Afrique de l’Ouest.









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