La Géoéconomie : un instrument de puissance au service des États
La géoéconomie, définie comme l’utilisation d’instruments économiques pour atteindre des objectifs géopolitiques, est devenue un élément central de la politique étrangère des États. Les États utilisent un large éventail d’outils géoéconomiques, allant de la politique commerciale aux sanctions, en passant par les investissements, le cyberespace, l’aide au développement, les politiques financières et monétaires, et les politiques énergétiques et en matière de matières premières. L’objectif est de promouvoir et défendre leurs intérêts nationaux et d’obtenir des résultats géopolitiques bénéfiques

Les États utilisent divers instruments géoéconomiques pour influencer la politique étrangère, comme l’ont décrit Blackwill et Harris dans «War by other means geoeconomics and state craft» (2016), ces outils incluent la politique commerciale, les investissements, les sanctions économiques, les cyberattaques, l’aide au développement, les politiques financières et monétaires (taux de change), ainsi que le contrôle des ressources énergétiques et des matières premières.
Historiquement, cette approche n’est pas nouvelle, comme l’illustre le mercantilisme (1500-1750), où la richesse nationale et la puissance militaire étaient des objectifs indissociables. L’«arme économique» a émergé et s’est systématisée notamment pendant la Première Guerre mondiale. Durant cette période, des pays comme la Grande-Bretagne et la France ont développé des techniques sophistiquées telles que le blocus pour priver l’ennemi de ressources vitales. Parmi ces méthodes figuraient l’établissement de listes noires pour les entreprises commerçant avec l’ennemi, le rachat préventif pour acquérir des ressources essentielles et les soustraire à l’adversaire, le blocus financier et le gel des avoirs pour contrôler les opérations bancaires et les « navicerts, » des permis de navigation pour contourner le blocus maritime.
Au XXe siècle, cette approche a continué d’évoluer. Des puissances comme l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste ont recherché l’autarcie en réponse aux blocus et aux sanctions, afin de réduire leur dépendance aux importations vitales. Après la Seconde Guerre mondiale, le Plan Marshall est un exemple notable de l’utilisation d’outils géoéconomiques pour des objectifs géopolitiques, visant à reconstruire l’Europe et à contenir l’influence soviétique.
Durant la Guerre Froide, les embargos et les contrôles à l’exportation ont été employés contre le bloc soviétique. L’embargo américain sur le pétrole rouge (affaire Mattei PDG de l’ENI et le renversement du Gouvernement Mossadaq en Iran) ou bien sur les céréales contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan a servi de signal clair de désapprobation ou d’hostilité, visant à imposer des coûts à l’Union soviétique et à crédibiliser la détermination américaine.
La fin de la Guerre Froide a marqué une « regéoéconomisation » des relations internationales. Edward Luttwak a théorisé un monde où la compétition étatique s’opérerait par des moyens économiques plutôt que militaires. Robert D. Blackwill et Jennifer M. Harris insistent sur le fait que la géoéconomie implique l’utilisation d’instruments économiques pour produire des résultats géopolitiques favorables.
De nos jours, la Chine utilise ses moyens économiques, tels que l’investissement (notamment à travers la « Belt and Road Initiative » – BRI) et les sanctions technologiques, pour étendre son influence et contenir ses rivaux, diversifiant ses routes commerciales pour réduire sa vulnérabilité aux points d’étranglement contrôlés par les États-Unis. La Russie emploie l’énergie comme levier stratégique, suspendant ses livraisons de gaz à l’Europe et acquérant des entreprises gazières dans les pays voisins pour des raisons géopolitiques. La révolution du gaz de schiste aux États-Unis confère à Washington un nouvel instrument géoéconomique puissant, réduisant potentiellement l’influence énergétique de la Russie sur l’Europe et facilitant l’imposition de sanctions contre les exportateurs de pétrole.
L’Afrique objet de compétitions géoéconomiques entre les grandes puissances
L’Afrique est devenue une scène centrale pour la compétition des superpuissances mondiales cherchant à étendre leur influence, marquant une nouvelle « Guerre Froide » non plus bipolaire mais multipolaire, impliquant principalement les États-Unis, la Chine et la Russie, ainsi que d’anciens colonisateurs et d’autres puissances moyennes (Turquie, Qatar, EAU, Inde).
L’objectif de ces puissances est de convaincre les pays africains que leur « partenariat » est le mieux adapté à leurs besoins, poussant parfois le continent à choisir un camp, cependant, des voix africaines, comme le Président Macky Sall et Paul Kagamé, insistent sur le droit du continent à la souveraineté et à la non-exclusivité dans ses relations, affirmant vouloir travailler et commercer avec tout le monde.
L’Afrique aspire à être une scène de coopération internationale plutôt qu’une arène de concurrence entre les grandes puissances.
Les stratégies des superpuissances en Afrique varient considérablement : les États-Unis promeuvent un « partenariat égal, » la bonne gouvernance et la démocratie, tout en critiquant les pratiques perçues comme coercitives ou de « piège de la dette » de la Chine. Cependant, leur engagement économique est largement inférieur à celui de la Chine. La Chine, via l’Initiative « la ceinture et la route » (BRI), domine l’engagement économique avec des prêts massifs pour l’infrastructure et des investissements directs à l’étranger significatifs, cherchant à aligner l’ordre économique global sur ses intérêts. La Russie, quant à elle, concentre son engagement principalement sur le secteur militaire, étant le plus grand fournisseur d’armes à l’Afrique, et est également impliquée dans l’intelligence et la sécurité, mais son influence économique reste faible comparée aux autres
Les résultats d’une récente analyse comparative des indices de dépendance économique que nous avons effectuée pour les besoins de cet article, révèlent un kaléidoscope géopolitique dans lequel plusieurs nations sont fortement influencées par l’une ou l’autre des superpuissances.
Ainsi la Zambie, l’Angola, la République démocratique du Congo et Djibouti figurent parmi les pays les plus dépendants de la Chine, avec de hauts niveaux d’endettement, d’investissements en infrastructures et de liens commerciaux avec Pékin. Ces relations sont souvent renforcées par des projets à grande échelle comprenant des chemins de fer, des ports et des installations énergétiques — autant de piliers de l’Initiative chinoise des «Ceinture et Route.».
À l’opposé, le Lesotho, l’Eswatini, le Burundi et le Soudan sont classés comme critiques en termes de dépendance envers les États-Unis, principalement en raison de leur forte dépendance aux avantages commerciaux offerts par l’AGOA (African Growth and Opportunity Act.) et aux programmes d’aide américains tels que l’USAID. Pour ces pays, l’accès au marché américain et l’aide au développement sont d’une importance vitale.
L’Éthiopie se démarque comme le seul pays africain fortement dépendant à la fois de la Chine et des États-Unis, plusieurs autres acteurs clés — notamment le Nigeria, le Ghana et le Kenya — entretiennent des relations modérées tant avec la Chine qu’avec les États-Unis, ce qui leur confère une grande flexibilité stratégique. Leur capacité à coopérer avec les deux puissances sans tomber dans une dépendance totale offre un modèle pour les États africains souhaitant éviter de se retrouver pris dans les rivalités entre grandes puissances.
La Tunisie, le Maroc et Maurice se distinguent toutefois comme les économies africaines les plus résilientes, affichant une faible vulnérabilité face à l’influence de l’une ou l’autre des grandes puissances. Ces pays ont adopté des stratégies économiques et diplomatiques diversifiées réduisant ainsi leur vulnérabilité à la pression extérieure.

Alors que la Chine consolide son influence par le biais d’infrastructures et de prêts garantis par les ressources naturelles, les États-Unis continuent d’exercer un pouvoir par leur aide et leur accès au marché via l’AGOA.
Les données empiriques confirment que la Chine transforme plus efficacement ses investissements économiques en soutien diplomatique que les États-Unis, en particulier dans les économies riches en minerais et dépendantes des infrastructures. En revanche, les États-Unis exercent leur influence par le biais de préférences commerciales, de programmes sanitaires et de coopération en matière de sécurité, mais leur impact est souvent moins durable ou profondément ancré.

La guerre russo-ukrainienne a mis en lumière un écart significatif dans l’alignement géopolitique entre les pays africains et les États-Unis, comme en témoigne leur comportement lors du vote à l’assemblée générale des Nations Unies. Malgré les efforts diplomatiques américains et européens, nombreux sont les États africains à avoir adopté des positions reflétant un non alignement, s’abstenant souvent ou refusant de condamner la Russie.
De nombreux pays — notamment le Maroc, le Nigeria, le Ghana et le Kenya — entretiennent des relations modérées avec les grandes puissances, utilisant cet engagement double pour tirer des avantages concurrentiels et éviter de se retrouver pris dans la rivalité.
Repositionnement des USA en Afrique : entre repli et recalibrage
La nouvelle orientation des États-Unis en Afrique, incarnée par la «doctrine Bessent» – présentée en avril 2025 par le Secrétaire au Trésor Scott Bessent sous l’administration Trump 2.0 – marque une rupture stratégique profonde. Elle consacre le passage d’une politique fondée sur le soft power et l’aide au développement à une logique de diplomatie transactionnelle, centrée sur les intérêts économiques et géopolitiques américains.
Ce basculement s’exprime par la fin programmée de l’AGOA en 2025, sans proposition de renouvellement, et par le désengagement progressif de l’USAID dans plusieurs pays africains.
L’administration Trump a dévoilé son intention d’imposer de nouveaux droits de douane sur les exportations africaines. Des produits qui bénéficiaient depuis longtemps d’un accès préférentiel au marché américain dans le cadre de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) sont désormais menacés par des tarifs douaniers élevés, certains pouvant dépasser 40 % (cas du Lesotho et Madagascar). De même des projets de développement dans les domaines des infrastructures, de l’agriculture et de la santé ont été interrompus.
Ces dispositifs sont remplacés par des partenariats bilatéraux sélectifs, orientés vers le commerce, les investissements privés et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, via des instruments comme la DFC (Development Finance Corporation) ou le programme PGII (Partnership for Global Infrastructure and Investment).
Dans ce nouveau cadre, l’accès au marché américain, aux technologies ou aux financements se négocie désormais sur la base d’engagements explicites en matière de loyauté géoéconomique, de transparence contractuelle et de compatibilité avec les priorités industrielles des États-Unis.
Ces signaux ont été confirmés lors du sommet des Affaires USA–Afrique organisé à Luanda en juin 2025, centré sur les infrastructures critiques et les investissements dans les chaînes de valeur, ainsi que par le mini-sommet du Président Donald Trump avec cinq chefs d’État africains, choisis pour leur alignement avec la nouvelle vision américaine.
La nouvelle orientation est adossée d’une part à des initiatives diplomatiques telles que la médiation américaine entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, qui vise avant tout à stabiliser la région du Kivu pour sécuriser l’accès aux réserves de cobalt, de lithium et de coltan, indispensables à la transition numérique et énergétique et d’autre part à des projets régionaux tels que le Corridor de Lobito (reliant l’Angola, la Zambie et la RDC à l’océan Atlantique) qui vise à créer une voie logistique alternative aux routes dominées par la Chine, afin de contrôler l’exportation des minerais stratégiques nécessaires à la révolution industrielle 4.0.
Les déterminants de la nouvelle stratégie géoéconomique des USA
Pour étayer nos propos nous avons effectué une analyse des déterminants des variations des tarifs douaniers américains appliqués à un échantillon de 70 pays, représentant une diversité significative en termes de niveaux de développement économique, de régimes politiques et de statuts géopolitiques — allant de grandes puissances mondiales en passant par des puissances intermédiaires aux puissances régionales.
L’objectif principal de cette analyse est d’identifier les variables clés influençant les décisions commerciales des États-Unis. Pour cela, nous avons intégré dans l’analyse un large éventail de facteurs : économiques (comme le PIB ou les soldes commerciaux), politiques (statut de rivalité, alignement diplomatique), stratégiques (partenariats commerciaux, accords bilatéraux) ainsi que le risque de mesures de rétorsion de la part des partenaires concernés.
Selon nos résultats, plusieurs indicateurs ressortent comme particulièrement pertinents dans l’explication des tarifs appliqués par les États-Unis. Il s’agit notamment :
- Des rivalités géopolitiques ;
- Proximité avec la Chine (BRI, etc.) ;
- Du risque de représailles commerciales ;
- Des soldes commerciaux bilatéraux ;
- Et du niveau d’alignement diplomatique avec Washington.

Derrière la complexité apparente des droits de douane se cache une mécanique précise qui traduit en chiffres les choix politiques et stratégiques de Washington. L’analyse statistique menée révèle que quatre facteurs principaux déterminent à quel point un pays est pénalisé ou favorisé par les tarifs américains.
- Le statut de rivalité (+11 points par niveau)
Cette variable mesure la perception qu’a Washington de l’intensité du conflit géopolitique ou de la compétition stratégique avec un pays donné. Sur une échelle allant de 0 (absence de rivalité) à 2 (rivalité forte), chaque point supplémentaire correspond à une augmentation moyenne des droits de douane de 11 points de pourcentage. Ce chiffre traduit un principe simple : plus un pays est perçu comme un concurrent ou un adversaire stratégique, plus il subit des mesures protectionnistes. Cela souligne que les tarifs ne sont pas uniquement des outils économiques, mais aussi des instruments de pression politique. - L’appartenance à un accord commercial avec les États-Unis (–9 points)
La présence d’un traité commercial bilatéral ou multilatéral avec les États-Unis agit comme un puissant bouclier contre les tarifs élevés. En moyenne, être lié par un tel accord réduit les droits de douane d’environ 9 points de pourcentage. Cette réduction traduit à la fois la volonté de Washington de favoriser ses partenaires économiques privilégiés et l’importance des engagements mutuels dans le maintien d’un commerce fluide et équilibré. - Le poids des investissements directs étrangers chinois (+5,5 points)
Les flux d’investissements chinois dans un pays, surtout lorsqu’ils sont significatifs et stratégiques (infrastructures, industries clés), tendent à accroître le niveau des droits de douane imposés par les États-Unis, de l’ordre de +5,5 points en moyenne. Ce coefficient reflète la crainte américaine que ces investissements soient un vecteur d’influence économique et politique, renforçant la dépendance à Pékin et diluant l’autonomie stratégique des pays concernés. Washington sanctionne ainsi indirectement la montée en puissance de la Chine. - L’adhésion à l’initiative «Ceinture et Route» (+6,3 points)
L’intégration d’un pays à la Belt and Road Initiative (BRI), ce vaste projet d’infrastructures et d’influence lancé par la Chine, est associée à une hausse moyenne des tarifs américains d’environ 6,3 points. Cela illustre la perception selon laquelle la participation à ce projet global ne se limite pas à une coopération économique, mais représente un alignement stratégique susceptible d’affaiblir l’influence américaine.
L’analyse révèle que les droits de douane américains ne se fondent plus principalement sur des critères économiques ou commerciaux. Ils traduisent désormais les alliances politiques et les rivalités géopolitiques, en particulier dans le contexte de la montée des tensions entre les États-Unis et la Chine.
Les pays considérés comme des rivaux stratégiques, ou ceux entretenant des liens étroits avec la Chine, sont plus exposés à des droits de douane élevés. À l’inverse, les nations bénéficiant de partenariats solides avec les États-Unis et d’accords commerciaux privilégiés se voient généralement appliquer des tarifs réduits.
Quels sont les profils des pays cibles de la nouvelle politique commerciale ?
Les pays proches de Pékin
L’analyse révèle une tendance claire : les pays liés étroitement à la Chine — via leurs infrastructures, leurs investissements ou leurs chaînes de production — se voient imposer des droits de douane élevés à la frontière américaine.
Au sommet de cette hiérarchie figure la Russie (58,3 %), exclue des pactes commerciaux occidentaux et profondément intégrée aux blocs BRICS et à l’initiative chinoise «Ceinture et Route.» Le Brésil (50 %) subit un traitement similaire, du fait d’investissements chinois importants et d’une distance croissante avec les priorités de Washington. Le Vietnam, autrefois modèle d’exportation agile, est aujourd’hui perçu sous un angle plus stratégique : partie intégrante du réseau manufacturier chinois, bénéficiant d’un important excédent commercial avec les États-Unis, il supporte un droit de douane de 46 %.
Ces pays ne sont pas seulement des partenaires commerciaux de la Chine : ils sont des plateformes manufacturières chinoises (pays atelier), des maillons indispensables à l’expansion économique de Pékin (ASEAN). Pour Washington, ils ne sont plus de simples concurrents, mais des pions dans un affrontement global.
Les pays de la zone grise
D’autres pays se situent à mi-chemin — ni ennemis, ni alliés pleinement acquis. Le Mexique (30 %) est lié par l’accord USMCA, mais affiche un excédent commercial persistant. La Turquie (42 %), membre de l’OTAN, s’est éloignée des lignes de politique étrangère américaines. Quant à l’Inde, immense et ambitieuse, elle marche sur une corde raide entre non-alignement et ambiguïté stratégique, engageant des projets d’infrastructures chinois tout en cherchant à séduire l’Occident. Son tarif estimé : 38 %.
Leur point commun ? L’incertitude stratégique, qui justifie à Washington méfiance et droits plus élevés.
La proximité ne constitue pas toujours un rempart
Même les alliés traditionnels ne sont pas à l’abri. Le Mexique et surtout le Canada, longtemps considéré comme un partenaire intouchable, se voit désormais appliquer un droit de douane de 30 %. Malgré son accord commercial, sa frontière partagée et ses liens de défense solides, il n’échappe pas à la surveillance. Son volume commercial important et ses divergences occasionnelles le placent désormais dans la catégorie des risques maîtrisés.
À l’inverse, la Corée du Sud (22 %) bénéficie de droits plus bas grâce à un alignement clair et une coopération militaire active.
Quelle Stratégie pour éviter la rétorsion tarifaire ?
Dans le contexte international actuel, marqué par la montée des rivalités commerciales et l’instrumentalisation des tarifs douaniers à des fins politiques, la gestion du risque tarifaire est devenue une question de positionnement géostratégique. Les États-Unis, sous l’administration Trump, n’hésitent plus à utiliser les droits de douane comme levier de pression ou de récompense selon le degré d’alignement de leurs partenaires.
Négocier un accord commercial avec Washington ne relève plus seulement de l’intérêt économique : c’est désormais un acte diplomatique fort, qui inscrit un pays dans le périmètre de confiance stratégique des États-Unis. Un tel accord ouvre la voie à une stabilité des échanges et à des exemptions tarifaires ciblées.
Réduire la dépendance aux capitaux et infrastructures chinois devient également un impératif. Aux yeux de Washington, une trop forte exposition à l’influence économique de Pékin constitue un risque de basculement géopolitique. La diversification des partenariats, notamment avec l’Europe, l’Asie ou les pays du Golfe, permet de rassurer les décideurs américains sur la neutralité ou la loyauté stratégique du pays concerné.
Enfin, rééquilibrer la balance commerciale bilatérale avec les États-Unis est crucial. Des excédents persistants, en particulier dans les secteurs sensibles comme l’acier, le textile ou les semi-conducteurs, sont perçus comme injustes et peuvent justifier des mesures protectionnistes. Pour les éviter, il est souvent nécessaire de compenser ces déséquilibres par des achats de produits américains, investissements réciproques ou une participation à des projets industriels conjoints.
– La rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine influence les investissements à l’échelle mondiale. La plupart des pays évoluent sur une corde raide, cherchant à s’aligner simultanément avec ces deux puissances tout en préservant une position de neutralité. Cette neutralité est particulièrement cruciale pour les pays africains, qui dépendent à la fois de la Chine et des États-Unis pour leurs investissements et leur aide au développement.
Dans un contexte mondial marqué par de fortes tensions géopolitiques, le Maroc s’est affirmé comme un acteur clé de la connectivité économique, devenant un véritable pays connecteur entre puissances rivales. Grâce à un avantage concurrentiel stratégique, il maîtrise des composants et ressources essentiels intégrés aux chaînes d’approvisionnement globales, particulièrement dans des secteurs cruciaux de la nouvelle révolution industrielle tels que les véhicules électriques, l’énergie verte, l’intelligence artificielle et le Cloud Computing. Sous la conduite visionnaire de S.M. le Roi Mohammed VI, et porté par une politique étrangère pragmatique de multi-alignement, le Maroc réussit à entretenir des relations équilibrées avec les grandes puissances, affirmant ainsi son rôle d’intermédiaire influent sur la scène internationale.




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